BEFOME ELECTORALE EN PERSPECTIVE
BS digne de ia protection des lois que ces intérêts de d*affection, de famille, de dignité personnelle, qui ont le place dans la vie, Texclusion de la classe ouvrière resterait pas moins sans excuse. Selon les calculs de dues, peu suspect d'exagération en ces matières, le Il annuel des ouvriers anglais en salaires peut être tk 280,000,000 livres sterling, et leur propriété en les, habits, instruments de travail, fonds déposés dans toques d'épargne, ou placés dans les sociétés coopéra-
k 500,000,000 livres sterling! Est-ce donc là un U de propriété si méprisable qu'il ne vaille pas la peine
s'occupe de le sauvegarder?
Temarquez, Monsieur, qu'en Angleterre les adversaires •grès objecteraient bien en vain l'inconvénient d'acr le droit de vote à des gens incapables de l'exercer,
de lumières suffisantes. Outre que le nombre infini Tiges et de brochures à bon marché se trouve avoir idu ici l'intelligence des choses politiques h un degré mu en France, le succès des c Trades unions » et des operative societies » a révélé dans la classe ouvrière clairvoyance, un esprit de suite, des habitudes d'ordre BS qualités administratives qui ne permettent plus le dre doute sur leur aptitude à intervenir, comme élec- ;, dans la gestion des affaires publiques. après cela, vous serez peut-être surpris que l'extension irffrage ne soit pas devenue plus tôt le sujet de la préoctien générale. Voulez-vous savoir pourquoi? La raison orieuse, et vos lecteurs ne sauraient trop profondément léditer. C'est que le système parlementaire, tel qu'il tionne ici, n'a jamais encore, quoique portant en lui les genres d'injustices, produit aucune injustice criante. »us s'est fait tolérer parce qu'il s'est fait, à tout preu-
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dre, faiblement sentir. Sous beaucoup de rapports, la Chambre des Communes est loin d*avoir bien mérité du peuple, mais enfin elle ne lui est jamais apparue comme uu instnmeut d*opprcssion. Le changement n*a pas été demandé pbs tôt parce qu'on n'a pas ressenti les maux qui pouvaient por* ter les esprits à soupirer après ce changement.
Mais ceci, autant et plus que le reste, veut être expliqué. — L'explication? Elle est. Monsieur, dans l'existence d*iiiie presse libre. Oui, la liberté de la presse, voilà ce qui a servi de contre-poids aux vices du système parlementaire exclusif, ici en vigueur; voilà ce qui a empêché ces vices d'enfaoter leurs conséquences nalurelles; voilà ce qui a fourni au peuple le bouclier que la législation électorale lui refusai t.. Dans la presse libre il a eu sa Chambre des Communes, où sa voix a toujours pu retentir, et dont les portes sont toujours res^ tées ouvertes à deux battants. Résultat remarquable, et qui montre assez combien la liberté de la presse est désirable! Sans elle, les meilleures iustitutions courent risque de péricliter. Avec elle, les plus mauvaises ont de quoi se faire pardonner longlemps.
Voici donc le char de la réforjne électorale lancé. Sur retendue des concessions à exiger, les avis diffèrent. Les ims vont jusqu'au suffrage universel; les autres insistent sur une extension de suffrage graduelle et prudente. La probabilité est que tous s'accorderont à réclamer le moins, de peur de tout compromettre. On ne saurait effectivement, dans une entreprise de ce genre, se dispenser de consulter un peu le tempérament de la Chambre des Communes, de qui dépend la décision, et l'on ne doit pas perdre de vue que, demander une réforme parlementaire au Parlement, c'est prier la maladie de se faire médecin.
Du reste, le pays, une fois placé sur la pent^ de l'ex-
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têBsioD graduelle du suffrage, aura bientôt descendu cette pente jusqu'au bout, c'est-àndire jusqu'au suffrage universel. €*est ce que les tenants du passé comprennent à merveille, «t ce qui les effraye. Ils voient déjà en pensée la prépondérance politique passant tout d'un coup des classes aristoeratiqaes aux classes ouvrières, et la démocratie s'installant TÎelorieuse dans un pays où le règne des inégalités sociales s'était jusqu'à ce jour maintenu paisiblement. De là, contre M. Bright, le plus actif initiateur du mouvement, des haines qaà s'épanchent en noires injures. Mais, s'il a devant lui d*âpres adversaires, il a derrière lui, en revanche, des auxiliaires bien résolus à le soutenir envers et contre tous. Et quant à lui personnellement, il n'est homme ni à reculer ni ï fléchir.
Il est certain que le suffrage universel, en Angleterre, déplacerait d'autant plus sûrement et plus vivement le pouvoir, qu'il introduirait dans l'arène politique une classe qui, indépendamment de la force résultant du nombre, y apporterait celle d'une organisation toute faite. Les c Trades unions » ont donné h la classe ouvrière de telles habitudes de discipline, qu'elle pourrait, eu des circonstances données, se mouvoir comme un seul homme; et l'on conçoit de reste que les partisans du régime actuel pâlissent à l'idée d'une élection conduite comme une grève.
Et ce ne sont pas seulement — pourquoi en ferais-je mystère? — les partisans du régime actuel que celte perspective inquiète. Je connais des hommes sincèrement dévoués ail peuple qui se demandent avec un certain trouble si un déplacement brusque, absolu, sans contre-poids, du pouvoir politique ne risquerait pas de mettre en péril la liberté, par la substitution de la souveraineté pure et simple du nombre à la souveraineté combinée des titres et de la richesse.
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En Franco^ il faut bien le dire, beaucoup de gens ont, sur la nature de la démocratie, les idées les plus faossesd les plus danj^ereuses. Ils croient la souveraineté du peuple fondée là où le suffrage universel est établi, sans songer que Texcellence du suffrage universel dépend en très-graiide partie de la perfection de son mécanisme. Selon que le soffrage universel est bien ou mal organisé, ses résultats peuvent être, ou extrêmement salutaires, on déplorables.
Mais, indépendamment même de la question d'organisation, il importe de bien comprendre que, dans toute sodélé divisée en intérêts qui se font la guerre, le suffrage universel n*est pas, comme on a coutume de le dire, le gouverne^ ment du peuple par lui-même, mais, ce qui est bien différent, le gouvernement d'une partie du peuple par utu autre partie du peuple plus nombreuse. Car, dans le vrai vocabulaire do la démocratie, dans le langage qu'ont parlé nos pères pendant la Révolution française, le peuple c'est, non pas le plus grand nombre des citoyens^ mais rtintoersalilé des citoxjens. Si la légitimité du gouvernement dn pins grand nombre ne se fondait pas sur la supposition i|ue, par ce gonre de gouvernement, Tintérêl de tous a l'IiHUce d'être mieux servi, en quoi le droit des plus nombreux serait-il plus légitime que le droit du plus fort? El s'il arrivait que, faute de garanties suffisantes, la liberté du petit nombre succombât, en quoi Toppressicm sous la forme d'un chiffre serait-elle plus respectable que Toppression sous la forme d'un coup de massue?
La léfifitimité du pouvoir du plus grand nombre repose sur celte présomption, que c'est du côté de la majorité que se trouvent la raison et le bon droit. Mais comme il v aurait folie à donner à celte présom|)lion l'autorité qui s'attache à la certitude; connue il çst prouvé que les majorités sont