ADMIRATION DES ANGLAIS POUR LE COMTE DE CAVOUR
Sardaigoe de ses cendres, l'a reodue Talliée de rEuroj[)e OGcideotale, a mis ses soldats à l'épreuve dans 1 Orient^ a aaneué le pouvoir de i'Aulriche à se porter comme agresseur, a obtenu pour Tltalie le gain d'une proviace, a donué à chaque Italien la certitude d'avoir un chef, a forcé des souverains à fuir devant des démonstrations populaires, et des armées à se dissoudre devant une bande d'aventuriers; — cette politique est la politique de Cavour. U a été la tête qui a conçu le plan, le cœur qui lui a consmuniqué la vie, et le bras qui l'a ei^té. »
Le reste est sur le même ton» dans le même esprit, et je ne saurais vous mettre sous les yeux un résumé plus fidèle de tout ce qui se publie ici dans les xournaui, de tout ce qu'on y dit dans les salons, aux étrangers ou devant eux.
De ce qui revient à la France dans l'humiliation de l'Autriche, l'émancipation de l'Italie et l'ébranlement de la tyrannie papale ; de l'impulsion prodigieuse donnée aux événements par l'initiative française ; de l'empressement sans exemple de ce généreux peuple de France à offrir son or et tout le sang de ses enfants pour le triomphe d'une cause qui n'était la sienne que parce qu'elle était celle du droit; de Magenta, de Solferino, et de l'immortel lien qui unit au souvenir de l'Italie ressuscitée ces noms fameux, pas un seul
fflOt.
Seul, Oivour a tout fait; seul, il a eu la pensée d'une Italie indépendante ; seul, il a mis cette pensée en mouvement; seul, il a accompli l'œuvre immense. Il a été à lui seul la tête, le cœur, le bras.
Et remarquez qu'on ne parle pas plus que s'il n'eût jamais existé, de ce mouvement démocratique qui, pendant tant d'années, n'a cessé d'agiter en Italie une flamme qui toujours semblait près de s'éteindre! On oublie que la concep--
68 LETTRES SUR l'aNGLETEIIRE (1861)
(ton d'une Italie indépendante et libre a appartenu en comiDun à une foule d'hommes héroïques, dont les tombeaux bordent la route de l'Italie en marche, et dont les efforts sont tracés, sur cette route fatidique, par une longue traînée de sang ! Garibaldi lui-même semble à présent rayé de la liste des libérateurs; si la Sicile a été conquise, si Naples n'est plus qu'un joyau de la couronne de Yictor-Ëmmanuel, si des armées ont fui devant une bande d'aventuriers^ la gloire en est, non pas à (laribaldi, mais au génie inspirateur des conseils de Turin : le diplomate a tué le guerrier!
Le dirai-je? dans cette affectation à présenter le ministre italien comme le créateur unique de rindé[)eudance de l'Italie, je crains bien qu'il n'y ait moins d enthousiasme réel pour lui que de jalousie à l'égard de la France. Les peuples, aussi bien que les individus, ont une étrange aptiîude à se tromper sur la nature de leurs mobiles; souvent ils obéissent à des lois morales dont ils ne s'avouent pas le véritable sens» et l'instinct, qui remplace si subtilement le calcul, les gouverne en les abusant.
Eh bien, je crois que c'est le cas ici. L'admiration sans bornes que les Anglais professent pour Cavour est moins naïve qu'elle ne paraît, moins naïve que la plupart d'entre eux, peut-être, ne l'imaginent. Il ne faut pas une analyse bien pénétrante pour démêler dans les exagérations que Je vous signale un reste du vieux levain des rivalités nationales, et un désir instinctif de rejeter dans l'ombre ce que l'Italie, rendue à elle-même, doit à la France. Quel meilleur moyen, en effet, pour atteindre ce résultat, que de mettre en avant une idole sur laquelle se concentrent les regards du monde, et vers laquelle se dirige exclusivement la reconnaissance des Italiens?
II y eut un temps où cette idole était Garibaldi, qui, indé-