ADMIRATI(K« DES ANGLAIS POUR LE COMTE DE CAVOUR
pendammeDtde ses éoiiaentes qualités comme homme, comme citoyen et comme soldat, avait aux yeux des Anglais le mérite de s*étre donné» dès l'origine, pour le représentant de cette idée : « L'Italie ne doit demander sa délivrance quà ritalie. — Italia fara da se. j» Aussi, quel enthousiasme il excitait alors ! Lui seul avait tout fait ; c'était lui qui était le grand libérateur, c'était en son honneur que brûlaient toutes les cassolettes de l'Angleterre... Mais cela ne pouvait avoir qu'un temps.
Était-il possible que l'Augleterre, qui n'aime guère que les révolutions dont elle a fourni le modèle et le cadre, restât jusqu'au bout fidèle, à la fortune d'un homme entouré de dé-* mocrates cosmopolites et dédaigneux de la stratégie diplomatique, d'un homme qui avait vaincu et voulait continuer de vaincre par l'élan des masses, grâce aux miracles de la spontanéité populaire, et qui se montrait prêt à marcher toujours droit devant lui, aussi inaccessible à la peur de l'imprévu qu'à celle de l'ennemi?
Pour devenir le héros favori de l'Angleterre constitutionnelle, commerçante, amie des idées reçues et des procédés traditionnels, le comte de Cavour avait des qualités qui manquaient évidemment à son glorieux rival. Et puis — considération décisive — on le croyait homme à tenir en échec la diplomatie française, à la déjouer, et, selon l'opinion de quelques-uns, à la jouer, pour peu qu'elle devint envahissante.
J'ai déjà eu occasion de vous dire, monsieur, combien sont vives mes sympathies pour cette Angleterre où le règne de la pensée libre a quelque chose de si imposant. Ce n'est donc pas sans hésitation que je me suis décidé à vous communiquer le résultat de mes observations dans la cruelle circonstance qui vient d'y donner lieu. Mais, toute réflexion
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faite, j'ai pensé que la vérité était 'toujours bonne à connaître.
Il importe qu'on sache en France quel intérêt on attache, en dehors d'elle, k accréditer Tidée que Tllalie ne lui doit rien: il importe que le gouvernement français soit bien averti qu'en ayant Tair de tergiverser dans la question italienne, qu'en laissant garnison à Rome, qu'en ne s'empressanl pas de proclamer son adhésion h rétablissement du nouveau royaume, il risque de voiler l'éclat qu'a Jeté Hntervention de nos armes en Italie, et sert, sans le vouloir, la politique de ceux qui s'inquiètent des progrès de notre influence morale et sont jaloux de notre gloire.
Quant a la direction à imprimer aux légitimes regrets que cause la mort du comte de Cavour, je suis heureux que mon sentiment se trouve d'accord avec celui que vous avez vousmême exprimé. Oui, comme vous, je pense que la solennité de ces regrets ne doit être mêlée d'aucun découragement pusillanime. Comme vous, je pense que la plus noble manière pour les Italiens d'honorer la mémoire du ministre qalls ont perdu, c'est de montrer qu'ils peuvent se passer de lui, et que c'est dans la conscience que l'Italie a acquise d'elle-même qu'est la ganratie la plus silre de l'unité italienne.
Cetle appréciation du Temps est la seule qui soit philosophique, la seule qui soit en rapport avec la grandeur de la <îause qu'il s'agit de défendre, en un mot la seule vraie. Il n'est donné i personne de porter les destinées d'une nation dans le creux de sa main. Les fortes individualités ont sans doute leur part dans l'accélération du mouvement qui emporte tout; mais cette part, il convient de ne pas l'exagérer.
Les personnages historiques — et f entends parler des plus illustres — ne sont, après tout, que d'éphémères ac-