LE$ ELECTIONS EN ANGLETERRE APRÈS LE « REFORM BILL
t un réToIutionDàire, n'hésite pas h qualifier de grosse abirdité {gross ahsurdity) cette idée d'attacher à la fortune omobilière l'exercice des droits politiques. Il demande en ^rta de quelle logique on accorde au tenancier d'une maure dont le loyer est de 10 livres sterling par an un droit )Dt est privé rbomme qui possède 1 ,000,000 de livres ster- Dg dans les fonds publics? Et puis, si le fait d'acquérir de
fortune est une mesure de capacité politique^ cette preuve ae fois administrée, tout devrait être dit, et l'électeur devrait lujours rester tel {once a voter always a voter) : pourquoi )nc un hocilne riche, en cessant de Tétre, est-il dépouillé 3 son droit? L'inconséquence est flagrante.
Au reste, je n'en finirais pas si je voulais énumérer une à 16 toutes les anomalies du système électoral anglais. Qu'il e suffise de faire remarquer ce qu'il y a d'étrange à accor- !f un droit de représentation, non pas aux hommes, mais IX champs, aux prés, aux arbres, aux pierres et aux bétes ! ar ce n'est point la population qui est représentée en Anleterre, c'est le sol ; et quand je dis le sol, j'entends telle 1 telle partie du sol, privilégiée nul ne sait pourquoi ni )mment. Quelques chiffres qui se rapportent à l'année 1857, tais que je ne suppose pas avoir subi aucune altération oportante en ce qui touche leur valeur proportionnelle, vous >Dneront une idée de la façon dont la souveraineté électolie se distribue ici.
Dans le Yorkshire, il y a 3 bourgs dont chacun envoyait membres au Parlement, savoir :
Knaresborougb, population électorale, 21 2
Richmond, id. 340
Ripon, id. 363
ToUl... 908
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Or, les trois c Ridiags » d*York, lesquels envoyaiest m Parlement le même nombre de membres, ne coo^irenaîeit pas moins de 56,176 électeurs, savoir :
East Riding, population électorale, 7,538
North Riding, id. 11,319
West Riding, id. 37,319^
Total... 56,176
En d'autres termes, il est tel Anglais, parmi ceux qoi soit censés composer le souverain^ qui est cinquante fois |^ souverain que tel autre !
Je vous laisse maintenant k penser quelle doit être Tinfluence de certains riches propriétaires et hauts seignem sur des corps électoraux de quelque deux cents électeurs! Et ne croyez pas que cette influence s*exerce dans Tombre, avec précaution, d*une manière pudique.
Voici à ce sujet un document qui vous amusera.
Certains électeurs du comté de Londonderry s' étant avisés, il y a quelques années, j'ignore par suite de queDc lubie, de vouloir voter selon leur goût, en demandèrent la permission en ces termes au marquis de Waterford, leur seigneur et maître :
< Les pétitionnaires, convaincus que Votre Seigneurie est
attachée de cœur à ses tenants, prennent la respectueuse liberté de lui demander la permission de voter, aux prochaines élections, conformément aux inspirations de leur conscience, et ils supplient Votre Seigneurie de vouloir bien donner ordre à son agent de les protéger dans le religieux et fidèle exercice de leurs droits électoraux. Plusieurs landlords, dans ce comté, en ont fait autant. La demande d'une pareille faveur étant toute raisonnable, les « tenants » de
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Votre Seigneurie espèrent qu'ils ne seront pas refusés et ont, 6ft conséquence, nommé pour se rendre en députation auprès de Votre Seigneurie MM., etc. »
Béponse:
Ashbrook, 3 avril.
m Monsieur, le marquis de Walerford me charge, tout en vous accusant réception de votre lettre et de la note envoyée par quelques-uns de ses tenants dans ce comté, de vous dm que son désir est qu'ils votent pour M. Clark et sir H. Bruce.
€ Votre dévoué,
^ J.-B. BÉKESFORD. »
Quant à la manière dont les élections se pratiquent, le spectacle serait infiniment curieux s'il était plus nouveau. Mais Tavalanche des professions de foi qui roule en pareilles circonstances sur la tête des électeurs ; Tinon dation de placards et de discoure qu'ils ont à subir; les savantes manœuvres financières des candidats, aidées au besoin par le regard caressant et les douces paroles de leurs femmes ou de leurs filles; les « canvassers » ou solliciteurs courant de rue en rœ quêter des votes, et épuiser, en faveur du patron qui les paye, une éloquence qui bien souvent sent le porter ou Taie; les cabarets remplis de buveurs célébrant, pinte eu main, les vertus du citoyen de leur choix, à ses frais; les moyens de transports fournis à l'électeur retardataire ou paresseux par la prévoyance prodigue du futur élu ; les acclamations assourdissantes luttant de puissance, au pied des hustiogs, avec des grognements qu'ont accompagnés quelquefois d'irrévérents projectiles; ces innombrables rencontres oili Ton verse
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des torrents... de bière ; ce mélauge inconcevable de.en^ ruption et de passion, de vénalité et de patriotisme ; ces hommages que la ploutocratie rend à la potocratie, toit cela n*a rien de bien neuf eu Angleterre.
D'ailleurs, si le voyageur s'en amuse, le philosophe 8*eB attriste. Et que serait-ce, si je vous racontais ici, en détaili les scènes de désordre et de violence auxquelles donneit lieu quelquefois les élections vivement contestées : par exemple, celle qui eut lieu, il y a quelques années, à Kidderminsier, et où Ton vit les adversaires du candidat préKié, M. Lowe, lui livrer bataille, à lui et à ses partisans, une vraie bataille, purbleu ! les femmes portant dans leurs tabliers les pierres que messieurs leurs maris avaient à lancer?
Pour ce qui est de la corruptioit électorale, je n'ignore pas que, par le « Corrupt practices act », on a cherché à y mettre un terme ; je sais que les tentatives de corruption entraioent, quand elles sont bien constatées, la privation du droit de suffrage; je ne nie pas qu'il n'y ait un éleetion ondiior chargé de tontrdler les dépenses faites en vue de rélcction; je reconnais enfin que le parlement a, pour cause de vénalité, cassé des élections et même mis en interdit des collèges : témoin les quatre bourgs auxquels le droit de suffrage a été retiré depuis 1852. Mais ce que je sais aussi et ce que je dois à la vérité de dire, c est que, la corruption électorale n'ayant pas encore été bannie des mœurs, la loi est éludée très-fréquemment, et la sévérité de la jurisprudence parlementaire très-fréquemment déjouée.
Comme les frais généraux de l'élection, et ce n'est pas une petite affaire , sont à la charge des candidats ; comme il leur faut payer pour la location des salles où les comités se réunissent, payer pour Timpression de nombreuses circulaires et d'innombrables placards, payer pour l'aflficbage
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anDoiices de toute diinension et de toute couleur, payer )ur là construction des huslings ou échafaudages du haut ^uels ils ont h haranguer le peuple, payer pour la con* ruclion des baraques où a lieu le poll^ c'est-à-dire Tenrestrenrient des votes, payer pour l'emploi des constables i^pléiuentaires, etc., etc., on conçoit qu ils aient mille loyens de faire servir de voile aux dépenses illicites les ipenses permises.
Ce fut au mois d'août 1854, si j'ai bonne mémoire, que it promulguée la loi intitulée : « Corrupl practices act^ > t je me souviens qu'h cette occasion un débat animé s'enaigea sur la question de savoir si i*on rangerait au nombre es dépenses licites le payement pac le candidat des frais de éplacement encourus par l'électeur venu de loin. Ceux qui talent pour l'affirmative ne manquèrent pas de prétendre tt'oD ne corrompait pas un électeur pauvre par cela seul tt'on le mettait en état d'exercer son droit de vote; mais Bux qui étaient pour la négative prouvèrent fort bien que elle pratique n'était qu'un moyen détounié d'acheter des nffirages.
L'acte de 1854 interdit les banquets tenus la veille ou le Hir du vote, aux frais du candidat : soit; mais comment iterdire h un certain nombre d'électeurs de boire en comlUB, si bon leur semble, lorsqu'ils sont censés le faire k surs frais?
De même, l'acte de 1 854 défend au candidat toute dépense :6 cocardes, de drapeaux, de bannières, d'instruments de susique; mais les bannières et les bandes de musiciens l'eu figtircnt pas moins impunément parmi les procédés lectoraux, tant que ce n'est pas le candidat qui est censé ►ayer.
A quoi se réduit donc, en matière de corruption électorale,
unriBBs suft l'akcijBtsbib. (ia«t)
r-iafliienee de b loi? A peu de chofie, eo vérité, te rtbsCarle, Toib loul; et il eu în de la sorte tant ^m h râorme ne se sera pas iotrodiiiie dans les mœurs.
Un autre point est à cunsidérer. Les procédés éledonv et Angleterre ne pourraieot*ils pas être modifiés avec av» tige 9 et de graves inconvénients ne sont-ils pas attachés 1 la présence des candidats sur les bustings?
En premier lieu , il n*est pas facile de comprendre m qm cette exhibition de la personne du candidat est aile. Oli*il se montrât au peuple pour lui faire connaître ses ep» nions et ses sentiments , ce serait i merveille , si tel était h résultat obtenu ; mais point : Tinrortuné orateur n'a pasph» tàt ouvert la bouche que sa voi\ est impitoyablement étoufii par les clameurs et les grognements des amis ou partisfH de son adversaire; il a beau implorer le silence par sei regards et par ses gestes, le tumulte continue et va croissant jHsqu't^ ce qu'il se change en tempête. Pas un discours qi ne soit, presque ii chaque phrase, interrompu par des hurlameots. Ou siffle, on grogne, on imite le cri de divers aah maux. Ëlrnnge mode de communication mentale! édifiaat échange d'idées au moyen de la parole ! Snns compter que souvent on passe des clameurs aux voies de fait, ce qui tend à dégrader et ceux qui s'y livrent et ceux qui s'exposent 1 les subir.
A quelle abdication de sa dignité dliomme n'est pas réduit à descendre celui qui, pour avoir le privilège d'écrire ^ ta suite de sou nom les majuscules M. P., se résignai recevoir des pommes cuites et à être mis en fuite couvert de suie? Au priK de quelles humiliations il faut l'acheter, cette victoire» quand on la remporte ! et combien, quand on s'eit fait si petit pour arriver h se grandir, la défaite doit être difficile à porter 1
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Ce n'est pas que les pratiques dont il s*agit n'aient eu leur "aison d'élre quand elles ont été établies. A Tépoque où les )ublic meetings étaient rares, où la presse à bon marclié Texistait pa<, où le peuple lisait peu, l'apparition du candi* iat sur les hustings était chose à peu près inévitable, par les 'aisons diamélrulenient opposées à celles qui font qu'elle est iiijourd'hiii superflue.
Une chose à noter, c'est que les éineutiers, dans les élecioBS, ne sont pas les électeurs, ceux dout on enregistre les rolontés ; le désordre vient généralement de ceux qui ne )reDuent part à l'aflaire qu'au moyen de ce vote prélimilaire et de pure forme, le vote par mains levées; et Ton sait [oe le vote par mains levées ne compte pas dès que le poil »t demandé, ce qui arrive toutes les fois qu'il y a des oppo- ^ots, n'y en eût-il qu'un seul. Le vote par mains levées est e droit de suffrage de ceux qui n*en ont pas....
Eh bien, les emportements dont cette foule des exclus se •end coupable, ne tiendraient-ils point d'aventure à Texcludon dout elle est frappée? La façon violente dont les nonîleeteurs clierchent à exercer leur influence ne dériverait- ,»lle pas précisément de ce qu'ils ne sont point admis à influer •égulièrement , effectivement sur la marche des affaires >ubliques? Celui qui s'imagine faire acte de citoyen en jetant me pierre tomberait-il dans cette déplorable erreur s'il pouvait faire acte de citoven en donnant son vote? C'est à ]uoi les boinmes d'État de ce pays feraient bien de réfléc!)ir.
Vous le voyez, pour prouver la nécessité d'une nouvelle •éforme, les arguments ne manqueraient pas. Toutefois, l'exagérons rien. Qui ne jugerait qu*à ces traits du mérite lu régime représentatif en Angleterre s'arrêterait à la surace des choses. Après tout l'opinion publique se fait jour à Iravers les incidents plus ou moins regrettables de cette
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Iliade étrange. Les votes qu'on c:tn£dat achète tondaïC il neutraliser ceux qu'achète son compétiteur, la victoire reste, au bout du compte, à ceux des votes indépendants qui fé* pondent le mieux au sentiment public. De j^us, au milieB ée ce libre conBit d'opinions et d'idées, le Jugement des citoyni s'exerce, leur esprit s'éclaire, leurs yeux se fixent sur tooto les phases de chaque question de nature à les intéresser, et leur existence particulière s'identifie avec celle de leur paji. D'un autre côté, ceux qui se risquent dans la lice sont presfM toujours amenés, par le désir de vaincre, à prendre des atgagements liés à l'adoption des réformes les plus urgentes, et le progrès poursuit son invincible cours.
Décembre.
Les < Tleket %Ê lemve » mea*
Hacaulay racoute que, lorsque Guillaume 111 acheta dl comte de Nottingham le palais de Kensinglon et alla s'y installer, raristocratie anglaise prit la chose en fort mauvaise part, et cela pour une raison assez curieuse. Aujourd'hui, « KensingtOD house » fait, eu réalité, partie de Londres ; mais, du temps de Guillaume 111, c'était un château rural. Et le moyen d'y arriver sans péril! On n'avait pas encore imaginé l'éclairage au gaz. Il y avait disette de lanternes. La roote