‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 141 sur 169 · LES « TICKET OF LEAVE » MEN · texte numérisé non relu

LES « TICKET OF LEAVE » MEN

de Piccadilly à Kensington, cette route que, moi qui vous parle, j*ai parcourue chaque nuit, pendant deux ans, sans jamais ni'inquiéter de Theure, e,t les mains dans mes poches, c'était, du temps de Guillaume III, un grand chemin plus infesté de brigands que jadis notre fameuse forêt de Bondy ; et les lords, les ladies de la fin du dix-septième siècle trouvaient naturellement fort désagréable de ne pouvoir se rendre à la cour, le soir, sans courir risque d*étre assassinés.

Je me souviens qu'en lisant, il y a quelques années, le passage de Hacaulay auquel je fais allusion, je me mis à bénir la civilisation qui nous a donné le gaz et les policemen. Hais, hélas ! voici que je commence à douter de tout, et de la civilisation, et des policemen, et deTefficacité du gaz. Ouvrez un journal au hasard, vous n'y lisez plus que récits d'attaquer nocturnes. Ici, c'est une femme qu'on a dévalisée en pleine rue d'Oxford, à la clarté des lampes qui inondent de lumière les abords d'une salle de musique très-fréquentée ; là, c'est l'imprudent possesseur d'une montre dont il laissait voir la chaîne, qui a été aux trois quarts étranglé en passant de Bond Street dans Piccadilly. Tous les matins, madame, à son déjeuner, a la satisfaction de lire une belle histoire de voleurs, plus les commentaires furieux du journal où elle, s'étale; car c'est une vraie panique parmi les journalistes, classe d'hommes qui ont des montres et qui rentrent tard. Ce qui est h remarquer, c'est que messieurs les voleurs semblent se piquer d'être gens de courage. Au lieu d'aller piètrement guetter leur proie dans l'ombre, au lieu de choisir pour théâtre de leurs exploits

Quelque endroit écarté Où d'être un assassin Fun ait la liberté,

ils aflfectiounent les quartiers populeux, par esprit de cheva-

i\ù leWres sim l'ahgletbriib (isat)

lerie, et les quartiers bien éclairés n*ODt rien qui lenr d6phise. n est à noter, en outre, qu'ils ne procèdent ft par compromis; ils ne vous crient pas : •€ La bourse oi II ▼ie ! » ce qui rendrait une transaction possible. Allons doBcI Un coup de casse-téte est le seul avertissement auquel ib « croient tenus.

Cet aimable état de choses, comme bien vous pensa, a fini par devenir le sujet d'une telle préoccupation, qa*il n*ei est pas, ei^ ce moment, d'aussi absorbante. Il s'agit bieo et savoir pourquoi le général Mac-GlellaQ a été destitué parle gouvernement fédéral ! ou en quoi la médiation doit cmh sister! ou quelle espèce de roi les Grecs se donneront! La grande question est de savoir si Ton pourra sortir, ^ la mi tombante, sans avoir affaire à un coupe-jarret?

Vous me demanderez ce que fait l'autorité pendant tt temps-là, et ce qu'est devenue cette police de Londra^ qu'on disait la mieux organisée qui fût au monde. Il paraK que personne n'en sait rien ; car c'est ce que les journaux le cessent de demander, et ils n*en sont pas plus avancés pour cela. Sir Richard Mayne a augmenté le nombre des policemen; mais le malheur veut qu'ils ne se trouvent jamais U où leur présence est désirée. Il est assurcinenl d'un bon naturel, de la part de l'autorité, de faire placarder des Avis (m public, pour que chacun ait h pourvoir lui-même à sa sûreté; mais convenez que le conseil n'est pas rassurant! 11 a, en tout cas, le défaut de prouver que les taxes sont bien lourdes, eu égard au profil qu'on en retire. Si chacun doit être à luimême son propre policeman, pourquoi contribuerait-il h payff des policemon?

Quoi qu'il en soit, le conseil désespéré : Aide-toi^ leeid Caidera, est celui que sont réduits à donner, au point où en sont venues les choses, mille journaux exaspérés. On nous

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assure de toutes parts que, si nous ne nous armons pas d^un bon revolver, avec la ferme résolution de nous en servir, le t3S échéant, nous sommes des hommes morts. Vous n*avez pas d*idée de Tardeur avec laquelle certaines feuilles ont re^ •commandé h quiconque veut vivre, Texemplc donné par miV ircss Norman, à Horwichend, Whaley-Bridge, dans le Derbyshire. Cette dame était occupée, pendant la nuit, à soigner son enfant, lorsqu'elle entend soudain dans le parloir de sa maison un bruit inaccoutumé. Sans réveiller son mari, qui ^était malade, elle s'arme d'un revolver, descend, aperçoit dans la pièce d*oii le bruit était parti, un homme qui tenait une chandelle allumée, vise, fait feu, et atteint le voleur en pleine poitrine. Il avait un compagnon, qui l'attendait au dehors, et qui parvint à emporter le corps sanglant; mais justice était faite. Reste <^ savoir s'il faudra que désormaû; les dames portent des pistolets de poche dans leurs sacs à •ouvrage, des poignards a leurs jarretières, et que chaque maison soit défendue par une Jeanne d'Arc de salle h manger? D'ailleurs, le procédé qui consiste h se faire justice à soi-même a ses inconvénients. L'autre soir, un de mes amis fut abordé poliment, au détour d'une rue, par un homme qui lui demanda quelque chose qu'il n*enlendit pas 'bien. Sans plus de retanl, et sous Tempire de la pani(|ue, il répondît par un coup de poing terrible qui envoya Fhomme rouler sur le pavé. En me racontant le fait, mon ami m'avouait que, la première impression passée, il avait eu regret de la vivacité de sa réplique : le malheureux n'était coupable que d'avoir demandé son chemin. Supposons que la réponse, au Heu d'être un coup de poing, eût été un coup de pister- IctT On frémit à l'idée des erreurs meurtrières que seraient exposées à commettre des personnes nerveuses, une fois qu'elles seraient armées jusqu'aux dents, et con-

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vaincues que quiconque vous approche veut vous tuer.

D'un autre côté, on ne peut pas non plus se laisser couper la gorge par horreur pour le port d'armes ; et, quaet i être retenu par un sentiment quintesseucié de philanthropie, nul n*y sera disposé en Angleterre, c*est bien certaio, l'Angleterre u*élaut pas la patrie des évéques qui trouvent bon qu'un visiteur équivoque les quitte en emportant leur argenterie.

Quel parti prendre? Sommes-nous condamnés à voir l'une des deux capitales du monde civilisé revenir aia mœurs du moyen âge, ou, mieux encore, aux procédés de la sauvagerie?

La première condition pour découvrir le remède serait de bien se rendre compte des causes du mal. Ces causes, doit-<a les chercher uniquement, comme le croit ici l'opinion pu* blique, dans le sjstème des Ticket ofleave?

Vous savez qu'on entend ici par Ticket of hâve men des condamnés auxquels, s*ils se sont bien conduits pendant la période de l'expiation, le gouvernement est autorisé à accorder, après nn certain temps, la remise du reste de leur l»einc. Parmi les criminels de celte classe, il en estcertainemont que le régime acUicl des prisons ramène à de meilleurs insiincts; mais il en est d'autres qui résistent à tout essai d'éducation morale, grimacent la soumission et le repentir tant qu'ils sont au pouvoir du geôlier, et une fois rentrés dans la société, y jouent le rôle de bêtes fauves échappées d'une ménagerie. Ajoutez à cela qu'un criminel que suit la flétrissure de son crime voit tous les regards se détourner (le lui, toutes les pories se fermer devant lui, et rencontre souvent, dans ses efforts pour se frayer le chemin d'une vie régulière, des obstacles insurmontables. De làuD danger qui lient à l'essence même du système, quelque sym-

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