LES C TICKET OF LEAVE » MEN
pathie que mérite, d'ailleurs, Tidée qui consiste h faire de la peine un moyen d'éducation pour celui qui Ta encourue et qu'elle frappe.
En lisant le récit des attentats multipliés dont Londres est, en ce moment, le théâtre, et en entendant les clameurs poussées, à cette occasion, par les Ticket of leave meny sir Joshua Jebb s'est hâté d'informer le public, dans une longue lettre toute gonflée de statistique, qu'on était fort injuste envers ces pauvres forçats libérés d'Angleterre; qu'ils n'étaient pas, à beaucoup près, aussi noirs qu'on les faisait; que, sur 1,895 criminels rendus à la liberté en 1854, le nombre des récidives n'a guère été, dans un intervalle de huit années, que de 9 pour 100; qu'à la vérité, il a été die plus de 16 pour 100 sur 2,007 criminels rendus à la liberté en 1856; mais qu'après tout les crimes des Ticket of leave men tiennent comparativement peu de place dans l'ensemble des pieurtres et des vols commis par l'ensemble des malfai* leurs; que, depuis 1853, il n'y a pas eu plus de 1,400 libérés par an, tandis que le nombre de malfaiteurs- connus de là police ne s'élève pas à moins de 123,049, lesquels ont refuge dans 23,946 maisons, — un autre que ce bon sir Joibua Jebb eût dit repaires.
J'ignore jusqu'à quel point les chiffres cités sont exacts ; mais, ce qui est sûr, c'est que cette défense des Ticket of Itave men n'a eu aucun succès. Le public, à qui la chronique judiciaire de chaque jour montre invariablement des repris de justice parmi les héros des expéditions nocturnes dont Londres gémit et s'alarme, le public ne veut pas absolument se rendre aux raisons de sir Joshua Jebb, le(iuel est direc'* teur des prisons criminelles et prêche, en cette circonstance, pour sa paroisse. Le Times observait avec beaucoup d'esprit, il y a deux ou trois jours, que si une maîtresse de mai*
814 LETTRES SUR l'aHGLETERRB (1862)
soD avait voulu savoir le in:)yeD le plus sûr de mettre ses provisions à Tabri d*une inv:isiou de souris, elle se serat bien gardée de prendre conseil du baron Trenk, pour qui h souris était une aimable compagne, accourant quand on l'appelair, dansant sur ses paltes de derrière, et fournissant à sou éducateur le sujet de mille petites expériences pleines d'intérêt. Le fait est que l'argument de sir Joshua pèche par la base : il cite comme preuve concluante les cas des récidive constatés par un jugement; mais les cas de récidive qu*a couverts l'impunité, est-ce qu'ils ne comptent potff rien? Or, à l'égard de ceux-ci, sir Joshua n'en sait pas phis long que vous et moi, et le public est certes bien excusable de s'alarmer, quand il a sous les yeux des exemples de prisonniers qui, ramenés devant les magistrats, après uiiiiDte récidive, se trouvent avoir été condamnés à plus d'années d'emprisonnement qu'ils n'ont vécu d'années. Pourquoi? Parce que l'éducation qui co.nmence dans la prison est, de sa nature, bien tardive. Pourquoi encore? Parce que la misère, qui attend le condamné au sortir de son cachot, n'a que trop le pouvoir de Vy replonger. Vous vous imagmez guérir ce pestiféré en le tirant de son hôpital? Ètes-vous bien sûrs qu'en le rendant à la liberté, vous ne le rendez pas à la peste? Ma's si les chiffres de sir Joshua ne prouvent pas que le système des Ticket of leave men soit inattaquable, ik tendent, d'autre part, à bien établir que couper court h ce système ne serait pas couper court à ce fléau. Figurez-vous une armée du mal de 1:23,049 hommes qui ne se recrute dans la classe des Ticket of leave men que jusifu'à concurrence (le 1,400 hommes par an! 123,049 coupe-jarrets! C'est, ainsi que le remarque le Spectaior^ beaucoup plus qu'il n'y avait de soMats dans l'armée avec laquelle l'Angleterre a reconquis les Indes!