H. BRIGHT A BIRMINGHAM
Voilà ce que M. Bcighl aurait dû prouver, et voilà ce qu*il a entièrement passé sous silence.
Du reste, que le gouvernement anglais, dans le passé, ait manqué oui ou non de prévoyance, ce n*est point là, il faut bien le dire, ce que le public, à Theure qu'il est, tient à sa- Yoir, et le gouvernement crierait, je crois, volontiers à M. Bright ce que Tenfant de la fable, tombé dans Feau, crie au magister qui le gourmande : « Eb ! mon ami, tire-moi du danger, tu feras après ta liarangue. » M. Bright a pressenti cela, et il se tenait prêt à proposer ce qu'il estime le remède souverain. Ce remède consisterait à exempter d'impôt pendant cinq ans toute terre consacrée, dans les Indes, à la
culture du coton.
Le procédé est fort simple sans doute, et il est permis d'espérer que ce genre d'encouragement, joint à l'élévation actuelle des prix, aurait quelque influence sur le mouvement du marché indien. Toutefois, je crains bien que M. Bright ne s'abuse en se figurant que, le jour où ce système serait appliqué, les maux du Lancashire toucheraient à leur terme. Il y a, malheureusement, une raison qui, quoi qu'on fasse, éloigne du coton indien la spéculation et los capitaux. Cette raison est la peur de la concurrence ruineuse que lui feraient, dans le cas où la guerre d'Amérique prendrait fin, les masses de coton accumulées dans le Sud et auxquelles la paix rouvrirait le chemin de l'Europe. C'est là, ainsi que l'a plusieurs fois déclaré M. Cobden, dont M. Bright ne récusera pas l'autorité, une menace qui pèse fatalement sur le marché, dès qu'il s'agit de coton, et qui paralyse tout.
H. Bright est convaincu que le Sud sera écrasé; il affirme que c'en est fait du coton produit par le travail esclave : très-bien. Hais que de gens pensent ici le contraire, à commencer par M. Gladstone! Pour que l'Angleterre tour-
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nat décidément les yenx du côté de Ffnde, il faudrait qu*de crût ail triomphe définitif du Nord, et elle n'j croit pas.
D'un autre côté, cette exemption d^ieipôt que M. Brijiit demande en faveur d'une certaine catégorie d'fcommes, et dans le but avoué de favoriser im certain genre de travail, qu'esl-ce autre ebose qu'une application de la théorie te primes d'encouragement? Ici se présente une objection qie M. Bright n'a pas prévue, et qui déjh s'est fait jour, sms forme d'argument adhominem^ dans les colonnes du Timet et dans celles du Morning-Herald, Couraient M. Brigiit, le libre échangiste par excellence, pent-il invoquer Fintcfvention du gouvernement dans le domaine des échanges! Comment lui, un des plus rudes adversaires du système pnh tectionniste, en est-il venu à appeler le système protectioDniste au secours? Et cominent n'a-t-il pas vu que cette portion du revenu publie dont il demande qu'on déehar^ les cultivateurs de coton, il y aurait à la remplacer par de boiveltes taxes sur la pc^mtation iadienne, qu'on achèverait ainsi d'épuiser pour alléger la détresse d'un comté d'Angleterre?
Où if. Bright a triomphé, c'est dans la partie de sob discours qui se rapporte h la question de Fesclavage. Jamais l'émotion d'une âme indignée ne s*exhala en termes plus éloquents. Quoi! être l'Angleterre, avoir devant soi le Sud, qui veut non-seutemeiU maintenir l'esclavage, mais Félendre; avoir devant soi le Nord, qui vient d'en proclamer l'abolition, et tendre la main au Sud! M. Bright a bien fait d'insister sur ce point, car c'est relui que les partisans dn Sud s'étudient avec le plus de soin h mettre dans l'ombre.
A les entendre, les deux ennemis qui sont en présence par delà l'Atlantique sont l'esprit d'indépendance nationale, représenté par le Sud, et l'esprit de conquête, représenté
M. OlUGHT A BIRXINGUAN 355
par le Nord. « Daus quelle partie du monde », s* est écrié M. Scholefield, c les Anglais pourraient-ils voir sans un sentiment de sympathie une nation qui lutte pour son indépendance? » Mais qu'est-ce h dire? Est-ce une indépendance digne de vos hommages que celle qui consiste l\ réduire à Télat de bétail une partie de la race humaine? La liberté qui a votre culte, est-ce donc la liberté d'être tyran?
Ce qu'il y a de triste à constater, c'est (pie les mêmes hommes (|ui nomment « revendication du principe d'indépendance nationale » la rupture brusriue, violente, injustifiable, du contrai volontaire en vertu duquel le Sud et le Nonl avaient vécu si longtemps unis; oui, ces mêmes homme» De parlent ([u avec horreur de toute tentative ayant pour but de détacher rirkmde de l'Angleterre.
Ou je me trompe fort, ou les partisans des confédérés du Sud feraient bien de songer à Tlrbude, lorsquil fonts(maer » haut, sous le nom d'indépendance, le droit de la partie a se détacher du tout. Les Irlandais ne sont pas de la néme race que les Anj^lais; ils ne professent pas la mém(* religion; ils ft ont ni les mêmes mœurs, ni le môme caractère; et quand ils lisent Thistoire de leur union avec les Aillais, ik n*y trouvent que souvenirs irritants. S'ils allaient d'aventure se croire plus fondés que les planteurs du Sud à réclarner les bénéfices d'iuie satioualité indépendante, qu'auraient 4 leur répondre M. Sch<derield et ceux (pii, comme lui, vont ratant sa» cesse : « Dans quelle partie du monde les Anglais pourraient-ils voir sans un sentiment de sympathie uu peuple qui lultë pour son indépendance? b
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GXIII
26 décembre* Les gens suspeels d'allénalloift mentale en Angleterre*
€ Or donc, mariez-vous... Or donc, ne vous mariez pas. » Ainsi parle Rabelais, après avoir bien pesé le pour et le contre, relativement à la grande question de savoir si l'on fait bien de se marier. Si Rabelais avait vécu de nos jours en Angleterre, il aurait eu, j'imagine, une raison de plus à inscrire sur la liste des motifs à donner en faveur de la conclusion négative ; et cette raison, (|uc vous ne devineriez jamais, est qu'ici un mari, s'il est bien décidé à croire sa fennne infidèle, risque, pour ce seul fait, et sur le simple certificat de deux médecins, d'être appréhendé au corps, arraché de chez lui, traîné dans une maison de fous, et, là, traité comme un homme qui a perdu la raiscm, ce qui suffit |»our qu'il la perde.
Ce que je vous dis a l'air d'une plaisanterie. Mais point; la chose est des plus sérieuses : le procès en dommagesintérêts qui vient d'éire ga^né par un M. Hall contre un certain docteur Seujple en est la preuve.
Ce M. Hall est, ii ce qu'il parait, un bravo houïme qui n'a jinmiis donné d'autre marque de folie qu'une disposition prononcée à mettre en doute la vertu de sa femme. Aux yeux de la dame, il ne pouvait y avoir pire espèce de fnlie, loniuie bien vous pensez. EWe s'est donc avisée un beau
LES GENS SUSPECTS d'aUÉNATION MENTALE EN ANGLETERRE 357
jour, après trente ans de mariage, qu*il y av^t lieu à enfermer SOU mari dans un hôpital d* aliénés. Cette longue union de trente ans n'avait pas été sans nuages, cela va sans dire. M. Hall n'était pas toujours en belle humeur ; et madame Hall, qui aimait fort à mettre en gage les effets de son mari, avait, en outre, le travers de donner des proportions épiques à la moindre querelle conjugale. A part cela, rien de vraiment dramatique ne s'était passé dans Tintérieur de cette famille ; rien qui fût de nature à faire prévoir qu'Othello en viendrait à étouffer Desdemona sous les coussins de son lit. Mais la question n'était pas là. Madame trouvait tellement étrange qu'on osât la soupçonner, qu'à ses yeux nul signe d'aliénation mentale ne pouvait être plus décisif. Par qui fut-elle mise au courant de la législation d'Angleterre sur les aliénés, et comment parvint-elle à mesurer si bien la force de l'arme qu'une législation pareille lui mettait entre les mains? Ceci est un mystère que le procès n'a pas éclairci. Toujours est-il que sur ce point elle savait parfaitement à quoi s'en tenir.
Elle s'ouvre donc de ses alarmes et de son projet à deux médecins qui jouissaient de sa confiance; elle montre à l'un d'eux un miroir qu'elle assure avoir été brisé par son mari d'un coup de pelle. Le savant homme frémit à cette vue : plus de doute, M. Hall est atteint d'un dérangement du cerveau! Là-dessus, le docteur Seraple court chez le mari, pour le soumettre bon gré n^algré à un examen approfondi, lui tâter le pouls, lui faire montrer sa langue, et lui prouver par vives raisons qif il est fou à lier. Naturellement, celui-ci est fort surpris et non moins choqué de cette visite inattendue. Mais, au lieu de jeter le docteur à bas de l'escalier, ce qu'eût peut-être fait en pareille occurrence un homme en pleine possession de ses facultés.
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il se conteKe dq regarder <ran air étonné celiri qm vent le sauver à toute force, et, qui pis est, il le regirde feement. Vous rappdez^ous la fameuse f;cèiie -ob Jean4acques Rousseau puisa la conviction que Hume, -son bienfaiteur, était au fond son pins croel ennemi? « Un soir, coMne fiavid Hume et moi étions assis tn atence au coin du {m, je surpris ses yeux fixés ardemmeiit sur les mkts. Toula coup il me lança un regard... Aliî ce regarâ de Hume! ce regard! ^ Eh bien, le regand de Hume ne produisit pas plus d'effet sur Rousseau que oefciî de M. Hall n'en a eu sur le docteur Semple. De son côté, M. Gny, l'autre médecin, avait dans la véracité de madame une confiance aussi grande que Tétait peu celle que Ba verti inspirait à son mari. C'en est fait : les deux certificats requis sont signés par les deux répondants de l'impeccabilité de la dame, et V(nlà le pauvre M. Hall conduit sans plus de délai dans une maison d'aliénés. Or, ce terrible docteur Semple tenait tant à guérir le malheureux liomme de la ananie d'être libre que, le jour même, il écrivait au gardien de l'établissement : « Surtout ne le laissez par sortir; c'est un fou dangereux. »
Heureusement, il y a un Dieu aussi pour les maris scei^lique*>. Il s'est trouvé que Tun des deux certificats était irrégulier dans la forme. Sans cette circonstaiicis véritablement providentielle, nul ne peut dire au juste i)endant codh bien de temj»s M. Hall serait resté ce qiie j'appelle sa«s détour enterré vif; car, c'est une opinion très-répandue parmi les médecins aliénistes que les fous sont pleias de ruse et s'entendent merveilleusement h v*ius donner le change sur leur état mental; do sorte que notre uialade supposé aurait fort bien pu se montrer indubitablement raisonnable, sans être pour cela élargi, avant d'avoir
LES GENS SUSPECTS d' ALIÉNATION MENTALE EN ANGLETERRE 35d
eu à traverser une douloureuse et humiliaDte épreuve.
Quoi qu'il en soit, une Tois mis en liberté, il n'a eu rien de plus pressé que d'en appeler aux tribunaux de Yexchs de tendre sollicitude dont il avait été Tobjet, et il est résulté du procès que Tordre d'emprisonnement avait été donné, non-seulement sans raisons suffisantes, mais en vertu de raisons dérisoires.
Ce n'est pas, bien entendu, ce dont nos deux médecins sont tombés d'accord. Avec un courage digne d'une meilleure cause, ils ont soutenu jusqu'au bout que le mal dont ils avaient poursuivi la guérison, sans reculer devant les moyens extrêmes, était « une maladie de quelques-uns des sentiments propres à engendrer la passion^ la viohnce^ le meurtre, d La théorie n'est pas rassurante, et les maris qui font mauvais ménage avec des femmes susceptibles n'ont qu'à se bien tenir !
Ce qui doit les rassurer un peu toutefois, c'est la déclaration solennelle du juge, lequel s'est exprimé eu ces termes ; « Un mari peut détester sa femme et n'être pas fou. » U. de la Palisse et Salomon n'auraient pas mieux dit.
Restait à savoir si le docteur Semple en serait quitte pour la peur. Le jury, composé de b(mnes gens, n'a pas voulu croire que les deux médecins eussent été animés de mauvaises intentions; mais, composé comme il l'était de maris, il n'a pas voulu non plus amnistier les erreurs commises à la légère en ces matières délicates, et le docteur Semple s'est vu^ en conséquence, condamné à 150 livres starUng de dommages-intérêts.
Ce procès, qui a vivement intéressé l'opinion publique, est en effet d'une haute importance, en ce qu'il met à nu les vices de la législation anglaise concernant les aliéués, lé-
SM tenues sa L*iscLEnBBB (iMt).
gbbtimi qui loodie par tons les oôlés m grudpriMJpele b riberté iodifidiidle.
Chose corieose! Ed Fnnee^ oà les gomenemoÊgmi toojoon fait si bon maidié de ce principe dans kus ti^ ports arec les êtres doués de raison, 0 est smvegaidé fa b loi sur les aliénés arec une préfoyance adnûraUe d ■ luxe de précautions auquel il serait difficile de rien ajouter; tandis qu*m An^'terre, où TindiTidu est si puissaHMii protégé contre toute tentative d'arbitraire politique, i m trouve livré presque sans défense à Tariiitraire médicaL
Et d'abord, dans le fait de remprisonnement d*nn hmm atteint ou supposé atteint d*aliàiation mentale, — je il emprisonnement, parce qu'une maison d'aliénés est, après tout, une prison, — Tautorité id n'a nullement i intervenir. Deux médecins quelconques n'ont qu'à signer chacun m certificat concluant dans le sens de Faliénation, pour qK l'individu désigné soit arrêté et conduit en lieu sûr par dtt agents à leurs ordres et sans recours aucun i l'autorité, n y a plus : rien ne s'oppose à ce que cet individu soit nb dans une maison de santé appartenant à l'un des deux médecins qui l'y font mettre !
Quant à la manière dont la loi veut que les certificats soient rédigés, c'est là encore un point très-critiquable. 11 est loisible, par exemple, au médecin signataire de citer i l'appui (le son opinion, non-seulement les faiLs observés par lui-même, mais ceux qu'il connaît par ouï-dire. S'il lui plait de fonder son opinion sur ce qu'il tient de son confrère, — ce ([ui réduit le témoignage de deux hommes de la science à celui d'un seul, — il n'y a dans la loi aucune disposition qui l'en empêche. Enfin l'obligation d'une enquête sérieuse préalable n'est pas spécifiée.
Les seules mesures qui, au point de vue social, soient