LES GENS SUSPECTS D*ALIRNATION MENTALE EN ANGLETERRE
protectrices de l'individu enfermé comme fou dans un établissement particulier, consistent dans les pouvoirs confiés par le lord-chancelier à deux commissaires nommés « mas^ ter$ in lunacy^ » devant qui sont portées les questions relatives aux aliénés, et qui sont aux appointements de 2,000 livres sterling, avec pension de retraite. Il entre naturellement dans les fonctions des « masters in lunacy » de visiter de temps en temps les établissements placés sous leur surveillance, lesquels sont, en outre, sujets à être visités, à des époques indéterminées, par deux médecins et un homme de loi, dont c*est l'office. La loi porte que les aliénés doivent être visités au moins une fois par an : ses prescriptions ne vont pas au delà. Si celui qu*on suppose frappé d'aliénation mentale demande à être examiné devant un jury, sa demande peut lui être accordée par le lord-chancelier ; mais les frais de la procédure risquent d'être énormes. Je me souviens de vous en avoir fourni une preuve saisissante en vous rendant compte de l'affaire Windham.
Une chose que vous aurez peut-être de la peine à croire, c*est que lorsqu'un individu, ayant commis un meurtre sous l'empire de la folie, est envoyé à Bediam, il est condamné h ne pouvoir plus recouvrer sa liberté, même dans le cas où il recouvrerait sa raison. Lasciate ogni speranza... Et pourquoi? Parce que Ton considère que la société a le droit de se protéger contre le danger d*une jécidive. Encore une de ces anomalies qui étonnent un étranger, quand il cherche à se rendre un compte exact de l'esprit qui a dicté les institutions et gouverne les mœurs de ce peuple puissant et singulier ! Car enfin, s'il est un pays au monde où Ton se tienne en garde contre les abus du principe préventif, c'est assurément l'Angleterre, et pourtant c'est en vertu de ce principe qu'un homme y est exposé au malheur affreux d'expier
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j,NHÈE 1863
S€9 LBTfus mm L^àMixnumE (imi)
par UDe c^iàlé $aas fin le résukal d'une ibem&m wfeiftaîre ei ptst^^èie.
Se £el aperça il vous aen aisé de ccndoe qàtat ce fa regarde les aiiéaés, la législalîoii anglaise eat fort détetneuae. Maîa, par bonheur, la pralique vaut beauoup mioa qfÊB k loi. J)e ntmlirauL abus seraient possibles, nuis il y aurait injnsliise k dire que de noaibreu abus se produiseal; et, à cet égard, il est certain que ropinion publique seuh gère flonsidérablearail la nécessité d'une réfcmiie. U tU vrai qu'il s'agit de la liberté bidividuelle, c'esl-ih-dire d'aae de ces questions sur lesquelles iobn Bull n'entend pas plaisanterie. Aussi une prompte réforme du c lamoey-ucf • est-die rédamée à grand cris; et le procès dont je viens é vous rendre compte, par l'éinolion qu'il a produite* ne oes- Iribuera pas peu à conduire au résultat désicé.
5 janfier.
Chrlstmas.
Voilà huit jours que l'Augleterre est au pouvoir d'une grande armée d'invasion, composée de béros dont le plus grand n*a pas trois pieds de haut. Elle est souriante^ elle est charmante, l'armée envahissante dont je parle ; mais jamais les hordes d'Attila et de Gengis-Khan ne l'égalèrent en rapacité. Dieu sait quel tribut elle a déjà levé sur le pays conquis ! Mais quand vient cette admirable fête que nous nommons Noël, et que les Anglais nomment Christmas^ le moyen de résister aux enfants ! Ce jour-là, le ma-* gister jette au loin sa férule; les livres ennuyeux se ferment d'eux-mêmes ; le cabinet du paterfamilias^ ce sanctuaire inviolable, est saccagé en triomphe; la maison est mise sens dessus dessous, et chacun de rire.
Les enfants, voilà les tyrans, ce jour-là. Leur despotisme est d'autant plus sûr de son fait^ que chacun semble
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ravi de s'y soumettre. Pour eux les marchands de joujoux étalent leurs plus brillants trésors, les pâtissiers et les confiseurs leurs plus succulentes richesses; pour eux les libraires se trouvent posséder à point nommé des myriades d'estampes et d*enluminures, et de jolis petiis livres où la |»ensée humaine ne se montre vêtue que de velours et d*or; |>oureux on improvise, en ces heures suprêmes^ toutes sortes de jeux, de contes, de charades et de chansons; pour eux le misaothrope se déride, elles barbons se font enfants.
Et les pantomimes donc ! Et les be|les fées dont la baguette ouvre des cavernes de diamant ! Et Arlequin, Paillasse, Pantalon, Colombinc! Pour qui toutes ces merveilles, Je vous prie ? Les pantomimes, c'est là le domaine incontesté des enfants, h Christmas. Mais il faut voir avec quelle générosité ces bons chers petits princes nous admettent, nous autres qui avons cessé d'être enfants, hélas! à partager leurs plaisirs! Grâce à eux, la pantomime faille bonheur du papa, de lia naniau, de Tonele, de la tante, que dis-je? des grands-pères, des grand'mères, de tout le monde. Citamoi un théâtre à Londres qui, à Tépoque de Christmas, soit assez osé pour ne |>as donner une pantomime! Et quel prodigieux luxe de décors ! Comme il s*ealend bien, ce peuple ({u'oii dit ]>rouiIlé avec Tart, h faire passer sous nos \eni toutes les nagnificem^es du monde des fées ! Quei argent prodigieux dépensé en lacs enclwntés„ en rivières fantasti- <IHes, en paysages splendidement impossibles, en figurantes ;i visage de déesse suspendues dans les airs! Ce que je prise t'orf aussi, cjiumt à moi, c/est ce génie de la mascarade qw, en .Hicim pays de la terrc,^ ue se déploie avec auiant de piiissaïue qu'on Ani^leterre, — à Tépoque de Chnstmas, t>i<en entendu. Il y a là des hommes-lions, des hcMnmesrwfs, des IttHumes-cniches, des honuDes-bosteilles, des
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homroesHltndons, que c'est à faire frémir. I^es masques sont d'une grandeur démesurée. Celui de Tartufe pouvait élre mieux attaché^ mais il n'était certes pas de cette dimension. Pour ce qui est de la pièce qui sert comme dMntro» duction aux pirouettes de Colombine, aux farces dont le vieux Pantalon rend le passant victime, et h celles dcmt Paillasse rend victime le vieux Pantalon, et à celles dont Arlequin rend victime Paillasse, c'est, il faut bien l'avouer, h peu près la même chose partout et toujours. H n'est p» jusqu'aux variantes qui ne soient monotones. Béte, la pâBtomrme Test à un degré absolument inconcevable. Hais aln^orte f Les pantomimes sont les comédiens ordinaires &e leurs majestés les enfants. I/essentîei est donc qu'il j ait force processions de masques gigantesques, force changements à vue, maint échange de coups de pied ou de coups de poing, et nombre de culbutes. Seulement, et c^est là un point sur lequel j'appelle l'attention des philosophes, il se trouve que les grandes personnes, en Angleterre, — pays grave, — s*amusent autant, j'allais dire plus. Dieu me parionne f que tes enfants eux-mêmes. A chaque coup de pied que^ Paillasse administre à Pantalon, ce sont des trépignements de joie, des accès de rire homérique dont on n'a pas d'idée dans les contrées sans brouillards et sans spleem. Qnr n'a pas vu les Anglais assister à nue pantomime, ou revenir d'une course d'Epsom, ne saura jamais ce que c'est que FAngteterre. On parle des c Folies-Dramatiques », à Paris, et de la c descente de la Courtille ». Allons donc ! Pour voir bien Vire, et comprendre jusqu'où peut s'emporter le débraiHé d'une grande foule en état d'ivresse, c'est ici qu'if faut venir.
Mais ce que je viens de rappeler ne présente qu'un cAté du tableau. Il en est un autre que je ne dois pns omettre.
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il'autant que c'est, j'en ai peur» le plus important. Christmas est une fête essentiellement anglaise ; et ce qui la reod telle, c'est que c'est la fête de la c bombance. » Le matin de Christmas, il n'est pas un Anglais qui ne soit en belk humeur; et s'il vous plaît de savoir au juste pourquoi, parcourez Londres, la veille. Tout ce qui s'adresse à l'estomac par l'intermédiaire das yeui est étalé le long des rues avec une complaisance vraiment nationale, depuis l'oignon d'Espagne couleur de feu jusqu'à ces énormes quartiers de viande qui ne se voient qu'en Angleterre et semblent offerts i l'appétit de Gargantua. De fait, le dîner par excellence ici, c'est le dîner de Christmas, celui où figurent sur la table ces mets traditionnels et vénérés : le dindon, le mince-pie» et le plum pudding.
Il va sans dire que les joies de Noël ne se bornent point là. Il y a les danses caractéristiques du moment, les baisers dérobés sous le « misleloe (1), » les bols de punch flambant, les longues histoires que le grand-père raconte à sa famille groupée autour de lui devant un bon feu. Avez-vous In les romans de Charles Dickens? M. Pickwick peut être considéré comme le type du véritable gentleman anglais à Christnias : il embrasse les jeunes dames, et il est embrassé par elles; il prête une oreille j)aliente à des contes sans fin; il se carre auprès de l'àtre; il boit autant de punch qu'il est possible.
A la vérité, certains moralistes grondeurs prétendent qu'aujourd'hui les choses ne se passent pas tout à fait de la sorte. Ils assurent que la fameuse « bûche de Noël » est une tradition pure. Ils affirment qu'en ce qui les concerne, ils n'ont jamais ni pris ni reçu le moindre baiser sous le «mis-
(1) Le gui (le cticne sous lequel od a le droit d'embrasser les dames ce jour-là. (Sote de l'éditeur.)
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letoe. » Sans nier — leur audace ne va point jusque-là — le culte reudu, à Christmas, au dindon et au plum pudding, ils déclarent que les indigestions de Noël sont beaucoup plus rares qu*on ne le croirait, à lire les romans et les descriptions dont se compose ce qu on appelle la « littérature de Ckristmas. ^ Bref, ils semblent rougir de ce qui, aux yeux du chantre immortel de Gargantua et de Pentagruel, serait la gloire de l'Angleterre. Pour moi, ce que je puis vous dire, c'est que j'ai vu, à Noël, depuis que j'habite l'Angleterre, beaucoup de choses qui ressemblent assez bien à ce que décrit la < littérature de Christmas », et j'ajoute qu'on voit partout annoncées des pilules digestives à l'usage de ceux qui célèbrent encore Christmas comme faisaient leurs ancêtres.
Quoi qu'il en soit^ il n'y aurait pas lieu de se réjouir, si l'homme, quelquefois, au milieu de ses plus amères tristesses , nétait conduit à contempler la vie par son côté le moins triste. L'année qui vient de finir a été dure à beaucoup de gens, et Tannée qui s'ouvre n'est pas sans inspirer des inquiétudes. La guerre qui ensanglante le nouveau monde a été pour l'ancien une épreuve terrible et qui dure encore. Le cœur se serre quand on songe à r.e qu'ont dû être, dans le Lancashire, les réjouissances de Noël ! Quand je disais qu'à Christmas les lenfants sont rois, j'oubliais les enfants du pauvre... Oh! qu'ils doivent souffrir, ceux-là! Mais, à Noël, il y a quelqu'un qui souffre plus que l'enfant du pauvre : c'est celle qui pleure à cause de lui.
aaa LBITRES SUR L'ANGLETERRE (l803)
C janvii r.
Que ftiirc des eriiiiinel&?
Encore quelques jours, et dos seigneurs et maîtres les enfants auront levé sur nous leur dernier tribut, mangé leur dernier bonbon, brisé leur dernier joujou, et salué de leur dernier éclat de rire, en compagnie des grands parents, tes espiègleries d'Arlequin. Le temps, qui emporte tout, a emporté les joies de Noël. Christmas, la grande fêle anglaise, est déjà chose du passé. Londres, cette ville-monstre, a englouti en un clin d'oeil, dans son prodigieux estomac, les pantagruéliques quartiers de viande et les myriades de dindes ennibannées qui pendaient naguère à Télal de chaque boucher.
Il a eu lieu dans chaque maison, comme à Tordinaire, le dîner traditionnel où le « mince-pie » et le « plum pudding » figurent invariablemeri^ à la place d'honneur. Force baisers sont censés avoir élé dérobés traitreusemcnt sous le « misletoe »; et si la bûche de Noël, qui ne s allume plus, j'en ai peur, que dans les romans de Charles Dickens ou dans les gravures de Vllbistrated London news, n'a pelillé nulle pan, on peut du moins assurer que, sous plusieurs milliei^ de toits, un bon l'eu de charbon a éclairé une joyeuse scèno de famille.
Mais, je le répèle, tout cela est déjà loin de nous. Voici