QUE FAIRE DES CRIMINELS
inère patrie avait si fui l intérêt à se défaire. Alors se posa la question tragique : « What is io be done tcith our criminais? i>
Puisqu'on avait renoncé à les tuer, il fallait bien les gar- . der vivants, et puisqu'on ne pouvait les envoyer au loin, il fallait bien se résigner h les garder près de soi. Mais comment les garder? Et où les mettre? A supposer que les prisons fussent assez grandes pour contenir tous les malfaiteurs de la veille, rétaient-elles assez pour contenir tous ceux du lendemain, et tous ceux du surlendemain, et tous ceux des jours suivants, si Ton ne s'arrangeait de façon à faire place aux uns, en rendant de temps en temps la liberté aux autres? Mais prendre ce parti, c'est déchaîner périodiquement sur la société des hommes de proie. Il est vrai qu ou avait une ressource, qui était de construire, à Tusage de ces bétes fauves, des ménageries suffisamment nombreuses et suffisamment spacieuses, dont les grilles s'ouvrissent toujours pour recevoir, jamais pour rendre. Mais ici encore, on se heurtait à un grand obstacle : la dépense. On s'aperçut que le crime est très-cher !
Le problème dont on cherchait la solution commença, dès lors, à se présenter sous un aspect nouveau. Au lieu de se demander ce qu'on ferait des criminels, on se demanda s'il n'y avait pas quelque moyen de couper ctuirt au crime, et d'atta(|uer dans ses causes un mal dont il était si difficile de conjurer les effets. On venait d'entrer dans le droit chemin; et la question ne pouvait être mieux posée. Mais malheureusement on se trompa sur les causes, et de quelle façon, grand Dieu! On prit jxmr une cause ce qui n'était qu'une conséquence.
On décida qu'à deux pas du taudis où on laissait de pauvres eufants recevoir de l'extrême pauvreté l'éducation du
vice, il y aurait des prisons où Ton euseignerait la uîorale et où on lirait la Bible à des scélérats yieillis dans le crime. On décida qu'une fois en4)rison, les criminels y seraient bien logés, bien nourri, bien choyés, pour prix d'un semblant de repeutir; et, pendant ce temps, on abandonnait au dtspotisme de la pam reté, plus bnital cent fois et plus formidable que tous les despolismes h visage d'homme, le travailleur honnête, c'est-h-dire celui qui n'avait pas cru devoir conquérir la protection sociale à coups de poignard! Pour faciliter aux misérables ([ue le chapelain avait mission de catéchiser leur réconciliation avec la société, on fit briller à leurs yeux, comme récompense de leur retour h de bons sentiments, la perspective du ticket ofleave, ou, en d'autres termes, la promesse de se voir rendus à la liberté avant l'expiration de leur peine; et Ton ne prévit pas que la misère, (pii les attendait au sortir de la prison, saurait bien les y ramener.
La situation créée par l'application de ce système pénal est ce qu'il y a au monde do plus étran£i:e. Il est littéralement vrai ([u'eii Anii:l('lorr(' la C(nulilinn matérielle du criminel est meilleure que celle du pauvre nourri parla pamissc, et celle du pauvre nourri par la paroisse meilleure que celle de certains travailleurs. J'ai devant moi un rapport écrit vers 1800 par un des hauts employés de la prison de Porlland. Voici (|uel était, à cette époque, — et je ne pense pas que rien y ait été changé depuis, — le régime de cette prison.
Elle contenait, terme moyen, quinze cents prisonniers, lesquels étaient employés pour la plupart à extraire d'une carrière des pierres destinées a la construction d'une jetée. La durée du travail était de dix heures en été; il finissait avec le jour, en hiver. On évaluait à trois tonneaux par jour la quantité de pierre extraite par chaque travailleur, et à