UN MEETING A LONDRES EN FAVEUR DES FEDERAUX
Aussi, de quelle joie je me suis senti pénétré, à l'aspect de cette multitude amoncelée, jeudi soir, aux portes d'Exeter- Hall! Longtemps, bien longtemps avant Theure indiquée pour Touverture du meeting, un large placard annonçait que franchir le seuil était impossible : The hall is fuU.
Et en effet, la salle regorgeait de monde. A ceux qui avaient manqué de prévoyance, nulle force humaine n*aurait pu frayer un chemin. Je connais des membres du comité par qui le meeting avait été préparé, auxquels Taccès de la plate-forme s'est trouvé de la sorte interdit. 11 a fallu tenir un second meeting dans une salle basse, il a fallu en tenir un troisième en plein air, dans Exeter street, h la clarté de la lune, à la lueur des becs de gaz.
Était-ce le désir de voir quelque tribun illustre, était-ce le désir d'écouter quelque orateur en renom, qui avait attiré une affluence aussi considérable? Non. Chacun savait que le fauteuil serait occupé par M. Williams Evans, homme fort honorable à coup sûr, et très-digne d'être président de la « Société d'émancipation i>, mais que ne recommandent spécialement ni l'éclat de la position sociale, ni celui du talent.
Le Timesj qm été a comme étourdi par l'imposant caractère de cette démonstration, à laquelle il ne s'attendait pas, s'est empressé de faire remarquer qu'aucune célébrité ne brillait sur la plate-forme. C'est vrai. A l'exception de M. Thomas Hugues, l'auteur d'un livre charmant, qui est dans toutes les mains, nul homme de marque n'a prêté à la manifestation l'autorité de sa parole, et Ton a eu a regretter l'absence, — bien et dûment motivée d'ailleurs, — de plusieurs personnages aimés, par exemple, celle du vénérable général Thomas Perronet Thompson, le patriarche des réformateurs anglais, et celle du i^remier penseur de ce pays,
T. IT. M
402 LETTRES SUR L ANGLETERRE (iSCS}
M. John Stuart Mitl. Hais comment est-il échappé au Times qae cela même ajoute à Thnportance ds fait, dont il s'étudie si tristement à atténuer la signification t Eb ! sans doute, oc ne Tenait point là pour un homme; on venait là pour un principe. Et après?
Maintenant, ce que ce meeting a dû être, tous le de%'inez. La première fois que le nom de M. Lincoln a été prononcé, il s* est élevé un tonnerre d*applandisscmenls qui ont duré plusieurs minutes; et les mêmes transports ont éclaté lors<iue M. Thomas Hughes a décrit la carrière de Jefferson Davis, commençant par persuader à l'État du Mississipi de répudier sa dette, et finissant par vouer à l'ange exterminateur tout esclave coupable de courir vers la liberté.
M. Thomas Hughes était en train de rappeler que le fauteur de l'odieuse loi relative aux esclaves fugitifs était prét^isément ce M. Mason sur lequel avait risqué de s'égarer la protection de TAngleterre, lorsqu'une voix à crié : « Il est ici présent! — Et que m'importe? » a répondu l'orateur, et il a poussé sa pointe, aux applaudissements reiloublés de rnuditoiro.
l'iie circonstance est à noter. Le comité de h « Société d'éiimncipalion j>, à laquelle est due l'organisation du meetin;^^ d'Exeter-Ilall, avait cru prudent de décider que les orateurs s'abstiendraient d'identifier la cause de la libération des nf'pjres avec celle de l'Union, et se borneraient à flétrir, au nom de l'Angleterre, l'institution de l'esclavage, sans tonclier à la question de savoir s'il était désirable ou non que la république des États-Unis restât coupée en deux. Vous devinez, n'est-ce pas ? le motif qui avait dicté cette décision. Le comité craignait d'attaquer les partisans du Sud sur un terrain où ils avaient chance d'être appuyés par l'égoisme national. Sachant que, parmi eux, lieaucoup.