OUVERTURIÙ DE LA SESSION DE
A en juger par le début, cette session ne sera point orageuse, et le tonnerre n*est pas près de gronder, à moins qu'il ne gronde sous un ciel serein, comme il arrive quelquefois, selon la remarque assez juste du Times. L* opposition conservatrice n*est pas en mesure d'étendre la main sur le pouvoir : c'est évident. Elle en est à chercher un thème d'opposition. Livrer bataille aux niTnistres, eh vue d*une victoire, lui plairait tort; mais encore faut-il avoir un chanip de bataille pour se battre, et voilà ce dont le parti conservateur est en peine : témoin le discours de lord Derby dans la Chambre des Lords et celui de M. Disraeli dans la Chauibre des Communes.
Et d'abord, ils n'ont semblé ni l'un ni l'autre considérer la poKtique intérieure du cabinet comme leur oArant un terrain favorable pour l'attaque. Le gouvernement f^iil luire aux yeux des contribuables la perspective dorée d'un système basé sur l'économie ; donc, nul moyen de lui chercher querelle sur sa prodigalité, si ce n'est par voie rétrosj)ective. Le gouvernement n'agite aucune question de réforme ; donc, impossible de lui prouver, ou qu'il est trop libéral, ou qu'il ne l'est pas assez. En conséquence, l'opposition a dû, faute de mieux, se rejeter sur la politique extérieure. Mais même là son embarras s'est trahi, et par l'étendue de ses concessions, et par le |>eu de portée de ses attaques.
Lord Derby, dans la Chambre des Lords , M. Disraeli, dans la Chambre des Communes, ont l'un et l'autre accordé m bill d'indemnité au ministère pour sa conduite à l'égard de rAméri({ue. Lord Derby a formellement déclaré que le gouvernement anglais n'aurait pu reconnaître le Sud sans violer la loi des nations, telle que la établie nue longue pratique. En effet, quand on consulte les précédents, on voit 4|ue la reconnaissance du gouverncfinent d'un État en révolte
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contre un autre Élat dont il avait fait partie jusqu'alors, n'a lieu qu'après la cessation absolue des hostilités, comme dans le cas des colonies du Sud de l'Amérique soulevées contre TEspagne, — à moins, toutefois, que plusieurs puissances, réunies dans un intérêt général, ne jugent nécessaire de mettre fin au conflit, comme lorsque la Belgique se détacha de la Hollande et la Grèce* de la Turquie, auquel cas la reconnaissance n'est que le prélude d'une intervention. Cette doctrine est celle que lord Derby a formulée sans détour dans la Chambre des Lords; et, loin d'y contredire, M. Disraeli, dans la Chambre des Communes, a félicité le ministère d'y avoir conformé sa politique.
Il est vrai que les deux chefs du parti conservateur n'en ont pas moins saisi cette occasion de se prononcer en Taveur de la solution si chère aux confédérés, la séparation; et, s'il fallait les en croire, nous n'aurions plus qu'à chanter le De profundis des États-Unis. Mais quoi! lord Derby et M. Disraeli ne difl'èrent en ceci ni de lord Palmerston , ni du comte Russell, ni de M. Gladstone, qui, eux aussi, croient et se plaisent à croire que c'en est fait de TUnion.
Il est si doux pour des Anglais, a quelque parti qu'ils appartiennent, de penser qu'ils seront, avant peu, débarrassés d'une rivalité puissante ! Une fois l'Amérique coupée en deux, adieu les cruels soucis que causait à l'Angleterre le prodigieux développement de la grande république fondée par Washington ! En réalité, le seul membi-e du cabinet actuel qui sympathise avec le Nord d'une manière bien décidée, c'est l'homme qui, avec M. Bright et M. Cobden, continue de former la trinité de l'école de Manchester, c'est M. Milner Gibson; et cette justice lui est due qu'il ne s'en cache pas. Aussi M. Disraeli a-t-il pris texte de ce défaut d'homogénéité dans le ministère sur une question aussi im-