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LA QUESTION DE L ESCLAVAGE ET LES ANGLAIS

tout nalioDal. Mais ce qui intéresse TEurope entière, ce qui intéresse les liabilants du globe, ce qui intéresse riiumanité» parce que la liberté et la* justice ont une patrie sans frontières, c'est l'attitude de l'Angleterre devant TAniérique armée pour Tesclavage, combattant TAmérique armée contre l'esclavage.

Les amis de la liberté dans tous les pays regretteront amèrement que le comte Russeli, ce ministre si libéral et au demeurant si honnête, ait cru devoir présenter le triomphe des fédéraux sur les confédérés comme la pire des solutions que put recevoir le problème sanglant qui se débat par delà l'Atlantique. Mais, en revanche, ils apprendront avec joie que la reconnaissance du Sud, avant la cessation absolue des hostilités, est une mesure qui a été condamnée solennellement, et par lord Derby, et par M. Disraeli, c'est-à-dire par les chefs du parti conscrvatiste en Angleterre. Quelque vives qu'aient été sur d'autres points les attaques dirigées par ces deux orateurs contre le cabinet de lord Palmerston, sur celui-là, du moins, ils ont fait plus et mieux que s'abstenir, ils ont rendu hemmage à la politique « digne et réservée de leur rivaux » .

Les sympathies de l'Angleterre en général pour le Sud n'ayant guère pris la peine jusqu'à ce jour de se déguiser, et celles du parti conscrvatiste en particulier s'étant déclarées depuis longtemps avec une violence qui touchait au scandale, il est remarquable que lord Derby et M. Disraeli ne s'en soient pas fait un point d'appui pour disputer le pouvoir à leurs adversaires. Si M. Disraeli a laissé percer sans scrupule l'antipathie que le Nord lui inspirait; s'il s'est moqué, avec son âcreté ordinaire, du peu d'accord qui régnait parmi les ministres sur la question américaine; s'il a opposé les tendances de M. MilnerGibson, plaidant la cause du Nord à

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AshtoB-Under-Lyne, aux tendances de M. Ghdalone préfisant la victoire dn Sod lors de sa vbile à Newcastle, et I ceQes, plus accentuées encore, de*sir Robert Peel faisant an c Dieu des années > Tinjure de le supposer à la téfe des propriétaires d*esclaves , — dv moins il n'a pas cherdié dans le refus du ministère de reconnaître le gouvernement de Jefferson Davis un thème d*attaque et un levier d'opposition. Loin de là, je le répète, U sTesl cru obligé, sur ce point, de saluer de Tépée.

Ou je me trompe fort, on c*est là un nouveau symptAme de la réaction que je vous ai signalée dans ma dernière lettre, et dont je vous ai promis d'indiquer les casses dans celle-d.

Celte réaction, c*est, suivant moi, la proclamation émancîpalrice de H. Lincoln qni Ta engendrée, et cela de deox manières : d^abord, en forçint les partisans les moins scrupuleux du Sud à jeter le masque et à laisser voir tout ce que leurs sympathies contiennent ; puis, en rendant aux partisans du Nord le courage et la voix, qni les avaient presque abandonnés.

Vous vous rappelez sans doute que, dans Tadresse par laquelle M. Lincoln inaugura son avènement h la présidence, il prenait presque parti pour les propriétaires d'esclaves contre les aboliiionnistes, en ce qui concernait la trop fameuse loi sur les esclaves fugitifs.

Ce qu'il est possible d'alléguer a sa décharge, je le sais: nommé président d'une république qu'il voulait une et indivisible, il se sentait naturellement porté à parler un langage qui prévint une rupture ; élu par Finfluenee des républicains, il avait à ménager les démocrates; commis à la ;^rde d'une Constitution qui acceptait l'esclavage, il lui était difficile de prêcher autre chose que l'obseryation stricte dn

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pacte foodamenul, et qaels cpie fassent ses sentiments pet«sonnels, rhomme ofilciel en In défait gêner les alfams de rhomme privé.

Oui, toBt cela est vrai : mais ce qai ne Test pas moins, c'est que, dans son maaifesie d'installation, M. Lincoln disait, en propres termes : t Les membres du Congrès sont liés à h Constitution par un serment prêté k l'unanimité. A l'unanimité, ils se sont engagés à observer la clause qui vent qu'on livre à leurs maîtres les esclaves fugitifs. S'ils y étaient bien décidés, ne po«rraient-ils pas faire, aussi à lunanimité, une loi destinée à rendre leur serment effectif? »

C'était le 4 mars 4861 que M. Lincoln parlait ainsi. El, le 9, le Congrès des États confédérés votait l'acte par lequel une armée était établie, organisée! Et, le 12, MM. Forsith et Crawford demandaient audience à M. Seward pour présenter leurs lettres de créance comme représentants de la nouvelle confédération !

Ainsi, au moment même oîi le Sod consommait sa révolte, M. Lincoln se montrait préoccupé des moyens de rendre plus efficace la loi relative aux esclaves fugitifs! Inutile de rappeler quelle insistance le président des États-Unis, dès que la guerre fut déclarée, mit à bien constater que, de la part du Nord, elle n'avait qu'on but : le rétablissement de l'Union.

Il n'était certes pas besoin d'être prophète pour prédire qu'une déclaration pareille exercerait, en Angleterre, une influence désastreuse sur le mouvement des esprits; et, si j'ai bonne mémoire, il y a plusieurs mois déjà que j'annonçais comme absolument certain, comme inévitable, le résultat qui, en effet, s'est maiifesté depuis. L'AA{;ieteiTe des salons, des clubs, des journaux, avait pour se prononcer en faveur du Sud — < même le gouvernement anglais se

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déclarant neutre > — toutes les raisons possibles et imaginables, une seule exceptée : la craiute de s abaisser, aux yeux du monde, en paraissant favoriser resclavage, et en reniant de la sorte un passé glorieux. Or, cette crainte disparaissait dès que les partisans du Sud pouvaient dire, les proclamations de Lincoln à la main : « La question de Tesclavage n*a rien à voir dans cette querelle. Il s*agit simplement d*un peuple qui veut en subjuguer un autre. Le Nord combat pour Tempire ; le Sud, pour Tindépendance. C'est le drapeau de l'indépendance que nous suivons de nos vœux dans la mêlée sanglante, nous qui sommes une nation d*hommes libres. » Fatal sophisme, qui puisait malheureusement une grande force dans la politique timide et louche du Nord ! Fatal sophisme, à Tombre duquel les sympathies de beaucoup d'Anglais pour le Sud ont pu, ou se former sans scrupule, ou se développer sans contrainte, ou se formuler sans pudeur !

Mais le monoent devait venir où l'invincible logique des choses pousserait M. Lincoln dans les voies de Témancipation ; et, ce moment venu, Tanne que les partisans du Sud avaient maniée avec tant d'adresse, s'est trouvée brisée entre leurs mains. Alors, qu'est-il arrivé? 11 est arrivé, qui l'aurait jamais cru? que, placés dans ralternative, ou de se rendre à discrétion, ou de se prononcer hardiment, non phb cette fois en faveur de l'idée d'indépendance seulement, mais en faveur du principe même de l'esclavage, les meneurs du mouvement n'ont pas rougi de s'écrier : « Eh bien î pourquoi pas l'esclavage, après tout? » Un jour, c'était la Revue du Samedi {Saturday Review) affirmant, au nom du public élégant et littéraire qu'elle représente, que l'esclavage est sanctionné par le christianisme; qu'il a pour lui l'autorité de saint Paul; que nulle part l'Écriture sainte n'au-

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torise les esclaves a s'armer contre leurs maîtres. Le lende^ main, c'était le l'imes assuraut que Tesclavage n'est pas plus opposé à l'esprit de l'Évangile que < la bonne chère, la pourpre et le linge fin » .

Mentionnerai -je ici le discours extraordinaire, j'allais dire inconcevable, prononcé dernièrement à Maidstonepar M. Beresford Hope î M. Beresford Hope est l'heureux possesseur d'une collection très-curieuse : il a réuni à force d'argent un assortiment extraordinaire de bagues magnifiques et historiques, bagues qui ont brillé au doigt de Murât, bagues qui ont brillé au doigt de Napoléon, que sais-je encore? Fort bien, et il n'y a rien là qui s'oppose à ce que M. Beresford Hope défende le Sud avec acharnement; mais M. Hope. est, eu outre, un homme qui se pique de sentiments religieux, et qui a pieusement dépensé trois millions de francs à faire construire dans Margaret street, Oxford Street, une église puséyte. Eh bien, non content de prédire que la postérité reconnaissante placera Jefferson Davis à côté de Cavour, et Stonewall Jackson à côté de Garibaldi, le dévot personnage dont je parle compare le passage du Potomac par les confédérés au passage de la mer Rouge par les Hébreux, oubliant que Moïse passa la mer Rouge précisément pour tirer un peuple de l'esclavage, ce qui n'est pas tout à fait, que je sache, le but des confédérés; — après quoi, poussant sa pointe, il explique, nouveau Daniel, les trois mots mystérieux tracés sur la muraille, dans le sens du châtiment exemplaire et de la mort de Balthazar Lincoln !

Un autre orateur, très-ardent à mettre l'Écriture sainte du parti des marchands d'hommes, c est M. Spence ; et, dans sa dernière harangue à Liverpool, il s'était exprimé avec tant d'onction, que les dévotes de Belgravia en avaient encore les larmes aux yeux, quand tout à coup des dépêches

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du Sad| fort mal h propos interceptées, sont vernies ré?âer le désagréable secret de ses rdations financières sTee le gouyernement de Ridunond, et ont miné de b sorte, dans les esprits soupçonneux, l'effet de ses apprériatioBs tliéologiques.

Vous le voyez, il était temps qn'im vigourenx effort At tenté pour arrêter fAngleterre snr une pente qni ocadnisait, non-seidement à la honte, mais an scandale. Consacrer resclavage, pour l'abolition duquel cinquante millions de livres sterling ont été d^ensés par l'Angleterre, c'était déjà bien fort ! Mais aller jusqnli diffiaimer la Bible, jnsqn^ vilipender l'Évangile, jusqu'à calomnier le Cbrist ! Tons ceux qui, parmi les Anglais, aiment leur pays d'un amonr élevé, se sont émus : un grand trouble s^est emparé des âmes vraiment religieuses; la c Société d'émancipation > a fait an clergé des appels brfilants; des meetings ont été préparés de toutes parts; enfin M. William Howitt, homme consdé- Table et considéré, n'a pas craint d'écrire qu'il n'y avait qu'un moyen de couper court h l'esclavage : s'abstemr d*enh ployer le coton produit par le travail esclave.

Suivant M. William Hovvilt, acheter du coton pour s'enrichir, en flétrissant les hommes qui ont des esclaves pour cultiver le colon, c'est imiter le receleur qui déclamerait contre les voleurs. « Je me rappelle, i écrit-il, « que, quand j'étais enfant, il arriva un jour au ministre de mon village de rencontrer, en revenant du prêche, un ouvrier qui portait un sac sur ses épaules. C'était un dimanche. — Quoi ! William, cria le bon prêtre, dans un élan d'indignation vertueuse, lu n'es pas allé aujourd'hui h l'église ! — Je me suis oublié à cueillir des noix, » répondit l'homme. — c Comment! ceuîllir des noix, le dimanche ! . . . Mais, voyons si elles sont bonnes. » Et, ce disant, le pieux personnage plongea sa main dans le sac.

LA QUESlttlN DE L*BSCLATÀGE ET LES AHGLÀIS AT!

C'est ce que M. William Uowitt reproche à la < Société d'émancipation > de faire, lorsqu'elle se borne à tonner contre les possesseurs d'esclaves, au lieu de prêcher contre eux l'adoption d'un remède héroïque, comme celui qu'il propose.

Par là, vous pouvez juger du degré de chaleur qu'ont communiqué au zèle de certains adversaires de l'esclavage les tristes exagérations du parti contraire.

Et maintenant, vous avez sous les yeux, tracé d'up crayon fidèle, le tableau des mouvements d*opinion engendrés en Angleterre par la politique d'émancipation que trop tard, hélas! H. Lincoln a embrassée. S'il eût proclamé dès Tabord comme un principe supérieur ce qu'il a été amené enfin à adopter comme un expédient nécessaire, jamais, non jamais FAngleterre n'eût osé jeter dans la balance en faveur du Sud son autorité morale. Et, dans ce cas, que de scandales évités ! que de flots de sang épargnés peut-être ! Je n'insiste pas sur l'enseignement qui résulte de tout ceci. II ne saurait y en avoir de plus clair, et je ne crois pas qu'à aucune époque l'histoire ait donné aux hommes une leçon qui mérite plus, après avoir exercé leur pensée, de se graver dans leur mémoire.

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13 février.

Les panirres et la loi des pauvres.

«c Un cheval bien formé sera vendu, dans tout inarclié, de vingt à deux cents frédérics d'or : c'est ce qu'il vaut, aux yeux du monde. Un homme bien formé, que vaut-il? Il est des cas où le monde lui donnerait volontiers une bonne somme d'argent pour aller se faire pendre ailleurs. Et pourtant, de ces deux êtres, un cheval, un homme, lequel est le mieux imaginé, même comme machine? Juste ciel! Un Européen, ferme sur ses deux jambes, ses cinq doigts sur sa hanche, et portant bien sur ses épaules sa miraculeuse tête, vaut, à mon sens, de cinquante à cent chevaux. »

Voila en quels termes amers Thomas Carlyle s'élève contre l'inexorable application de ce principe : Laissez fairCj aboutissant à ce fait : Laisser mourir! Voilà le cri douloureux (|ue lui arrache la condition de l'ouvrier sans travail dans les sociétés telles que la civilisation moderne les a faites!

Toutefois, il est dans la vie de ces sociétés des mouients tragiques où la grande loi de la solidarité humaine s'impose à elles avec l'inflexibihté d'un arrêt du destin.

Cette remarque, sur laquelle je reviendrai tout à l'heure, m'a été suggérée par le débat qui a eu lieu hier dans la Chambre des Communes d'Angleterre. En voici le sujet.

Le désastreux effet produit par la guerre d'Amérique sur

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