‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 163 sur 169 · LES PAUVRES ET LA LOI DES PAUVRES · texte numérisé non relu

LES PAUVRES ET LA LOI DES PAUVRES

les districis cotonniers de l'Angleterre n'est que trop connu.

Dès le mois de juillet 1862, il était ofticiellement constaté que, sur 450,000 ouvriers employés en Angleterre h la manufacture du coton, 370,000 ne travaillaient plus que de deux jours l'un. A 80,000 la crise avait absolument cassé les bras. De plus, on estimait à 120,000 le nombre de ceux dont rindustrie, dépendant du rot Coton^ était liée au maintien de son empire, et qui avaient cessé d'avoir du pain le jour où les métiers avaient cessé de battre.

Il était impossible que la nation anglaise restât indifférente, comme nation^ aux souffrances de tant de milliers de ses membres. Mais que faire? La doctrine qui a prévalu en Atfgletcrre impose îi chaque localité, prise isolément, le devoir de se suffire. Fallait-il faire brèche h cette doctrine, vu le caractère exceptionnel et l'immensité du mal? Ce fui l'avis de quelques-uns ; et un membre de la Chambre des Communes, M. Pottcr, déclara qu'il y avait lieu à l'application d'un remède national.

Mais quoi ! sacrifier, fut-ce même sur les autels de la nécessité, ce principe du chacun pour soi ^ chacun chez soi^ si cher h l'Angleterre! Évoquer ce spectre redouté : l'intervention de l'État ! Est-ce qu'après tout le Lancashire n'avait pas eu ses jours de prospérité? Et quelle prospérité ! Si les eaux du Pactole coulèrent jamais quelque part, c'était là. Or, qu'avait fait le Lancashire a l'époque de son opulence? Avail-on vu les lords du colon, avait-on mi leurs ouvriers, si largement payés alors, offrir aux paroisses pauvres de la commune pairie une part, soit de leurs bénéfices, sok de leurs salaires? Non. Le Lancashire avait gardé sa prospérité pour lui. Il était donc juste que, les mauvais jours venus, il ne s'en remit qu'à lui-même du soin de sa destinée.

Ainsi parla le gros des économistes, des publicîstes et

des bommes d'État de rAngleterre. L'opinion publique fit écho.

Cependant, il y avait là, grande ourerte aux flancs de la nation, une plaie affreusç, une plaie saignante, qui allait s^élargissant de jour en jour. Encore une fois, que faire ?

Les esprits étaient en traio de chercher une réponse ï cette question poignante, lorsque, à la fin de juillet 1862, un membre du ministère, H. Villiers, vint présenter au vote de la Chambre des Communes un bill qu'il eut soin de définir : une application de la loi des pauvres, et rien de jdus. Tant il craignait qu'on ne l'accnsât d'innovation en ces matières délicates ! Partant de ce point, qu'en Angleterre les pauvres sont à la charge de la paroisse, et que, dans le cas ofi une paroisse ne peut entretenir un workhouse, il lui est loisible d'appeler à son aide l'ensemble de celles qui, dans ce but, mettent leurs ressources en commun et qu*on nomme Unions^ M. Villiers proposa d'autoriser le Lancashire et le Cheshire, s'il arrivait que la taxe des pauvres pesât trop lourdement sur une paroisse, à rejeter une partie du fardeau sur rt/nto/ï, et, de YUnion^ s'il le fallait, sur les auîres Unions du même comté. A cette clause, M. Cobden demanda instamment qu'on en ajoutât une autre conférant à la paroisse accidentellement grevée le pouvoir d'emprunter, avec hypothèque sur les taxes futures. Le bill, complété de la sorte, fut adopté; et c'est de ce bill que M. Villiers, hier, réclamait le renouvellement pour l'espace d'une année.

La discussion a été courte. Quelques objections ont été faites, mais faiblement. Nul doute que la loi ne passe. Il convient donc de la juger dans ses rapports avec la nature des institutions qui régissent l'Angleterre et des idées qui constituent sa vie morale.

Et d'abord, il est une chose qui ne saurait manquer de

Page 1