UNK GRÈVE EN ANGLETERRE IZ
En itô4, une tragédie sociale, qui ne dura pas moins de trente-six mortelles semaines, fut jouée à Preston. Les ouvriers employés dans les filatures, ne se jugeant pas suffisamment payés, tinrent le i^' juin un « meeting » à la suite duquel ils demandèrent une augmentation de salaire de 10 p. 0/0. Cette demande ayant été repoussée par les patrons, les ouvriers se coalisèrent. S*appuyant sur cette organisation des € Trades unions », qui est si puissante en Angleterre et tend à le devenir de jour en jour davantage, guidés dans leur action par un comité composé d*hommes actifs, passionnés, et sûrs d'avoir à leur disposition une sorte de budget de la guerre, formé des cotisations des autres travailleurs, ils se préparèrent résolument à affronter les redoutables chances d'une « grève ». De leur côté, opposant coalition à coalition, les patrons déclarèrent que si les ouvriers ne retiraient pas leur demande» tous les établissements, à un jour qu'ils fixèrent, seraient fermés à la fois. Le délai fatal expira. Les travaux furent suspendus. Cet état de choses ayant, conune je vous l'ai dit, duré trente-six semaines, vous devinez quelle brèche efi*royable fut faite au capital employé dans ce genre particulier d'industrie ; et, quant aux souffrances endurées par les travailleurs, un chiffre les résume : pendant toute cette période dix-sept mille ouvriers, qui avaient coutume de gagner 20 shellings par semaine, n'en reçurent plus que 4, provenant du système des cotisations fraternelles, dont le montant s'éleva néanmoins à la somme énorme de 2,400,000 francs (96,000 livres sterling). Enfin, après une lutte aussi calme que poignante, et d'une funèbre grandeur, les ouvriers durent céder. Cette tentative désespérée avait causé à Tensemble de la population ouvrière une perte évaluée à 6,250,000 francs (250,000 Uvres sterling)!...
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Voilà, monsieur, ce que peut être une grère dans ce pays !
Eh bien , le renouvellement de la grande tragédie de Preston se prépare maintenant à Londres. Et, cette fois, c*est l'importante corporation des maçons qui figure sur le cbamp de bataille, je dis le champ de bataille, et l'expression n'est que trop juste, hélas ! Est-ce que la banqueroute ne fait pas des victimes comme le canon ? Est-ce que la faim ne tue pas comme l'épée ?
Voici l'histoire de ce nouveau désastre.
Il y a deux ans, les ouvriers en bâtiment demandèrent que la journée de travail fût réduite de 10 h 9 heures, sans diminution proportionnelle de salaire. C'est ce qui fut appelé le « mouvement des 9 heures — Nine hour^s movement^. Il avait principalement pour objet de fournir du travail à beaucoup de travailleurs qui se trouvaient alors inoccupés. Il était clair, en effet, que si ceux qui avaient de Temploî ne faisaient plus que les neuf dixièmes du labeur requis, le dixième restant devait être confié à un certain nombre de mains additionnelles. Et puis la réduction pure et simple des heures de travail revenait en réalité à une augmentation de salaire. Sur quelle base reposait cette exigence? Pour la déclarer légitime, les ouvriers se fondaient sur ce que, depuis plusieurs années, les bénéfices, dans l'industrie du bâtiment, s'étant accrus d'une manière notable, il était juste que ceux-là eussent leur part des résultats de cette prospérité qui avaient contribué à la faire naître. Les maftres répondirent par un refus. Ils allèrent plus loin. Ils annoncèrent la résolution de repousser désormais des avenues du travail tout ouvrier qui aurait refusé de signer un certain € document >, lequel imposait au signataire des engagements tendant à le soustraire aux lois des c Trades unions », et
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conséqnemmeiit h rompre le lien qu'eUes ont noué entre les (firers membres de la famille des trayailleurs. On s'obstina de part et f antre; les âmes s'aigrirent; d'amëres paroles forent échangées; le pnblic evt à gémir de la suspension de travaux qui pressaient ; un abîme venait de s'ouvrir, où des sommes immenses disparurent englouties. Pour les ouvriers, ce fut an temps de dures privations et d'angoisses, qu'on les Tit supporter avec nn courage sombre, jusqu'à ce que, enfin, épuisés par l'effort, ils consentirent k laisser tomber leer demande si, à leur tour, les patrons retiraient ce fameux (document », acte de préservation aux yeux des uns, et^ aux yeux des antres,^ acte dé tyrannie. Le document aynnt été mis de côté, les travaux forent repris, chaque parti se proclamant vainqueur.
n est certain qu'en ce qui touchait l'origine de la lutte,, les ouvriers avaient été vaincus. Mais ils étaient si peu dé~ courages, que, cette année, le « mouvement des neuf heures » a recommencé avec un redoublement de passion et une fougue inattendue.
Qu'ont fait alors les entrepreneurs ? Dans l'espoir de mettre d'avance et pour toujours un terme aux agitations concernant la longueur de la journée de travail, ils ont proposé un nouveau système qui consisterait dans le payement par heure, au Heu du payement par jour, de telle sorte que chaque ouvrier pût travailler le temps qu'il voudrait, sauf à être payé en conséquence.
Au premier abord, il semble que les ouvriers eussent dû adopter ce sysètme avec empressement. C'est pourtant le contraire qui a eu lieu. Dans le mode proposé, qui faît de la détermination du temps h consacrer au travail l'objet d'un arrangement parliculier entre l'ouvrier, pris individuellcment, et Fentrepreaeur, les maçons n'ont vu qu'une habile
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lentative imaginée pour détruire ou déjouer la puissance des c Trades unions » ; pour détacher un à un les travailleurs de la cause conimune; en un mot, pour leur dérober iusensiblementla force qu'ils tirent d'une organisation qui, en certaines circonstances données, leur permet d'agir « comme un seul homme » .
Toutefois, on a pu croire un moment au triomphe, sinon complet, du moins partiel, du nouveau système proposé, grâce à une concession destinée à lui donner plus d'attrait , c est-à-dire Toclroi gratuit d'un demi-jour de repos Je samedi.
Le fait est que, dans la semaine qui a précédé celle qui vient de finir, les entrepreneurs se croyaient sûrs de la victoire. Le nouveau système semblait avoir si bien pris, que, dans trois des établissements où il avait été adopté, le nombre des ouvriers était au complet. Les travaux du Jardin horticultural se poursuivaient avec activité; la construction du palais destiné à la prochaine exposition des objets de l'industrie s'avançait avec toute la rapidité désirable; le principe du payement par heure se trouvait en pleine application dans plusieurs des principaux établissements de Londres; bref, le Times^ qui, dès l'abord, s'était rangé du côté des entrepreneurs, annonçait coup sur coup à ses lecteurs, et cela en style de bulletin impérial, que la bataille était aux trois quarts gagnée ; que les ouvriers étaient arrivés à comprendre leurs véritables intérêts; que la domination des « Trades unions » touchait à son terme ; que si les plâtriers résistaient, que si les plombiers faisaient de même, que si les charpentiers gardaient une neutralité menaçante, il n'y avait pas à prendre souci de ces sinistres indications : encore quelques jours, et tout serait fini !
Ces fières assurances ont reçu un cruel démenti. Au mo-