UNE CRÈVK EN ANGLETERRE
menloù ceux dont elles avaient bercé Toptimisme disaient adieu à toute préoccupation tourmentante, le corps le plus important et le plus nombreux des ouvriers de Londres, celui des maçons, recevait du comité dirigeant Tordre formel de faire grève.
Quel sera le résultat de cette agitation ? Quelle en est la portée ? A quelles causes générales convient-il de la rattacher? De quelle maladie est-elle le symptôme ? Y a-t-il un remède, et, dans ce cas, où le chercher? Questions graves, dont la solution appelle un examen approfondi des idées fondamentales sur lesquelles est bâti Tédifice de la société anglaise, des tendances qui constituent la force de TAngleterre, mais renferment eu même temps ses dangers, et des principes sociaux qu'elle représente dans le monde !
Si vous le permettez, j'aborderai cet examen dans une seconde lettre.
Se répandre en lamentations sur la fréquence des grèves; répéter pour la millième fois — ce qu'aucun esprit sensé ne met eu doute — qu'elles sont quelquefois plus funestes à l'ouvrier qu'au patron; faire le compte des maux qu'elles enfantent et des capitaux qu'elles dévorent; tonner contre les agitateurs auxquels on les attribue, faute d'en comprendre le sens, si mélancolique et si profond; expliquer enfin à l'ouvrier, bien doctoralement, comme quoi il convient qu'il se soumette de bonne grâce au despotisme du rapport scienfifique de l'offre à la demande, et que, s'il a faim selon les règles, tout est au mieux, cela peut paraître suffisant à de froids sophistes et à de vains déclamaleurs. Mais, pour la société, qui n'est pas telle ou telle classe, qui est l'ensemble de toutes les classes liées l'une à l'autre par une solidarité prompte h éclater dans le mal quand on l'empêche d'éclater dans le bien ; pour la société, il est d'un intérêt suprême que
(les questions d*un ordre aussi élevé soicot étudiées, quand elles se présentent, avec un esprit impartial, une attention soutenue et l'indomptable désir d*étre juste.
35 juin.
Besoin d'émotion*
Il a été donné à Blondin de se faire ici une place importante dans le domaine des préoccupalions publiques. Cet homme... Est-ce bien là le mot? Je n'en sais trop rien, ma foi ! A le voir se tenir debout, s'asseoir, marcber; à l'entendre parler, etc., etc., rien, assurément, n'iudique qu'il appartienne à une autre espèce que vous et moi, c'està-dire à la catégorie des êtres que le philosophe grec, si bien réfuté par Diogène, définissait « un animal à deux pieds et sans plumes » . Hais ce qui est sûr, c'est qu'à tous les attributs d'un animai pensant il joint ceux du singe le plus agile qu'ait jamais produit la création. Il faut le voir courir avec la vélocité d'Hippomëne — pour employer des comparaisons plus nobles — sur une corde longue de cinq cents pieds, placée à deux cents pieds du sol, et cela la tête couverte d*iui sac qui fait la nuit autour de lui ! Il faut le voir se tenir renversé au centre de cette corde, la tête en bas, les pieds en l'air, les bras étendus ! L'autre jour, au < Cristal-Palace », ne s'est-il pas avancé sur la corde roide, chargé d'un énorme