‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 22 sur 169 · LE CHAMP DE BATAILLE DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

LE CHAMP DE BATAILLE DU TRAVAIL

de Presion, en i854, fut un modèle d'orgamsation et eut h sa disposition des ressources immenses : que produisit-elle? Je vous l'ai dit. Et c*est tout simple, liélas! Dans une lutte de ce genre, où la victoire est à celui qui peut aUtndte le plus lougtemps, comment celui qui u*y perd qu'une partie de son gain n*y aurait-^il pas un avantage décisif sur celui qui y perd uae partie de sou pain ? Aussi arrive-t-il ordinairement qu*après avoir fait des sacrifices qui Tépuisent, Touvrier se voit, en fin de compte, obligé de se soumettre et de reprendre son fardeau à des conditions encore plus défavorables qu'auparavant, parce que les pertes mêmes infligées aux patrons se trouvent avoir diminué cette portion de la richesse nationale qui est destinée à la rémunération du travail. C'est la poule aux œufs d'or qu'on éventre.

D'ailleurs, l'idée des grèves suppose une connaissance en vérité très-imparfaite des lois qui, sous l'empire du régime de concurrence, régissent le monde industriel. Ce régime tend à établir entre les profits émauaivt des professions diverses un niveau au-dessus duquel il est impossible que, dans une branche particulière d'industrie, les profits se maintiennent longtemps. Si; par exemple, le profit que rapporte la construction des maisons dépasse sensiblement celui que rapportent d'autres professions, l'appât d'un bénéfice supérieur ne manquera pas d'amener dans ce département de l'activité humaine de nouveaux capitalistes, dont la concurrence y fera naturellement baisser le prix du capital employé. De même, si le profit y est moindre qu'ailleurs, le capital tendra à s'en éloigner, et les concurrents qui y resteront, étant moins nombreux, gagneront davantage, ce qui fera remonter le niveau.

Que font donc les ouvriers, lorsque, dans une branche d'industrie où nulle cause temporaire n'est venue provoquer

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lia accroissement de profits, ils insistent pour une augnaéntation (le salaires? Ils vont contre une loi inflexible; ils demandent une chose, ou qu'on sera forcé de leur refuser, ou qui, si on la leur accorde, chassera le capital d'un emploi auquel ne sont pas attachés les mêmes avantages que les autres présentent, et diminuera conséquemment le fonds sur lequel est prise la rémunération de leur travail.

11 est vrai — et c'est ce que les docteurs en économie politique oublient trop souvent — il est vrai que l'action de la concurrence sur l'égalisation des profits ne se produit pas du jour au lendemain, avec une précision mathématique, sans délai, sans transition. Des circonstances temporaires peuvent, dans telle ou telle branche d'industrie, déterminer des profits exceptionnellement élevés, et, avant que le niveau baisse par l'anivée de nouveaux capitalistes impatients de les partager, il s'écoule quelquefois un temps considérable. Dans ce cas, nul doute que les ouvriers, au moyen d'une grève bien soutenue, ne puissent amener leurs patrons à leur faire une part équitable dans le surplus résultant des circonstances particulières et favorables dont il s'agit. Hais il est clair que cela exige, de leur part, une appréciation exacte et très-délicate de la situation, toute erreur sur ce point ne pouvant que leur être funeste. Et puis, même en supposant qu'ils ne se trompent pas, il est permis de mettre en doute si les fruits, purement temporaires, de la victoire valent qu'on affronte les épreuves et les nécessaires sacrifices de la lutte.

Les grèves sont donc un mal, du moins généralement parlant. Elles nuisent encore plus à ceux qui y ont recours qu'à ceux contre qui elles sont dirigées. Elles sont, pour la société tout entière, une cause de deuil et de ruine.

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