UNE SEMAINE TRAGIQUE
Tnrtre, qui se rencontrent par hasard et vont dans la maison de Tnn d'eux s'entr'égorger !
Voilk d'inexplicables horreurs.
Je ne sais si vous connaissez, h Paris, les détails du meurtre œmmis par ce baron Vidil, dont le Temps annonce Tex-traditioD dans le numéro que je viens de recevoir. S'il en est autrement, vos lecteurs seront C4irieux peut-^tre d'apprendre ce qu'on en r^onte ici dans les clubs, dans les salons, psrtoHt; car la grande préoccupation de la semaine dernière âétéceik^-lh.
Une dame de mes amies, qui tient un des salons les plus fashionables de Londres, m'avait déjà parlé du baron Tidil comme d'un homnfte aimable, spirituel, très-répandu, et possédant à nn degré remarquable l'usage du grand monde. Elle l'avait eu plus d'une fois à sa table, et lui trou- ?ait de charmantes mmières. C'est d'elle que m^est venue h première nouvelle d'une tragédie qui, comme vous penser, a causé dans tous les cercles fréquentés par le baron un ét^nnement dont on n'est pas encore revenu.
Le 28 juin, le baron Vidil était parti pour Clareraont, accompagné de son Gis, jeune homme de vingt-trois ans, élevé en Angleterre et gradué h Cambridge. Comme ils s'en revenaient à cheval, le père, à ce qu'on assure, témoigna le désir ^'entrerdans une auberge pour s'y rafraîchir. Soit que son air eût quelque chose d'étrange, soit que le cœur du jeune homme se fât ouvert sans cause apparente k un de ces prcssentments qui se lient quelquefois h rap|)roche d'un grand malheur, celui-ci aurait manifesté de la répugnance ii s'attarder sur la route.
Toujours est-il qu'ils poussèrent jusqu'à Twickenhara. On raconte qu'au moment où ils atteignaient les confins du THlage, le baron dirigea soudain son cheval vers uu sentier
100 LETTRES SLR l\\NGLETERRE (18G1)
ombragé, disant : d'abord, qu'il se sentait indisposé ; puis, qu'il désirait faire visite au duc d'Aumale, à « Orléans- House ». Le jeune homme se prête à ce désir, et le l)aron s* enfonce avec son fils dans des chemins détournés qui les conduisent derrière les étables « d'Orléans-House •.
Ils venaient de s^engager le long d*un sentier, bordé d'un coté par un mur, et, de Tautre, par une haie assez élevée, lorsque le père, armé d*un lourd fouet de chasse à manche de métal, frappe son fils à la tête. Il redouble. L'infortuné jeune homme avait le front tout en sang, mais il n*avâR psft perdu rétrier ; machinalement il donne de Téperon à son cheval qui se cabre et, dans ce mouvement, reçoit sur la tête le coup destiné au cavalier. En ce moment, un honufie et une femme paraissent au détour du sentier. Aussitôt le fils du baron se laisse glisser de cheval, se traîne jusqu'aux pieds de la femme, et, dans sa terreur, lui crie : « Oh ! pro* tégez-moi! sauvez-moi! » L*homme qui était avec elle. était un paysan nommé John Rivers. Comme il descendait de « Orléans-Road », dans une direction opposée à celle des deux cavaliers, il avait été, sans être lui-même aperçu, témoin de rhorrible scène. Il avait \ii le père frapper son fils, et lorsque celui-ci était tombé de cheval, il avait entendu le premier crier : c Eh ! eh ! voici ton chapeau ! »
Sur ces dernières circonstances, les récits ne sont point d*accord. Quelques-uns prétendent qu'après avoir reçu à la tête trois coups terribles, le jeune homme, conservant encore <iuelque force, fit prendre le galop à son cheval, poursuivi par son père, et, à la vue de quelques paysans qui travaillaient dans un champ voisin, s*élança au travers de la haie en •criant au secours.
Quoi qu*il en soit, plusieurs personnes étant accourues, le baron, s*il faut en croire le témoignage d*un batelier du