UNE SEMAINE TRAGIQUE
nom d*EvaDs, aurait essayé de franchir une grille qui le séparait d'un terrain bordant la Tamise, et, questionné à ce sujet, aurait répondu qu'il allait chercher du secours. II aurait dit aussi à un des assistants, dans le but d'expliquer l'affreux speblacle qu'ils avaient sous les yeux, que son fils s'étaiit dressé sur ses étriers pour regarder par-dessus le mur, le cheval s'était cabré et l'avait renversé.
On transporta le blessé dans une auberge. Il paraissait saisi d'effroi, et suppliait les personnes présentes de ne le point quitter. II iidressa la même, prière au chirurgien qu'on avait appelé, et qui le suivit effectivement à Londres, où il resta auprès de lui jusqu'au lendemain matin, sans le perdre un seul instant de vue. Le père avait accompagné son fils, mais s'était retiré à minuit, le premier demeurant à ClarendoD, et le second dans Jermyn's street.
Cependant, des rumeurs sinistres s'étant répandues, un mandat d'arrêt fut lancé, et le baron chercha refuge en France, n <m a été ramené, ainsi que vous l'avez dit, et hier sa première comparution devant la justice a eu lieu. Son fils, dont les blessures ne sont pas aussi graves qu'on l'avait cru d'abord, était dans une salle voisine ; il a refusé de paraître devant la cour, et il montrait beaucoup de répugnance à inten'enir. Quant à l'accusé, au moment où on lui a lu le mandat d'arrêt qui le présentait comme ayant tenté d'assassiner son fils, il a couvert son visage de ses mains. Son attitude trahissait la désolation la plus profonde.
Chose déplorable, j'allais dire odieuse ! la foule qui attendait aux portes, et qui était considérable, l'a poursuivi de ses grognements et de ses huées jusque dans la voiture cellulaire qnile conduisait à la maison de détention. Cette disposition du public à prendre parti contre un homme qui, n'ayant pas été encore jugé, doit être réputé innocent jusqu'h ce qu'on ait
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prouvé qu^il est coupable, ne saurait élre trop énergiquement flétrie.
En réalité, tout est mystère dans ce lamentable événement, et la diversité des appréciations dit assez qu*il y a là un problème dont la solution est encore à trouver. Les uns se bâtent de déclarer Taccusé coupable, et ils rappellent qu*il est veuf d'une Anglaise dont la fortune devait lui revenir dans le cas où son fik serait mort sans héritier : d'où la conclusion qu'il avait intérêt à commettre le crime qu'on lui impute ; mais à cela les autres répondent par Tinvraisemblance d'un pareil meurtre, osé dans uu pareil but et en de pareilles circonstances. Comment comprendre qu'un homme qui a sa raison mène son fils en visite chez de hauts personnages pour le tuer, au sortir de là, en plein jour, sur le chemin, tout proche d'une maison aussi vivante que celle du duc d'Aumale, et cela dans l'impossible espoir que personne ne lui demandera : « Qu'as-tu fait de ton fils? »
Du reste, ce sont là des questions qu'il faut laisser à U justice le soin d'éclaircir; et lorsque je lis ici, dans certains journaux, de véritables réquisitoires, je ne puis m'empëcher d'admirer la sagesse de la loi française, qui protège l'accusé contre la dangereuse influence de commentaires prématurés et indiscrets. C'est chose si redoutable qu'un juge prévenu, quand ce juge est tout le monde !
Une singularité de cette afl*aire, c'est que John Rivers, le principal témoin, est tombé depuis dangereusement malade, par suite de la rupture d'un vaisseau. Or, comme il se trouve n'avoir pas témoigné en présence de Vaccuséy il .en résulte qu'aux termes de la loi anglaise, très-sage en ceci, son témoignage, acceptable comme indice, ne peut servir comme preuve.
Je voudrais n'avoir pas à vous dire avec quelle afiectation
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4pielques joarnaux de Londres font remarquer que le baron Vidil est un Français. Le Morning-Chronicle, par exemple, va jusqu'à éerire : « Il n*y avait ipi'un Français élevé à l'école d*Eugène Sue et d'Alexandre Dumas qui fût capable d'aller au crime par tant de détours. » A ce compte, pourri ne pas rendre responsables de tant d'Iiorreurs dont les tribunaux anglais retentissent depuis plusieurs années, et l'Angleterre et ses romanciers? Le crime, hélas! a la terre entière pour patrie !
Mais ce qtti frappe dans la remarque du Morning-Chronide, c'est moins encore ce qu'elle a d'odieux que ce qu'elle a de téméraire ; car il est impossible en ce moment de pareourir les colonnes d'un journal an^^ars sans se heurter à quelque effroyable histoire de meurtre.
ki e'est une mère qui étouffe son enfant, là c*es( une Hère qui jette les siens dans une citerne, plus loin c'est un ■édeeîn qui tue «ne femme en voulant la faire avorter ; ou bien encore c'est m capitaine de vaisseau tramé devant la justice pour avoir battu à outrance un pauvre matelot déjà malade et qui est iriort sous les coups. Et pendant qu'avait Ben la tragédie française de Twiekenham, il s'en jouait une jutre, au ccenr même de Londres, dans une rue du Strand, celle- ta parfaitement anglaise.
Vendredi dernier, vers midi, un homme, tout couvert de sang, sautait d'une fenêtre du n* 16, Northumberland street, dans une cour où étaient deux ouvriers. Il essayait de s'enftiir : il fut arrêté. C'était un offieier. H se nonamail Miirray. Était-il l'auteur ou la victime d'un meurtre? Ce qui esê certain, c'est qu'il était blessé, et irès-grièvement, ayant reçu ^tts la nuque un coup de pistolet.
Ou le transporte à l'hôpital de Charing-Cross, et, pendant ce tennfs, la police, avertie, pénètre dans Tappartement
d'où il avcait paru vouloir s'évader. C'était horrible à voir. Près de la porte gisait, étendu sans mouvement, un homme dont la tête, broyée, n'avait plus forme humaine. Une mare de sang, les tiroirs tout grands ouverts, des papiers épars, des bouteilles brisées, des pincettes en morceaux, des pistolets récemment déchargés : tout racontait un épouvantable drame.
Mais l'origine de ce drame, ses causes, ses vrais détails, le crime ou les crimes dont il témoigne, tout cela est encore enveloppé dans une obscurité profonde. Interrogé, le major Murray a raconté que, passant vendredi dernier sur le pont de Hungerford, il avait été abordé par un inconnu; que cet homme avait exprimé le désir de l'entretenir d'une affaire d'argent, où le major était engagé; qu'en conséquence ils étaient allés dans la maison de l'inconnu, un escompteur nommé Roberts ; que là l'officier avait reçu un coup de pistolet qui, l'ayant atteint à la colonne vertébrale, l'avait un instant paralysé; que, par instinct de Conservation, il avait fait le mort; mais que, profitant d'un moment où son agresseur avait le dos tourné, il s'était relevé vivement, lui avait (*.assé une bouteille sur la tète, et l'avait ensuite presque achevé à coups de pincettes. Il va sans dire que cette histoire a paru très-peu vraisemblable. Quelle est la vérité? Roberts i, transporté à l'hôpital de Charing-Cross, ainsi que Murray, vit encore, mais dans un état si voisin de la mort, que jusqu'à ce jour il n'a pu rien articuler. On parle dune femme qui serait mêlée à cet imbroglio sinistre. Attendons que la lumière se fasse.
Vous le voyez, monsieur, voici une semaine qu'on pourrait appeler la semaine des crimes. Quelle coïncidence ! Y auraitil donc un choléra moral? une malaria pour le meurtre? Mais il est d'autres séries de forfaits qui, pour ne pas donper