LES CRIMES INDUSTRIELS
le frisson comme celle dont je viens de vous parler, n'eu sont pas moins de nature à fixer Tattention du philosophe. Il est des crimes qui tiennent par essence à l'organisation des sociétés, à une époque donnée ; et c'est de ceux-là que je liens à vous parler rétrospectivement.
A demain.
xvm
18 juillet.
Les crimes Indostriels.
n y a environ deux ans, la maison Paul, Straham et Batcs était citée, à Londres, au nombre des plus puissantes et des plus respectées. John Paul était un saint. Pas d'institution religieuse à laquelle son nom ne fût associé. On ne le voyait jamais que la Bible sous le bras. Il était le président né des réunions pieuses, il était l'idole d'Exeter-Hall. Un beau matin , voilà que cette maison , bénie du 'ciel et bénie par les hommes, s'écroule avec un fracas épouvantable, écrasant une multitude de familles, plongeant dans la désolation plusieurs mQIiers de pauvres cœurs crédules, et mettant à jour une incroyable série de fraudes. Il se trouve de la sorte que M. John Paul était un tartufe, non pas le tartufe à courte vue dont le génie se réduisit à vouloir prendre à Orgon sa femme et son bien, mais un tartufe aux proportions gigantesques, commandant à des capitaux immenses > visant
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à euvelopfver dans le piège de son hypocrisie un nombre indéterminé de victimes , sans distinction d'âge ou de sexe.
La religion, pour lui, n'avait été qu'une manière d'aDnonce, une affaire d'achalandage; il en avait usé avec la BiUe comme TAniéricain Barnum avec Jennv Lind ou Tom- Pouce. Inutile d*ajouter que, pendant que Paul et Slraham avaient recours h toute sorte d'cxpédienls misérables pour masquer la brèche, de jour en jour phis large, faite par leurs vols à la fortune de leurs clients, ils avaient maisons de ville, maisons de campagne, galeries de peintures, équipages, et jouissaient de tous les hoîmeurs dus à une grande respectabilité. La vie qu'ils mènent maintenant est celle qui attend les plus infâmes criminels quand on les découvre. Mais cela ne change rien à la condition des veuves qu'ils ont fait mourir de désespoir, des vieillards qu'ils ont mis à la mendicité, des orphelins qu'ils ont condamnés h vivre comme on court une aventure.
John Sadleir était un homme d'une haute respeclabilUé^ lui aussi; il siégeait au parlement; il avait occupé dans l'État tme position éminente ; il marchait la tête haute, fier 4e traîner h sa suite le cortège que font aux spéculateurs heureux les succès retentissants. Tout à coup la nouvelle se. répand qu'un cadavre a été trouvé sur les hauteurs d'Hamstead. Près du corps de l'homme mort était une bouteille étiquetée annonçant un empoisonnement, laissant deviner un suicide. La prévoyance du suicidé avait, en outre, pourvu à ce que ceux qui découvriraient le cadavre en pussent surle-champ connaître le nom. John Sadleir avait passé je m me rappelle plus combien d'années à fabriquer des faux, à mentir* à voler, à miner la fortune d'autrui pour grossir la sienne, et, le moment venu où le voile allait se déchirer, U s'était fait justice de sa propre main.
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En mai 1856, vous eussiez vu placardé en grosses lettres devant la porte de chaque bouquiniste, à Tintérieur ou il lextérieur des omnibus, à la place d*lionneur de Tétalage Ats newsmen ^ partout enfin, ces deux tragiques syllabes: rdmer. Palmer était un médecin et, de plus, un joueur. Il prenait un vif intérêt aux courses de chevaux, il spéculait, il aimait Targent avec passion, et il lui en fallait. Un de ses amis, Dommé John Parsons Cook, était de même grand parieur. Fort bien portant, Cook tombe soudain malade, à la suite de potions que son ami le médecin lui offre. À cette époque, les affaires de Palmer étaient désespérées. L'usurier pressait et menaçait. Palmer avait fait un faux avec le nom de sa mère : ou poursuivait la mère et le filsê 11 y avait à payer 4S0 liv. st., et tout de suite. Cook possédait de l'argent qu'A avait gagné aux courses de Shrewsbury : cet argent disparait. Des paris lui étaient dus dans Londres : la maladie se prolonge, par les soins du médecin, jusqu à ce que Targeot des paris arrive. Le malade n'étant pas en état de recevoir les sommes envoyées, son ami les touche pour lui, les emploie à son propre profit, et le lendemain Cook meurt. Dans son sang, que la science interroge, on trouve de l'antimoine seulement; mais de témoignages précis et d*un accablant concours de circonstances résulte la preuve qu'il y a eu empoisonnement par la strychnine, et que la dose fiatale a été administrée quarante-huit heures avant la mort. Ce meurtre était-il le seul qu'eût commis Taccusé? Tant de piles fantômes semblaient se dresser autour de lui , qu'à Rudgeley, théâtre du crime, il avait été un moment ques tion , parmi le peuple , de fouiller le cimetière , pour faire parler la cendre des morts! Mais la justice humaine n'ayant pas encore inventé le moyen de tuer deux fois un coupable, à quoi bon ce luxe d'effroyables investigations? Palmer fut
peodo. n aTaît passé dr la s^nf de r«>r à b passion dn j«ru, de b passion du jeo à riosolrabîlîté. de rinsohrabflité ao (aux. du bux à rempoi<«)DoeiikeDt. de rempoisoDoement ii b poteoce.
Ceci, vers le mois de mai 1856. Eu janvier I85T — remarquez le rafipfijcbement des dates! — nouvelle histoire, non sanglante cette fois, noais ajoutant une page non moins curieuse aux annales du crime instructif. Deux hommes se rencontrent, ils causent, et la conversation tombe sur b possibilité d*entrer en possession d'une iiartie notable des liogot> dVir qui, de temps en temps, voyagent sur le chemin de fer du Sud-Est iSouik EaxUm /lai/iniy). Ces deux hommes sont-ils fles misérable< sans feu ni lieu, poussés à ce coup hardi par l'excès de la misère T Xon. Xul besoin d'argent ne les presse; ils ont des capitaux à faire fructifier, voilà tout. Pierce est en position de mener a fin de longues entreprises ; il a de quoi aller en cahriolt- 1 , faire de longs voyages, payer plusieurs loyers à la fois. Agar, qui a été aux États-Unis, ou il a beaucoup spéculé, beaucoup pratiqué et beaucoup approfondi la science du faux. Agar, qui ne compte pas moins de quatorze ans dVxpérieiice, est possesseur de 3,000 liv. st., qu'il a placées sur TÉtat, en bon citoyen, et comme aurait pu faire un sage père de famille. Mais la pnndence n'exclut pas l'esprit d'entreprise , et il est prêt h engager cet argent dans la première opération fructueuse qui se présentera. Or quelle opération plus directement fructueuse à imaginer que celle qui consiste à voler des lingots d'or? Jadis, quand les mœurs étaient militaires et que les grandes routes n'étaient parcourues que par des coches, on s*embusquait au coin d*un bois, après s'être armé jusqu'aux dents, et... feu ! Mais le progrès des lumières est venu dispenser les gens de la nécessité des espingoles. Pierce et