‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 3 sur 169 · QUESTION DE SYRIE · texte numérisé non relu

QUESTION DE SYRIE

croient guère à refficacité du gouvernement turc, malgré les assertions de M. Layard, dont Toptimisme est peut-être explique en partie par ce fait, qu*il est président de la Banque ottomane. Ils savent que si, comme conséquence de la retraite prématurée des Français, trente mille chrétiens suivaient au tombeau, en 1861, les trente mille chrétiens dont Tannée 1860 a vu le massacre, l'Angleterre, pour avoir pressé cette retraite, risquerait d'avoir h répondre devant l'histoire d'une tragédie de plus...; mais qu'importe? Le progrès de l'influence française! quel malheur, grand Dieu! est comparable a celui-là ?

Aussi il fallait voir avec quelle passion contenue lord Sfralford de Redcliffe s'est levé vendredi dernier dans la Chambre des Lords pour lui proposer de déclarer, en termes formels, « qu'elle verrait avec un profond regret toute circonstance conduisant h une continuation, quelque courte qu'elle fût {hotcever brief), de l'occupation de la Syrie par des troupes étrangères au delà du 5 juin suivant, époque fixée pour leur retraite. »

Et il est à remarquer que si cette motion a été retirée, « quoique à regret, » par son auteur, c'a été sur la déclaration très-caractéristique, de lord Wodehouse, que le Gouvernement n'avait aucune raison de mettre en doute la retraite des Français à l'époque convenue, et qu'il ne fallait pas même avoir l'air d'en douter.

Dans le discours prononcé par lord Stratford de Redcliffe à l'appui de sa proposition, il y a un passage à la fois mena-< çant et solennel, que je crois important d3 vous signaler; c'est celui-ci : « Les mouvements qui ont lieu sur le continent ajoutent chaque jour aux dangers de la Porte et aux tentations de nature à exciter des convoitises qui mettraient T. I. a

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rAngleterre dans !a nécessité de se mettre en avant h tout risque (of slepping forward at every rish). • Sur les lèvres d'un homme qui a si longtemps et avec tant d'éclat représenté la politique de FAnglelerre à Constantinople, de tels mots ont une signification que je n'ai pas besoin de faire ressortir.

Après a*la, rien de plus curieux que le ton léger, affecté par le Times en celte circonstance. A entendre ce journal, par la voix duquel l'Angleterre est censée parler quand elle s'adresse à l'Europe, les Anglais n'ont que faire, après tout, de la conduite que la France tiendra ou ne tiendra pas en Syrie. S'il lui plail de rompre un engagement sacré; si elle est assez mal inspirée par sa vanité et son ambition pour s'obstiner dans une entreprise funeste à ses intérêts comme à son honneur, cela la regarde. Libre à elle de poursuivre ce système d'agression et celte politique d'aventures qui mine ses forces, ruine ses finances, tarit les sources de sa population. Le peuple anglais serait bien bon, vraiment, de s'intéresser à la France plus qu'elle ne s'intéresse à ellfi-même! Il se peut qu'elle ait été insincère dans les négociations; que sa présence, en Syrie, ail embrouillé le problème au lieu de le résoudre ; qu'elle y ait manœuvré de façon à ne pouvoir plus se retirer qu'en laissant derrière elle la guerre civile ; mais, puisqu'il en est ainsi, c qu'elle recueille tout h son aise les fruits de son crime : » — le mot se trouve dans l'article — pourquoi l'Angleterre s'en inquiéterait-elle? Est-ce que la France, i la supposer en possession de la Syrie, serait pour cela maîtresse de l'Egypte, que protégera toujours contre la cavalerie, l'artillerie et les bagages d'nne armée envaliissanté, Tinfranchissable barrière du désert? Que l'Angleterre dorme donc en paix, et qu'elle laisse la France faire de la Syrie, si tel est son rêve, ce qu'elle a fait de l'Algérie, c'est-

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