LE GOUVERNEMENT NEUTRE, EIC
notables; cet abus même prouve assez que os Anglais se considèrent comme une nation majeure, et que, pour eux, il n*est rien de plus respectable, de plus sacré, que ce droit quiles renferme tous : la liberté d* avoir raison.
3 août.
Le gouTernement neutre entre ouvriers et maîtres.
Lundi dernier, je traversais l'avenue de Palace-Gardens, lorsque je rencontrai un ouvrier maçon nommé John *"*. Je Tavais connu il y a deux ans, et j'avais découvert en lui de grandes qualités de cœur et d'esprit. Je l'aborde, et la conversation suivante s'engage :
Jfot. — Eh bien, John, comment vous traite la grève?
John. — Ma foi, monsieur, pour de pauvres diables comme moi, les temps sont durs ; mais, selon notre proverbe anglais, uim4à est armé trois fois qui soutient une juste querelle. Tai, Dieu merci ! bonne santé, bonne conscience et bon courage.
Moi. — Ainsi, le « workhouse » ne vous a pas encore réclamé?
John. — Que voulez-vous dire ?
Je tirai de ma poche un numéro du Punch, et lui montrai la gravure. Elle représentait un ouvrier unioniste appuyé contre le mur d'un « workhouse » , cette variante de nos
IW LETTKF.S SLtt L A3CGLETEUIE (iSeï)
ilc|Kîts de roendkité. Quelle histoire poignante était écrite dans ce regard fixe et morne, dans ces joues creusées par la faim et dans les plis de ce front dévasté ! Le malheureux était couvert de lambeaux, et un autre ouvrier -lui mettait dans la main une pièce de monnaie qu'il recevait machinalement, sans tourner la trie, sans rien regarder, sans rien voir, comme perdu dans le monde de ses pensées, ou plutôt de ses douleurs. Entre celui à qui on faisait raumùne et celui qui la faisait, terrible était le contraste. Ce dernier avait l'œil animé, le visage plein, et sa physionomie témoignait d'un état habituel de contentement. Sur sa casquette, on lisait le mot non-uniomste. Yrlu avec décence, il paraissait ne manquer de rien, et pouvait évidemment se i)asser le luxe de la charité. Aussi venait-il en aide h son infortuné camarade, non sans lui adresser ce reproche ami : Ah ! Bill^ je savais bien que V Union ie conduirait là !
Mon interlocuteur examina la gravure en silence, sourit amèrement, me la rendit d*un geste dédaigneux, et la conversation reprit ainsi :
John. — Ces messieurs du Punch ont assurément beaucoup d'esprit, mais ils n'ont pas celui de se taire sur les choses qu'ils ne connaissent pas. 11 serait fort étraiige que, pour les ouvriers, le meilleur moyeu d'échapper à la misère fût de l'aflfronter un à un ! C est conune si l'on prétendait que, pour des soldats, attaquer Tennemi un à un est le roeillear moyen d'échapper h la mort ! Ceux qui, parmi nous, ont senti la nécessité d'agir de concert ont obéi, en s'unissant, à cette loi de sécurité générale qui fait les armées. Est-ce notre faute si la pauvreté, qui nous guette et nous saisit au sortir du bercxîau, livre à tous les coups du hasard notre destinée? Est-ce notre faute si, notre salaire dépendant du rapport entre « l'offre et la demande >, cette loi si aveugle, si flol-