LE GOUVERNEMENT NEUTRE, ETC
pourrais-je vous en doDner que l'empressement de tous les maçons du royaume à solder, en quelque sorte^ la grève par une cotisation hebdomadaire et volontaire? Si la majorité des ouvriers n'était pas avec nous, aurait-on vu les scènes dont nous avons été témoins? Les ouvriers employés par M« Myers, pour ne citer qu'un exemple, auraient-ils vécu dans leur chantier de la vie du prisonnier, mangeant sur le lieu même de leur travail, couchant dans des étables, tremblant de s aventurer le long des rues, ou ne le faisant qu'à la tombée de la nuit, et dans des voitures fermées ?
Moi. Je vous avoue que ce n'est point là ce qui me plait dans les façons d'agir de vos « Trades unions > ! J'estime qu'il est injuste, qu'il est dégradant, qu'il est barbare, de réduire un malheureux à ne pouvoir user de son droit individuel de gagner son pain, sans se voir exposé à être espionné, insulté ou même battu.
John. Je pourrais vous répondre que partout où il y a solidarité d'intérêts, la solidarité des efforts est de rigueur^ et que le parti pris de faire consister son droit individuel dans l'abandon de la cause commune confine à la trahison. Je conviens, toutefois, qu'il y a beaucoup à redirdans cette pratique violente des piquets. Mais, à votre tour, convenez que Teffic^cité de ce moyen coërcitif montre assez de quel côté est le nombre ; car comment concevoir que la masse des ouvriers se laissât intimider par une poignée de brouillons? Au surplus, voulez-vous des chiffres? Sur environ six mille maçons réguliers que contient la métropole, le nombre de ceux qui travaillent d'après le système du payement par heure n'excède pas cinq cents. Lorsque ce système fat introduit, la désertion dans les chantiers fut immédiate et générale. Il est certain que quelques-uns des établissements qui ont adopté le système du payement par heure sont
laO IXTTEES SU» L*A!I€LETEIBC (l8€l)
absobmeot déserts, et qae plas de irtmU élabiissemeiits» oeoipail eflsemble plus de deux cents oinriers, se sobI déjà souaiis au node qm ai ait été suivi j«sqa*â ce jour. U est Trai que la plupart descharpeniiers ool cooseoti à conliDiier leur travail, mais sous toutes résenes. Ûoaot au plâtriers, ils ont repoussé FioBovatioD aûse eu avaot d*uiie ma- Dière radicale.
ifot. Vous attachez donc lue bien graode importance il eetle question dnpayemeot [tar hture?
Jolm. Saus doute. Et qu y a-t-il d^étounaut a cela? Dans le système en vigueur jusqu'à ce jour, celui du payeneot par journée, nous jouissons d*une foule de petits avantages que rinnovation proposée par les cntrepreieurs a précisément pour but de nous enlever : \^ quand ou nous embauche, on lous accorde deux, heures pour aller chercher nos ouliis, et ces deu\ heures comptent comme travail; i^ c*est la journée entière qu*il est d* usage de nous payer, quand on nous renvoie avant hi tin de la journée; et oet usage a été consacré maintes et maintes fois par des décisions judiciaires; 3^^ quand surviennent des ondées, — et elles sont fr^^quentes en Angleterre, — notre salaire du jour ne souffire pas de la nécessité où nous avons été de nous mettre momentanément à Tabri ; 4*^ lorsque la besogne presse, et qu'on nous demande de travailler au delà des dix heures qui coastituent la journée régulière de travail, on nous paye le temps en sus, oteriime^ avec un boni de cinquante pour cent. Adieu tout cela, si le payement par henfc vient à prévaloir.
l/oi. Mais si j*ai l)onne mémoire, j'ai lu des manifestes d'ouvriers où la pratique do ce que vous appelez overlimi était flétrie comme un abus odieux, et où Ton dénonçait comme des égoïstes, des accapareurs du travail, des trair
LB GOUTBmNEilBlfT N£CTBB, ETC, ISl
très, ceux des omnicrs qui s^apprétâient h tr»vaUler au delà des dix heures. Par qudie ehoqaante eontradictioit donnez- Tons aujourd'Inii pour ub privilège bon à. conserver, ce que Toos-iDéfnes avez si souvent présenté comme un abus à décmîre ?
John. Pardon, monsieur, vous confondez ici deux choses parfaitement distinctes : l'orerdW accidentel et Yotertime systématique. Qne, dàins des circonstances exceplionnellcs, et quand il y a réellement urgence, un de nos camarades consente à on travail supplémentaire, nous n'avons garde de le tronver mauvais, et c>st pour ce cas que nous désirons, ainsi que cela- est juste, le maintien dune rânunération proportionnellement plus considérable. Ce que mus repoussons, et ce qne nous avons toujours condamné, ftu la continuation régulière et suivie du travail au deb delà limite de temps convenue pour tous^ par tous. Et pourquoi? Parce que nous* nous considérons comme frères; parce que le travail est un domaine qu*il ne doit pas être permis à qndques-nns d'accaparer; parce qu*un surcroit d'occupation accepté par Tun est une espèce de larcin fait à l'autre : en un mot, parce que nous voulons que le soleil luise un peu pour tout le monde!
Jfot. Fort bien ; mais c'est h vous, ouvriers, d'y regorger; les entrepreneurs n'ont rien k voir là. Quoi de plus éipiitable, après tout, (|ue c^tte position qu'ils vous font : < Travaillez le nombre d'heures qu'il vous plaira^ et vous serez payé en conséquence ? »
Jokn. Équitable en apparence, oui ; mais allez au fond, tt vous verrez que c'est justement h la pratique de l'orrrtjwc ^jstématiqiie que conduit le payement par heure. Ne voyezvous pas, en effet, que lorsque toute limite de temps aura disparu; que lorsque les ouvriers miront, dans ceUe cou-
Itt LETTEES SCB LASCLEJEmaE M«<1)
tome, deTeaiu; la loi de tovs, perdo leur drapeao ; que lorsqoe chacuD d'eux ne sera plus appelé il traiter avec Fculre^ preneur qu^iudhiduellement, isoléiDent, en dehors de toute règle reçue, en dehors de tout principe commun, notre sort cessera tout h fait d*ètre entre nos mains, et que, plus que jamais, les maîtres seront nos makres? Que répondre, quand ou n'a pas de pain et qu'on a des enfants, à qui votis dit : c Vous travaillerez douze heures : sinon , cherchez ailleurs ? »
Moi, Je ne vois pns ce que cette alternative a de meurtrier, quand le travail est plus demandé qu*offert.
John. D*accord, mais quand le travail est plus offert que demandé, ce qui est si souvent le cas? Vous autres, messieurs les économistes, votis raisonnez toujours comme si l'ouvrier pouvait attendre. Si l'offre, nous dit-on, dépasse aujourd'hui la demande, le moment viendra où la demande dépassera l'offre. Malheureusement, pendant le temps que l'herbe met à croître, le cheval meurt de faim. Tenez, voulez-vous que je vous dise ce qui risquerait d'arriver, si nous cédions ou étions forcés de céder en cette circonstance? C'est qu'on nous louerait pour quelques heures seulement quand le travail ne presserait pas, sauf a nous faire travailler outre mesure dans le cas contraire. Je dis outre mesure, car si l'on considère qu'à Londres il nous faut eu moyenne une heure pour nous rendre au chantier et une heure pour regn{^ier notre logis, on reconnaîtra que dix heures de travail par jour sont tout ce qu'il est possible d'exiger raisonnablement des forces humaines. Passé cette limite, l'ouvrier s'exténue et se rend inhabile à la besogne du lendemain : de sorte qu'en ceci, au fond, l'intérêt de l'entrepreneur est lié à celui de l'ouvrier.
Moi. Mai$,si vous comprenez si bien cela, pourquoi sup-