LE GOCVERNEMEKT NEUTRE,- ETC
posez-vous donc les inaitres incapables de le comprendre ?
John. Beaucoup d* entre eux, en effet, paraissent l'avoir compris, grâce au ciel ; et la preuve, c'est que, sur environ cinq cents établissements qui existent dans Londres, il n*y en a que vingt-{{uatre qui aient adopté le payement par heure, et se montrent disposés à tenir bon. Combien de temps cela darera-t-il? Nous verrons bien. En attendant, Topinion publique s*éclaire. La justice de notre cause n'a-^lle pas été, il y a quelques jour&, publiquement proclamée par MM. Thomas Hughes, Ludiow, HuHon, Beesly, Litchfield, Godfrey Lushington, Harrison? On ne prétendra pas, j*espère, que cène sont pas des gentlemen ceux-là, et qu'ils manquent de respectal^ilité f Les connaissez- vous?
Moi. Je connais personnellement les deux premiers; bien mieux, je suis fier d'être de leurs amis. L'un et l'autre 5ont des esprits éminents, et la république des lettres n'oubliera pas de longtemps la sensation produite en Angleterre par le dernier livre de M. Hughes, ce livre où le^ souvenirs it l'enfance studieuse sont évoqués avec tant de précision, de grâce et de charme ?
John. Vous avez lu, je suppose, les deux lettres que tous ces messieurs ont écrites en commun, louchant notre querelle, et vous n'ignorez pas quel effet elles ont eu sur l'opinion publique?
Moi. Non-seulement j'ai lu ces deux lettres, mais j'ai admiré le noble sentiment qui les a dictées. Il est beau de voir des hommes de lettres, des avocats, des gens du monde, des personnes qui ne tiennent par aucun lien particulier à la classe ouvrière, ni par leurs habitudes, ni par leur éducation, ni par la nature de leurs travaux, encore moins par leur position sociale, consacrer spontanément leur temps à une laborieuse enquête, et, sans autre motif que le désir de
IM LETTRES SUR L ANCLBTfilIRS (iMl)
contribiier au triomphe de la justice, publier ce qae cette enquête leur a suggéré ou appris. Cet appel k la raison publique honore aussi ie pays auquel on l'adresse. Ce sont ]k des choses qui ne sont possiMes. que chez un peuple libre et un grand peuple 1
Un édair de joie patriotique brilla dans les yeux de Touvrier anglais, et il garda pendant quelque temps un silence plein d'émotion. Puis il reprit :
— En effet, il est heureux que la raison publique soit Ui pour empêcher notre gouvernement de n*en faire qu*à sa tête ; car voyez comment il vient de se conduire à notre égard, h propos des casernes de Chelsea. VoiUi un entrepreneur qui s'engage à finir les casernes de Chelsea dans un délai donné, faute de quoi il se soumet d'avance à payer un dédit. Au moment où le délui fatal va expirer, il s'avise d'imposer à ses^maçons cette innovation imprévue et désastreuse : le payement par heure. Ceux-ci quittent le chantier. Les travaux sont suspendus. Noire homme va être obligé de payer le dédit. Que fait le gouvernement? Il prête k l'entrepreneur en défaut ses sapeurs et ses soldats du génie, pesant ainsi de tout son poids sur la liberté des transactions. Y eut-il jamais acte de partialité plus patent, injustice plus criante ? Mais on se trompe si l'on s*imagine nous réduire par des moyens de ce genre. Nos frères de la province nous soutiendront. Des meetings en plein vent se préparent à Manchester. L'agitation, qui va se répandant de proche en proche, deviendra d'autant plus redoutable, quon nous saura sur le point d'être opprimés, et nous résisterons jusqu'à la mort.
Mon interlocuteur en était venu à parler avec une véhémence extrême, et son visage trahissait la plus vive indigna* tion. Comme j'essayais de le calmer, comme j'insistais sur la
U GOCTBIUifilfENT KEOTU, ETC. 135
nécessité d*une attitude conciliatrice : « Mais vous ignorez donc, monsieur, s*écria-t-il brusquement, que nous avons proposé l'arbitrage du Conseil des architectes, et que cette proposition a été repoussée avec dédain? » La conversation avait duré longtemps : j'y mis fin en faisant observer à mon ioterlocuteur que toutes ces crises périodiques ne pouvaient qu'empirer la situatîoTi des traTàiBcurs ; que les grèves étaient un mal ajouté à un autre mal; que le remède était tilleiirs;,jpie le saccès du syslëme mépénitif k Leeds, h Rtdidale, à Deriij, ménageait m travail use perspective fHJÊtfKey Meo prétéraUe à ceUe «pie pouvaiest tiiî ouvrir <ts httes insetisées on germent tant de passions haineuses, iKt oi la victoire ressemble si fort k tm suicide. Il me serra h maid, et nous nous séparâmes»
Le suriendemÎD, j'apprenais qu^vDe dépolatioA, représeaCant au uioiiis dnq ■uUe ouvriers, avait été reçue à la Chambre des ComnMnes par sir George Lewis, secrétaire d'Étal peur la guerre, et que M. Patter ayaat exposé com* Uen l'intenrention du gouvenMunent dans l'aflaire des caser- ■es de Chelsea était injuste, sir John Lewis avait prononcé ces paroles remarquables : « Si le gouverneoieit a, sans le vouloir, violé les lois d'une neutralité désirable, je le reffcUe. » n a promis que la question serait examinée avec soin, et que justice serait rendue à tous. C'est ce que la députalion demandait. Elle s'est retirée en remerciant le iniBiâtre avec effusion, et il est ii peu près certain que^ l'opinion l'étant prononcée, le gouvememest reviendra sur ses pas..
De tels faits, monsieur, sont pleins d'enseignements^ ki, h raison a toujmn^ la chance de convaincre, parce qu'elle a toujours la liberté de prouver l
15 août 1861.
Mort de lord Herbert.
Excellent lord Herbert! Il me semble le voir encore, aYec sa haute taille, son air maladif et ses manières oft se révélait si complètement le gentleman anglais. Je lisais, ces jour»ci, je ne sais plus où, que les arguments de lord Herbert» comme « debater > (controversiste), étaient semblables à des cordes de soie qui s*enroulaient tout doucement autour du jugement de ses auditeurs et le conduisaient captif. Rien de plus juste que cette appréciation. Lord Herbert n*était pas un orateur de première ligne peut-être; il n'avait ni Téloquence, à la fois éblouissante et subtile, de M. Gladstone, ni cet âpre talent d*invective et d'ironie qui a fait la fortune parlementaire de M. Disraeli, ni la puissance et la passion de John Bright ; mais il exerçait sur son auditoire Tinfluence d'un esprit cultivé, d'une raison droite et d'une claire intelligence, servie par une argumentation habile. Comme homme d'État, il était évidemment fait pour aspirer, un peu plus tôt un peu plus tard , aux honneurs du premtership , c'est-à-dire au poste de premier nûnistre. Partisan et admirateur de sir Robert Pcel, il s'était hiissé, comme lui, convertir à la doctrine de la liberté du commerce, et, comme lui, il s'était éloigné du conservatisme, ses premières amours. Il était secrétaire d'État pour la guerre lors de l'expédition de Crimée. Dure épreuve, où sa réputation faillit périr! Qui ne se rappelle l'explosion de colère à la-