‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 34 sur 169 · MORT DE LORD HERBERT · texte numérisé non relu

MORT DE LORD HERBERT

quelle donnèrent lieu les désastres dont Tarmée anglaise fut redevable aux vices de l'administration militaire? Ces vices dataient de loin; mais, comme il arrive souvent, Topinion publique rendit le présent responsable des fautes du passé. M. Sidney Herbert (il n'était pas lord à cette époque) tomba du pouvoir avec ses collègues ; et, lorsque le triomphe des whigs l'y ramena en 1859, il ne fallut pas moins que l'habileté extrême dont il fit preuve comme ministre de la guerre pour le relejwr de la condamnation politique précédemment portée contre lui. Son passage au pouvoir marquera cerlàineiiiliit dans l'histoire militaire des Anglais; car il a élé ûfftslé par trois faits d'une importance majeure : Terganisation des volontaires, — l'adoption du canon Armstrong, -^l'amalgame de l'armée indienne avec l'armée royale. C'est vendredi dernier que ses restes mortels entêté déposés à la nouvelle église de Wilton, près Salisbury. Étaient présents sur le théâtre des derniers adieux : le duc de Newcastle, le chancelier de l'Échiquier, sir James Graham, le comte de Grey et de Ripon, lord Clyde, et plusieurs autres personnages de distinction, parmi lesquels on montrait cette miss Nighlingale que la guerre de Crimée a rendue célèbre entre toutes les sœurs de charité.

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iSaoOL

La mort a aussi enlevé^ tout deroièremept, le duc de BuckifighaiD, et, pas plus tard que vendredi deraier, Heiry. Hontague VUliers, frère de lord Clarendon et éitqœ de Durham. Ce dernier était un prélat devenu populaire à foice d*étre charitable. Peu fait pour I^éloquence, il avait le ten esprit de se l'avouer à lui-même et le bon goût de k laisser voir aux autres : en chaire, il ne prêchait pas ; à nsi dire, il causait. 11 appartenait au culte évangéJique. Sa façon d'interpréter l'Écriture était presque minutieusemeiit littérale, et le seos critique était tout à fait absent de ses boniélies.

Heureux les théologiens des Eêsays and Reviews^ s*ils lui avaient ressemblé sous ce rapport! Je vous ai d^ dit comme quoi la foudre était suspendue sur leur tête; eh bien, voilà qu'elle vient de tomber sur lun d'eux, le révérend Rowland Williams.

Dans sa tournée triennale, Tcvêque de Salisbury a expliqué à ses diocésains qu'il avait hésité quelque peu, avant d'intenter des poursuites contre l'audacieux commenlateur des écrits de Bunsen, et cela pour trois raisons : d'abord, parce qu'il ne croyait pas que les Essays and lieviews fussent de nature à exercer sur les esprits une influence permanente; ensuite, parce qu'il craignait que des poursuites légales ne servissent à étendre cette influence ; enfin, parce qu'il avait peur d'être emporté par son indignation au delà

EXEOTLES s'nrrOLàUHCfi PROTBSTARTE 13»

ifs boToes de b charité et de la justice, ii ia vue des cdEbrts tentés pour ébranler le grand édifice du diristianisnM.

Si tds soBt les motib i|tti oot fait hësiler léf éque de Sabinny, il est dommage qu'ils n*aieot pas eu le pouroir de le (aire renoneer i une persécution folle. Il est bien certain que les Essatfi and Remetoi n'ont di leurs neuf éditions qu'aux anathènes ecclésiastiques, et il est permis de mettre en doute les sentiments de justice et de diarité qui animent réréque de Salisbvry, lorsqu'il dénonce comme dirigés einlre le christLnnisme des efforts dont l'objet manifeste est de dislingner, dans la Bible, entre l'esprit et la lettre, et d'y déeounir un sens qui puisse désarmer la raison.

Maint^lant, voyez un peu ce que c'est que la contagion de l'intolérance ! Pendant que l'évéque de Salisbiiry tonne cimtre k révérend Kowland Williams, la conférence méthodiste accuse d'hérésie noire et condamue à une rétractation k kef délai un de ses membres, coupable de croire à la trans- ■issîon naturelle de la pureté morale. Ne voilà-t-^1 pas un bien grand crime, au dix-neuvième siècle? Après tout, on ne voit pas pourquoi ceux qui admettent la transmission du péché n'admetlraieut pas la transmission de la pureté morale. S'il suffisait de régénérer le père pour régénérer sa race, ce serait vraiment tout bénéfice, et il n y a pas là de quoi se fâcher.

Je viens de dire que l'intolérance est contagieuse; en voici une autre preuve. A Devenport, un M. Bradlaugh, soupçonné d'être légèrement incrédule, avait été engagé par ses aniLs i exposer ses vues un jour de dimanche. Comme ils l'avaient pas de chapelle h mettre à sa disposition, pas même me salle, ils louèrent un champ. Notre homme arrive; mais, aa moment où il allait ouvrir la bouche, le surintendant de la police survient, et, dans un accès de fureur orthodoxe^

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jvousse droit au prédicateur en peine de son exorde, le prend au collet et le mène en prison.

De la, vous le devinez, procès pour emprisonnement arbitraire, intenté par M. Bradlaugh contre le surintendant trop plein de zèle. Hais à quoi croyez-vous que le jury d*Exeter ait condamné celui-ci? Au payement d*un farthing de dommages-intérêts; oui, monsieur, dun farthing! Si le jury devait rendre souvent de semblables verdicts, le mieux serait de se passer des bienfaits de cette institution; et si messieurs les policemen, non contents de décider des matières de foi, peuvent de la sorte arrêter les gens pour les empêcher d'errer en théologie, la police mérite les honneurs de la prêtrise, et je proposerais de conférer les ordres à ce que vous appelez en France les sergents de ville !

Heureusement les faits de ce genre sont rares, et l'opinion les réprouve. Toutefois FAngleterre protestante — l'aveu me coûte — n'est pas sans avoir besoin d'être avertie à cet égard. Que les protestants y songent! leur cause est liée à la liberté de conscience et à tous les genres de liberté par un pacte glorieux, mais aussi inviolable qu il est glorieux. Il leur est interdit de le rompre, sous peine de suicide; il leur est interdit de garrotter la conscience et la pensée, sous peine d'effacer le plus noble de leurs traits caractéristiques. Qu'ils y songent ! le catholicisme est lîi, épiant les fautes de ses adversaires.

Repousser à grands cris le joug de la hiérarchie catholique; dénoncer, à la moindre apparition du péril, les habitudes envahissantes de Rome ; tenir tête au cardinal Wiseman; traîner le long des rues, bafouer et brûler à époques lixes, par la main des enfants de Londres, la grotesque et odieuse image de Guy Fawkes; tout cela est à merveille. Mais tout cela n'a pas empêché jusqu'ici Rome de se frayer h

QUAND LONDRES EST Di^SERT 141

travers la patrie de Cromwell une route qui va chaque jour s'élarçissaDt dans l'ombre ; tout cela n'a pas arrêté la marche des puséystes, avant-garde de cette armée de déserteurs que H. Newroann a entraînée vers le Vatican. Pour les protestants, la vraie manière de combattre Rome, c'est de rester fidèles à leur principe, le libre examen; c'est de représenter contre elle le pouvoir en vertu duquel l'esprit humain se développe et chemine vers des horizons nouveaux, de plus en plus lumineux; c'est d'avoir toujours présentes à l'esprit ces fortes paroles de Munzer : « Il ne suffit pas de crier sans cesse : c La foil la foi! » et de remplir avec ce mot d'énormes volumes. Avoir la foi, c'est travailler à l'affranchissement de la terre ! »

18 août.

Qoand Londres est désert.

La ville se meurt, la ville est morte. Adieu le Parlement et l'Opéra ! Adieu les splendeurs du « West-End » et les brillantes cavalcades de « Rotlen-Row, » et les beaux attelages qui aiment tant h se presser le long de la « Serjientine » dans Hyde-Park ! Londres voyage, Londres est aux bains de mer, h Rrighton, à Spa, au lac Katrine, en Suisse, en Italie, sur les chemins, un peu partout, excepté à Londres. Lord Palmerston jouit de l'aurore de ses vacances à

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Walmer-Castle , dans le comté 4e Kent. Lord GraDtiUe, qui doit accompagner la reine aux lacs de Killaney^ qoHte Londres au)ourd*buî même, }C crois. Est-^e pour se aiiigiH lariser que le duc de Somerset n'est pas encore parti, quand tous les autres membres du cabinet ont pris lev vol ! Non, jamais la cité pétrifiée du conte de fées que vans savez n*eut Taspect désolé que présente Belgravia. Voici le moment , même pour ceux que leur mauvaise étoile cloue sur place, de bien clore leur porte, de fermer soigneusement leurs volets, de changer à l«i lettre leur maison es tombeiii. Car si Ton allait croire qu'ils ne sont pas absents! N*étre pas absent, au mois d'aoAt ! Fi donc !

Demandez au dernier de ces merveilleux de contrebande qui forment ici l'intéressante rlasse des « swells » s'il aurait le front de s'avenlurer dans la. rue ? Il vivrait plutôt dans sa cave. Il n'y a pas jusqu'aux hommes de loi qui ne sentent qu'il y va de leur honneur de s'enfuir. Allez, allez, bonnes gens ! Allez vous faire traiter par les aubergistes comme vous traitez vos clients, et apprenez ce que c'est que d'avoir la main d'autrui dans sa poche.

Inutile de dire qu'avant de se sé|)arer, les ministres ont fait à Greenwich le fameux « whitcbait dinner, » ce dîner taractérislique, où chaque plat est un présent des divinités marines.

Aimez-vous le poisson? on en a mis partout.

Le « whilebait dinner », vous le savez sans doule> est de rigueur pour les ministres, à la fin de la session ; mais ce que vous ne savez peut-être i>as, c'est où cet usage a pris naissance. Voici, à ce sujet, une histoire que je vous donne telle que je l'ai reçue. Il y avait autrefois... non pas un roi et une reine, mais un certain sir Robert Prestou, qui po»-

tOftll» URIBKCS EST lESBlT 143

sédMt 4aBS te ciMnté â*Es8e% me petîk; cabane de pécheur é il annt coaime i*alkr ckereher reftge eootre tes tracas delà vie pariemenuôre. Sod CMTive haUtael était George Rose, aecrélaîre de ta Trésorerie et nembre^ comme lui, de b FnÊtmiîi de « Trinity House. > Ue jour, cekii-ci s* étant écrié : € (Ni ! cernbie» Pitt apprécierait le coftfort de cette Rtnite! » Pitt fut invité par sîr Robert el refu cordialemeBl. Od iDangea force poissons et Ton but prodigieusement, Pitt, qui était on des plus intrépides buveurs de son temps, se Iroavant par bonheur avoir affaire à des borames capables delm tenir tète. L'année soirarUe, on recommença; et Pitt pril tellement goût à la chose, que le dîner de péchewr, chez âr Robert Prestoo, revêtit le grand caractère d'une solen- Mté périodique. Hais la distance à pnrcoorir était grande poir le premier ministre, et )*on n^avait pas encore inventé fart de supprimer les voyages^ en ne laissant subsister que le départ et Farrivée.

Il fut donc convenu entre nos trois nmis que le rendezvous dînatoire serait fixé, pour l'avenir, Ji Greenwich. Bientôt Pitt demanda qu'il lui fôt i)errois d'amener lord Camden, et l'on fit à quatre ce qu'on avait fait à deux. Seulement, lord Camden ayant insisté pour que sir Robert Presion fût déchargé de la dépense, puisque après tout Ton dînait dans ttielaYeme, il fut arrêté, après de longs débats, que chacim payerait son écot, le pauvre sir Robert ne retenant plus de SOI ancienne gloire que l'honneur d'adresser les invitations *t celui de fournir de droit xm panier de vin de Champagne. Siccessivemeni, le nombre des convives recrutés sur le banc ■iiistériel s'augmenta, se compléta; si bien que, lorsque âr Robert moiinit , il laissait derrière lui quelque chose ^^Ottne une institiitron.

Ce qui est sûr, c'est que le « whilebait dinner » ministériel

ayant eu lieu, la saison en Angleterre est finie, et la capitale ne reprendra décidément à la vie que lorsque le printemps nom rendra les feuilles et les fleurs, que nous allons perdre. Car c*est une des singularités apparentes de ce pays, qu*on y habite la campagne h Tépoque du froid et des neiges, et qu'on la quitte juste au moment où elle devient verte, soiiriante, adorable. Il est vrai qu il n'y a que les riches qui se passent cette absurdité, et, de la part de ceux-là, elle s'explique mieux qu'on ne croirait au premier abord. Ne sontils pas armés de pied en cap contre l'hiver? Madame n'at-elle pas, à la campagne, tous les conforts de la vie de château, et monsieur tous les plaisirs de la chasse ?

Aussi bien, lorsque les fleurs et les feuilles reviennent, ce n'est pas leur tourner tout à fait le dos que de regagner la ville. Les innombrables jardins que Londres renferme, les squares qu'on y a prodigués, les parcs immenses que son enceinte embrasse, tout cela, sans être la campagne, sert du moins h la rappeler et absout en partie les Anglais du crime d'avoir divorcé avec elle.

Je dis plus, je prétends, dût-on m'accuser de courir après les paradoxes, que les habitants de Londres ont un faible prononcé pour la nature. Oui, monsieur, la ville des banquiers, des « shopkeepers, » des « nioney-making-people j», est, à tout prendre, une ville à préoccupations pastorales, h tendances idylliques ; elle a des parcs qui ressemblent à des prés ; elle aime à voir s'étendre entre des rues pleines de bruit et de mouvement de grands espaces calmes où paissent les brebis et les vaches. Voyez-vous (je ne parle pas de la Cité) cette impasse, si sombre et si sale? Armezvous de courage et pénétrez là : je parie que, devant la fenêtre de ces taudis, où la misère habite, vous allez apercevoir des pots de fleurs.

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