‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 35 sur 169 · QUAND LONDRES EST DESERT · texte numérisé non relu

QUAND LONDRES EST DESERT

Mais la Cité? Ah! pour le coup, j'avoue que la Cité, à Londres, c'est la ville dans toute son agitation fébrile, toute sa puissance, toute son activité féconde et toute son horreur. Mais remarquez que ceux qui y ont leurs bureaux n'ont garde d'y avoir leurs maisons. On y est homme d* affaires^ mais on se réserve d'être homme quelque autre part. On y gagne de Tàrgent^ mais on a bien soin de n'y pas vivre. On a conséquemment, dans les environs de Londres, une retraite agreste où est le foyer domestique, et que l'on quitte le matin pour y revenir le soir, sauf à perdre deux, trois ou même quatre heures par jour à voyager en chemin de fer. Je connais des marchands de la Cité qui habitent Brighton, c'est-à-dire une ville à quatre-vingts kilomètres de Londres ! Ce qui n'empêche pas l'Angleterre d'être le pays où l'on a trouvé cette définition : « Time is money. — Le temps est de l'argent. »

Je vous ai dit que Londres est désert en ce moment. Eh (poi ! n'y a-t-il pas le Londres des ouvriers, des commis, des petits marchands, des hommes de lettres sans le sou ? Hélas ! hélas ! ce Londres-là, monsieur, est en ce moment aussi peuplé que jamais. Mais ce Londres-là, les heureux du monde le comptent pour rien. Est-ce juste? S'il est vrai que Janot devienne un pauvre sire lorsquil travaille toujours et ne s amuse jamais — ail work and no play makes Jack a dull boy, pourquoi cela ne serait^il pas aussi vrai de celui qui a bâti votre château que de vousmême , milord ? •

Mais, à notre tour, soyons justes. Parmi ces grands, ces riches, ces lords, il y a de rudes travailleurs aussi, et qui ont d'autant plus de mérite à ne pas prendre leurs vacances que cela dépend d'eux seuls.

146 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (I86I)

25 août.

L'Aa^le terre avant tont.

H. Rœbuck vient de proDoncer à Sheffield uu discours de nature à produire ici la plus vive sensation, à cause d*UD passage qui ouvre carrière à des observations dune importance extréaic, et sur lequel je dois vous donner mon avis.

Voici ce passage :

< J'ai un secret à faire connaître. Je sais qu*il existe entre le roi d*Italie et Tempereur di'S Français un traité {a compact) en vertu duquel le second doit avoir la Sardaigne aussitôt qu'il aura retiré ses troupes de Rome. Je ne vous dis point là ce que je pense, mais ce que je sais; et ce que je sais aussi , c'est que le peuple d'Angleterre ne permettra point cela. La guerre est sur nos (êtes, l'Iiomme qui dirige ici les aflajres étant prêt à combattre un semblable effort d'agraodissement de la part de la France. Encore quelques mois, et vous verrez se vérilicr ce que je vous annonce. Telle est notre situation vis-à-vis de la France; et cela étant, ne nous est'il pas commandé de regarder nu dehors? Car quels seraient nos moyens de défense contre l'empereur Napoléoo, faisant de la Méditerranée im lac français ? »

De |)areils mots sont sûrs d'aller droit au cœur de tout Anglais. Et M. Rœbuck le savait bit n !

Je crois vous avoir déjà dit que ce fier radical ayant, il y a quehpie temps, fait visite à l'Autriche, était revenu de là avec une âme autrichienne.

L^ARCUBTEimC AVANT TOUT 14*7

A Tentendre, le goNVernenent autricliien a été, jusqu'à ce jMr, caboHiié; on q'h vouifi «(Hnprendretii sa vraie nature, M ses TéritaUes tendmices ; il est paternel, il est généreux, ï est libéral , au fond ; il ne demande pas mieux que de se Bodeler sur le gouvernement d'Angleterre ; qu'on attende un peu, et Ton verra jusqu oit l'Autriche peut aller dans les ravies da progrès; les Hongrois, qni la taquinent, sont des ingrats; les libéraux anglais, qui Tattaquent, sont èes ignorants. L'empereur d'Autriche n'a-t-il pas donné des gages assez dafrs de sa conversion au constttutionàlisnae ? K^a-t-il pas créé une Chambre des Communes? îTa-t-il pas créé ubc Ckambnedes Lords? Que veut -on de plus! Ainsi s'est mis à parler H. Rœbuek, et, comme pour servir sa propagande, l'archidvc Maximilien d'Autriche est venu un beau jour débarquer à Southampton, dont te digne maire l'a reçu ainsi qu'on avait reçu autrefois Lonis Kossnth, et où il a eu, en sa triple qualité de prince, de marin et de libéral, une ovation i laquelle rien n*a manqué, ni le bruit du canon, ni les drapeaux, ni les fanfares : rien de ce qui caresse, en le trompant, l'orgueil humain; rien de ce qu'est toujours pressée d'accorder la bêtise humaine.

Mais, en dépit de tout cela, la popularité de M. Rœbuck risqwait fort de périr dans le naufrage de ses opinions d'au- Imfois , s il ne se fût avisé d'un expédient dont la réussite l'était pas douteuse.

M. Roebuf'l est un homme desprit , et pas aussi pa jsari du Danube qu'il en a Tair. Persomae, assurément, qui ait le caraetère plusbantain, un patriotisme plus bilieux, des habilmles plus agressives, une parole plus âpre; mars, comme i arrive dans les natures i la fois intelligentes et fortes, heauooBp de pénélratîofi et de (inesse se cache sous ces rudes lUares. M. Rœbuck, qui est Anglais dans son sang et dans

sa chair, connaît parfaitement, à cause de cela même, la maladie des Anglais, le ver qui les ronge, le démon qui les lutine, le fantôme qui les obsède; et dans cette connaissance il a puisé le moyen de rendre, si je puis parler ainsi, son impopularité actuelle populaire ; il a crié de toutes ses forces et partout : 0 mes concitoyens ! apprenez h aimer rAutriçhe; rapprocliez-vous de F Autriche; alliez-vous à 1* Autriche, parce qu elle vous sauvera de la France !

M. Rœbuck était certain d*avance qu'un tel langage serait applaudi ; et voilà pourquoi il a révélé aux électeurs de Sheftield son fameux secret.

Ce qu*il y a de vrai dans cette cession de la Sardaigne dont M. Rœbuck proclame Timminence d*un ton de voix si assuré, je Tignore; mais ce que je sais bien, c'est que Tannonce d*une éventualité de ce genre est ce qu*il y a de plus propre à faire tressaillir, en Angleterre , la fibre nationale. La Méditerranée un lac français ! Voilà de ces mots qui ont pour tout Anglais le retentissement du tocsin.

Aussi qu* est-il arrivé, lorsque M. Rœbuck a parlé de la cession prochaine de la Sardaigne à la France? Un cri s'est élevé, un cri qui partait des entrailles de TAngleterre: « Shame ! shame ! — Honte ! honte ! »

Je ne vous dirai point, cependant, que je crois à la déter^ minatiou belliqueuse attribuée par M. Rœbuck à lord Palmerston, dans le cas prévu. Non : le vent n*est point ici k la guerre. L'Angleterre, en ce moment, a plus besoin de sa prudence que de son orgueil ; et le mouvement des volontaires, qui serait chose très-sérieuse si TAngleterre avait à se défendre, ne lui sera jamais un encouragement à attaquer. Je me souviens qu*un jour Béranger, en me parlant de ceux qui avaient bruyamment ouvert pour lui, à son insu et contre son gré, une souscription nationale, me disait, avec cette

L* ANGLETERRE AVAflT TOUT 149

siugulière finesse d*esprit qui le caractérisait : < Quand le tambour passe sous votre fenêtre, vous croyez peut-être qu*il bat pour vous? Eh bien, très-souvent il ne bat que pour lui-nQéme : ça l'amuse. » Le tambour des volontaires, tant qu'il y a possibilité de conserver la paix, même au prix des plus grands sacrifices, ressemble fort au tambour de Béranger : il bat pour lui-même, ça l'amuse.

Si donc le fait annoncé avec froncement de sourcils par H. Rœbuck se réalisait , j'ai la conviction intime qu'on ne songerait même pas à en faire un casus belli. Mais , d un bout h l'autre du Royaume-Uni, l'opinion publique éclaterait en menaces, se répandrait en invectives, dénoncerait h l'univers entier la duplicité de la politique française, et ne tarirait pas sur l'immoralité et Tinjuslice de la France.

Ab! elle est aussi applicable aux peuples qu'aux individns, cette maxime que « tel ne voit pas une poutre dans son œil, qui aperçoit une paille dans l'œil de son voisin. » Eh! quelle politique, grand Dieu ! s'est moins embarrassée que la politique anglaise des exigences de la justice , \k où l'intérêt national se trouvait engagé? Chez quelle nation du monde la cupidité a-t-elle eu, plus qu'en Angleterre, les ailes du vautour? S'il est vrai que T Angleterre peut revendiquer pour elle quelques-unes des plus nobles pages dd l'histoire; s'il est vrai qu'à elle appartient Timmorlel honnwir d'être la terre classique de la liberté, et que ses lois, même sous le joug d'une aristocratie, ont rendu à la dignité humaine d'admirables témoignages, et que de son sein s'est élevé le cri le plus puissant qui ait jamais été poussé contre les tyrannies sacerdotales; et qu'aujourd'hui encore c'est la seule contrée que les fureurs de la politique n'aient pas rendue inhospitalière, n'est-il pas vrai aussi que, dans son ardeur à asservir les mers, h étendre son influence et à con-

((uérir des marchés pour ses produits, elle a rareBient «béi à h voix des scrupules ? Kappellerai-je ici <iue, lorsqa c» 1857 M. Gladstone» les neuf ou dix peeliles qui voiaiest à sa suite, lord John Russell, et ce Dieu ea trois persoBoes: Cobden, Bright, IMilner Gibs^u, parviorest à vaincre kwd Palnoerstoii dans la Chambre des Cowmuues, en lui reprochant d'avoir adopté, à Tégard des Chinois, la l(^ique des courtisans du lion dans la fable, lord Psdoffeerston u*eiit, pour réparer sa délaite et avoir raison de ses vaiDifueufs du parieuàent, qu'à les traîner devant le tribunal des électeurs, en posant la question, hii, en ces termes : « Ai-je, oui ou non, agi dans l'intérêt de l'Angleterre?

Je n'oublierai jamais ce qui se passa dans ces élections, tristement fameuses; je n oublierai jaflaais avec ^dle rigueur desbommes tels que Gladstone, Cobden, Bn^ht^Milner Gibsou, furent punis du crime d'avoir pensé qu'il y avail quelque chose au-dessus de 1 intérêt de l'Angleterre, et ce quelque chose était la justice ; je n'oubberai jaBiais mots d'un candidat palinerstonien h ses constituants blés : c Je refuse d'anatomiser la nature de notre quetelle avec la Chine. Que aous ayons tort, que nous ayons raisoai, cela m'est parfaitenaent égal. Tout ce que je sais, c'est que notre honneur national et nos intérêts oaiionaux exigent ^ae, si nous avons conioiencé d'être injustes, nous eonfiimÎMS d'être injustes : If we hâte begun by being unjmsij wê shotiid go on %cith being unjnst. »

Ce n'est pas qu'en citant cet incroyable discours, je veuille en aucune façon mettre en doote la moralité de l'orateur, que je ne connais point personnellement, que je pourrais nommer. Il est très-possible que, dans saTie privée , il soit strictement juste , aille au prêche et y fasee aller ses domestiques. Mais, il faut k ;dire, les Angktt

L'AîJCLKTEnnE AVATT TOUT 151

sont ainsi faits : leur graod axiome (il y a des exceptîoDs; et le débat dont je faisais tout h Khcure revivre le souvenir le prouve), c'est que t l'Angleterre ne peut mal faire », pas plus qu'un roi selon la théorie constitutionnelle. De là, dans pres<|ue chacun des membres qui composent la société anflaise, une sorte de dualisme fort curieux. Voici un gentleman anglais : c'est le meilleur des hommes. Pénétrez dans ce que sa nature a d'inlime, vous Taimerez; vous le trouverez, sons des dehors de réserve, doué d*une Ame sensible; il vous channera par la sincérité de son Caractère, la solidité de ses attachements, et sa générosité sans apparat; cette justice de détail qui constitue la sûreté des relations, tenez potir certain que vous l'admirerez en lui. Mais survienne un événement dans lequel Tinlérêt matériel de l'Angleterre est compromis, vous serez surpris de voir votre ami appliquer h la conduite de soû pays des principes tout différents de ceux qui servent de base h ses propres actions. Cet homme sensible ne \'Oudra pas que l'on conteste h FAnglelerre fe droit d'être inexorable ; cet homme juste adorera devant vous avec candeur le dieu de la force.

En vous signalant de la sorte deux êtres très-distincts dans le même être, l'Aommeet V Anglais^ je ne conclus pas du particulier au général, et je n'exagère pas. Ce que je vous dis ici est le résultat d*nne très-longue, d'une très-imparliale observation. Je reconnaîtrai volontiers que la doctrine da candidat palmerstonien mentionné plus haut ne se formule pas , dans la conscience de la plupart de ses compa- Irioles, avec cette précision effrayante; mais elle répond à un instinct qui, pour n'être pas toujours défini, n'en est pas moins puissant, et fournit un levier très-fort aux hommes d'État peu scrupuleux qui savent le manier.

Inutile, après c^la, d'observer qu'un peuple porté i

152 LKTTRES SUR i/aNGLETERRE (1861)

regarder comme juste ce qui est dans son intérêt sera uatarellement porté à regarder comme injuste ce qui n\Y est point conforme. U*oii ce cri naïf, toutes les fois qu'il est question de voir la France agrandir le cercle de son action : Shame! shame!

3Iain tenant, que conclure de ce qui précède? Que 1* Angleterre est une nation intraitable, et qu'il serait àxlésirer qu'où pût en finir avec elle? A Dieu ne plaise! Tne conclusion semblable serait insensée, et plus que insensée. S'il était possible, ce qui, très-heureusement, ne Test pas, que l'Angleterre fût rayée de la carte , il se ferait dans le monde un vide qui, au détriment irréparable de la France elle-même, ne pourrait plus être rempli. L'alliance des deux peuples, et une alliance sincère n'est pas seulement une nécessité nationale pour l'un et pour l'autre : c'est une question de civilisation européenne; car, si la civilisation a besoin d'être quel* quefois éperonnée, elle a aussi besoin quelquefois d'être retenue. Si la France est l'éperon, l'Angleterre est le frein; et il ne faut pas que le cheval emporte le cavalier.

La conclusion à adopter est donc celle-ci : puisque, d'un côté, Talliance de la France et de l'Angleterre est d'un prix inestimable, et que, d'un autre côté, l'Angleterre est ombrageuse à l'exais, la sagesse demande, non pas qu'on se sacritie systématiquement et lâchement à ses susceptibilités, mais qu'on les connaisse, qu'on en tienne compte, et que, daus la mesure de ce qui est raisonnable, on s'étudie à les ménager. Le jour où les Anglais cesseraient de se délier de la France serait un grand jour pour le monde !

Mais quand viendra cet heureux moment? Il viendra, quand l'opinion en France aura retrouvé sa voix, et que cette voix pourra se faire entendre sans contrainte; quand, notre politique arrivant, comme ici, grâce à la discussion publique,

l'Angleterre avant tout 153

iin'étreplus couverte d'aucuu voile, TAngleterre sera mise eaétat de régler ses sentiments à notre égard sur une appréciation claire de nos intentions , de nos idées , de nos projets. Sous l'empire du régime actuel, les Anglais ont peur de tout, parce qu'ils sont tenus dans l'ignorance de tout. Ils s'endorment, chaque soir, sans être bien sûrs qu ils ne se réveilleront pas en sursaut au bruit du canon , parce qu'en effet le lendemain dépend de décisions qui, ne relevant pas de la critique quotidienne , demeurent ignorées et tiennent lemonde en suspens.

n y a là un grand mal, monsieur, un grand mal pour la Fhnee, pour l'Angleterre, pour l'Europe, et J'aH^> sans craindre de me tromper, pour le gouvernement tnm^s luioéme, que cette situation expose à toute sorte de supp 0sitioQs erronées, d'interprétations offensantes et de soupçons ioJQstes.

Non, non, tant que le régime auquel est, en ce moment, soomise la France, ne se sera point suffisamment détendu, (|'on n'espère point amener les Anglais à avoir confiance iknouê. Aussi longtemps qu'il ne fera pas grand jour en France, ils ne considéreront — et c'est ce qui ne saurait élre trop déploré — leur alliance avec nous que comme un mariage contre nature, entre la publicité et le silence, entre lalomière et les ténèbres, et ils craindront toujours déjouer le rôle de dupes.

11 ne peut exister d'alliance bien sincère, bien franche et durable qu'entre l'Angleterre libre et la France rendue à la libefté.

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9 septembre.

IjOvA PalBievstMi g— .irtimcwr des el»^ yrtm

Le grand événement de cette semaine a été rinstallatioo de lord Palmerston comme lord wardem of tke cinqm ports.

Qu(|;inlikdire cela ? vont sans doute demander plnsiem de voi^lraêurs. Vowi l'histoire en quelques mots :

Hastings, Douvres, Sandwich , Hyihe et Romney sont cinq ports auxquels H était naturel que leur situation svr lei côtes des comtés de Kent et de Susscx donnât une importance particulière, lors des sanglantes rivalités de l'Angleterre et de la France.

De là ridée de les placer sons la juridietion spéciale â*p gouvemenr (warden), idée qui remonte à Guillaume le Coth quérant ! Voilà une institution qui n'est pas d*hîer, coDunc TOUS voyez.

Vint Jean Sans-terre qui, ayant tué son neveu ponr hri enlever la couronne, fui condamné pour ce crime comnoe félon par la cour des pairs de France et dépouillé des fiefs qu'il possédait chez nous. Reprendre la Normandie <|u'il avait perdne de la sorte lui eût fait grand plaisir; nais il lui fallait pour cela des navires, et il n'en avait guère. H offrit donc h Haslings, Douvres, Sandwich, Hythe et Romney des privilèges considérables, si ces ports consentaient à lui fournir, pour quarante jours, tontes les fois qu'il en aurait besoin, ciaquante-sept vaisseaux montés par un nombre

LORD PAUKRSTIMI COOTERNEUR DES CI!fQ PORTS 155

mvenable de matelots. Le roârdié fut coodii. Donvres doma vin^ et im faisseanx, Hastings font autant, Sandwich, Hytke et Romney ee fournirent enseo>ble quinze. — Et les c cinq ports » furent, en conséque/iee, investis de dhrers prWtléges, parmi lesquels retix-ci : chacun des cinq ports eut le droit d*envoyer au Parlement deux barons ; et il fahrrélé que leurs représentants portemienf le dais au couronnement des rois, seraient assis à leur droite dans la salle di festin, et n'auraient jamais i payer impôts, taxes ou pbges.

Mais Doinnres, Hastir^, Sandwich, Hythe et Romney Mt TU |Hisser les jours de leur gloire. Quelle puissance oserait se flatter d^échapper k h favx tranchante de ce révolutionnaire inévitable, le temps? La charge de « lord warden of the cinque ports », qui avait fini par n*étre plus qu'une grasse sinécure de 3,000 liv. st. (75,000 fr.), n'est pas même cela aujourd'hui : c'est la moins enviable des sioécures, une sinécure sans émolument, une sinécure tout

CQVt.

n n'en était pas tout à fait ainsi h Fépoque de Pitt, auquel

IliDneur d'être nommé gouverneur des crrtq ports ralul un

svcnM de revenu amnuet de 7S,0(K) francs, qu^il accepta

cooiBie un don du ciel; car, dois-je l'avouer? cet illustre

WBliaoi Pitt était ce qu'on appelle vulgairement un panier

perte. De son désintéressement combiné avec sa pauvreté et

wê désordre» il résulta qu'après sa mort, la nation eut à

psyer ses dettes, qvi s'étevaient à un chiffre énorme; et, soit

fit e» passait, etle paya sans sourciller , TAngleterre ne

cnaplnt jafinais avec eevx qui la servent. Toujours est-il

fÊt Pitt, pendast qu'il brouillait de son miettx les affaires

d» «onde, laissait si bien aller à vau-Feaif les affaires de sa

cuisine, qu'un riche négociant de ses amis, apnt entrepris

d'y remettre tout sur un bon pied, recula d'effroi à la vue des comptes fabuleux qui lui furent présentés par le boulanger, l'épicier, le boucher, et, de désespoir, planta là le fils de Chatham*et ses dépenses.

La charge de gouverneur des cinq ports avait donc cela de bon, il y a quelque cent ans, qu'elle offrait du moins une ressource aux hommes d'État qui n'avaient pas d'ordre. Hds aujourd'hui!...

Vous figurez-vous un homme sérieux et qui se respecte prenant le chemin de fer pour aller se faire conférer une dignité imaginaire, par des sénéchaux et barons imaginaires, au milieu d'un monde imaginaire ! Ce congrès d'ombres ne vous rappelle-t-il pas les vers de Scarron :

inaperçus Tombre d'un cocher, Quif tenaDt Tombre d'une brosse.

Eu frottait Tombre d*un carrosse !

Et voyez-vous d'ici le premier ministre d'Angleterre, endossant un beau jour uu habit bleu à collet rouge, costume des constables du château de Douvres, qui ne diffère pas trop de celui des facteurs de la poste ici, avec la résoliUion bien arrêtée d'aller s'asseoir sur un trône pour rire, et d'y recevoir la révérence de je ne sais quelles autorités postiches ! Lord Palmerston étant un homme d'esprit, après tout^ quelles gorges chaudes il a dû faire, le soir, en rentrant chez lui, dans le cercle de sa famille et de ses amis, des étranges choses que, mercredi dernier, il a vues, dites et entendues ! Comme il a dû se moquer à huis clos de cette mascarade dont il a bien voulu être le héros et de la gravité bouffie de ces bons notables, qui se croient des personnages importants pour avoir joué au moyen âge !

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