LORD PALMBRSTO!! GOUVERNEUR DES CINQ PORTS
Mais alors, me direz-vous, pourquoi s'est-il prêté h cette parade? Ne pouvait-il donc vivre sans être c lord toarden 0fihe einque ports? » — Si cela vous étonne^ monsieur, c*est que vous ne connaissez pas lord Palmerston, le plus gai compagnon, le plus affable convive, le plus jovial homme d'État qui ait jamais existé. Il n*y a qu*à le voir. Comme il est leste et pimpant, cet homme qui était secrétaire de la guerre en 1809, cet homme qui a traversé, toujours souriaot, soixante-dix-sept hivers ! Le pouvoir, en général si kNnrd à porter, ne lui pèse pas plus que le roitelet ne pesait a diéne de la fable. Il aime les allées et venues, les dîners il toasts, les divertissements officiels ; il ne lui déplait pas de t*eimuyer un peu, quand il le faut, en compagnie de certaines médiocrités municipales; et, s'il s*ennuie alors, comme ie le soupçonne, c'est de la meilleure grâce du monde.
Au fait, pourquoi aurait-il enlevé k ces braves gens de làbas la satisfaction de le saluer « lord warden • ? Grâce à ce trésor de complaisance qu'il a dans le cœur, Douvres a pu rerétir ses habits de fête ; les volontaires de l'endroit ont en occasion de se montrer aux dames dans tout l'éclat de kor toilette militaire ; il y a eu concours immense de curieux; on a bien dtné; on s'est amusé; les autorités locales eut été enchantées du premier ministre, enchantées d'elles- ■émes... Et il en a coûté k lord Palmerston, quoi? d'écouler quelques toasts maussades, avec une patience dont il a rhabitude, et d'en prononcer un où il a dit en confidence à ses auditeurs qu'ils étaient la première nation sous le soleil. To«t cela n'est pas bien pénible, et tout cela TeûMl été davantage, il ne valait certes pas que, pour éviter une petite eervée, lord Palmerston compromît sa réputation de bon eoEant.
D*autant que là est peut-être en partie le secret de sa po-
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puiarité et du curieux acharoemeut qu*<rat ous les libéraux de ce pays k le regarder coomie uq des leurs, en dépit de ses efforts pour les convaincre du coutraire. Quel fut le notif qui, SAX mois de décembre 1831^ le fit sortir du mioiatère whig, présidé par lord John Russell ? son eiMpressement â battie des mains au coup d^État qui a engendré rEoqiîre Et quel fut le motif qui, plus tard, le poussa subilemeit à abandonner le cabinet auquel îl s*était rattaché? Sa fépugnance invincible à adhérer au projet d*une referme parlementaire.
La vérité est qu'il a en horreur tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un changement organique. Oh ! qi*OB s'occupe d'expériences sanitaires ; qu'on étudie le moyeu de purifier Tair ; qu'on cherche des procédés pour désinfeder la Tamise, il n'aura garde d'y contredire : ces sortes de réformes sont, au coutraire, très-fort de son goût; et les esprits soupçonneux — je suis du nombre — croient qu*eUes lui plaisent précisément parce qu'il les juge de nature ii faiie perdre de vue des réformes plus décisives. Lord Palmerstoo, il est bou de s'en souvenir, commença sa carrière politique sous les ministères de M. Pcrcival et de lord Liverpool : il ne pouvait être à meilleure école pour devenir tory, et il a bien prouvé, depuis, qu'il avait profité des leçons de ses maîtres. Tory, et, qui pis est, tory de la vieille école, lord Palinerstou l'est autant que le fut Canning pendant la première moitié de sa vie. Il y a un mot de lui qui est caractéristique : en 1852, je crois, il disait : c Le siècle qù nous sommes est un siècle de progrès^ mais non de réformes^ » C'est à peu près ce qu'il vient de répéter à Douvres. N'importe ; on veut quil soit libéral ; il faut donc que ueus en prenions notre parti, et que nous nous contentions, faule de mieux, de cette explication : comment lord Palmerston
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pourrait-ii être aulre chose qu*uD ministre libéral? il est si bon enfaDt !
Eo lout cas, une chose est sûre : c'est que TÂnglcterre ne saurait avoir un ministre qui réponde mieux à ses instincts et soit plus capable de représenter au dehors sa politique. Avez-vous remarqué avec quel habile étalage d*or- ([ueil patriotique il a constaté, au banquet de Douvres que, sur 150,000 volontaires il y en avait près de 40,000 qui, aiyourd'hui, étaient en état de marcher côte à côte avec les troupes de ligne? Et comme il a fortement insisté sur ce que présentait de glorieux ce mouvement des volontaires! Et comaie on Ta chaudement applaudi, lorsqu'il a prononcé les paroles suivantes : « Nous acceptons franchement la main droite de Tamitié quand elle est tendue, et nous ne la repoussons pas avec défiance, même dans le cas où nons verlitDs la main gauche saisir la poignée de l'épée ; mais quand 3 eu va de la sorte, jeter au loin notre bouclier serait le comble de la folie! »
Mieux que personne, lord Palmerston sait ce que parler veut dire. Habitué aux réticences du langage diplomatique, et passé maître dans Tart de ne i)as exprimer ce qu*il im- |N>rte de taire, il n'est pas homme à quêter des applaudissements, entre la poire et le fromage, par des menaces hors de saisoT) et de vaines rodomontades. Vous pouvez donc voir dans son discours la preuve certaine de cette défiance profonde que les Anglais nourrissent à Tégard de la France. Cette défiance, je vous la si^^nalais dans ma dernière lettre : il TOUS est facile maintenant de juger si mon appréciation était fondée !
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3 septembre.
La reine.
Parmi les faits à noter dans la semaine qui vient de finir, la visite de la reine en Irlande se place à côté de l'installation de lord Palmerston comme gouverneur des cinq ports. Un compte rendu circonstancié du voyage de Victoria dans la patrie d*OXonnell me mènerait loin. D'ailleurs, je me sens peu de goût, je le confesse, pour le rôle des Dangeao. II m'a toujours paru indigne d'une âme fière de tenir journal des mille petits accidents qui montrent que vous, moi et les dieux mortels qu'on appelle princes, sommes, au bout do compte, de la même espèce. Si la curiosité d'une certaine portion du public demande à courir le long des carrosses; ï suivre, étape par étape, les majestés ambulantes; h rôder autour des cuisines royales, pour humer l'odeur des plats^ ma foi, tant pis pour elle! Les historiens qu'elle solde ne valent pas ce qu'on les paye. On peut être ainsi fait, qu'on attache une importance extrême à la façon dont une reine joue du mouchoir ou de l'éventail : cette importance, je suis de ceux qui nela sentent pas, et je n'admets point qu'il soit donné même aux plus puissants d'ébranler la terre quand ils étemuent. Dans cette habitude d'embaumer pieusement les moindres particularités qui se rattachent à la vie de tels ou tels personnages, je vois un appel cynique à l'abaissement des caractères, et je m'assure que ce qui est de la sorte accordé à la déification de quelques-uns est enlevé à la dignité de tous.