‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 37 sur 169 · LA REINE · texte numérisé non relu

LA REINE

Mais ce que, très-volontiers, je constate, à propos du voyage de la reine Victoria, c est que, sur son passage, elle a rencontré le plus vif enthousiasme; et cela, j'aime à le constater, parce que, en Angleterre, les démonstrations d*enil\eusiasme sent nécessairement sincères, à cause de la liberté qui y règne. Si Ton vous loue là où il est loisible à chacun de vous' blâmer, comment pourriez-vous mettre en doute la valeur de Thommage ? La liberté seule imprime aux manifestations populaires le caractère qui les rend utiles à étudier ; seule elle leur donne un sens profond ; seule elle en fait des indications sûres pour les recherches de Thistoire et les jugements de la postérité.

.La reine Victoria est aimée dans ce pays pour les vertus (^'incontestablement elle possède. On la sait attachée à son mari, bonne mère de famille et habile au gouvernement de n maison, toutes qualités que les Anglais prisent fort. Montaigne dit quelque part : < Selon que l'expérience m'en a apprins, je requiers d'une femme mariée, au-dessus de toite autre vertu, la vertu œconomique. Je veois avec despit, en plusieurs mesnages, monsieur revenir maussade et tout manniteux du tracas des affaires, environ midy, que madaine est encore aprez à se coiffer et attifer en son cabinet : c'est à faire aux roynes, encore ne scais-ie. » Les Anglais sont ici de l'opinion de Montaigne, sauf que là où il a l'air de douter, ils affirment, lis ne disent pas, eux : < Encore ne scais-ie », ils tiennent pour certain qu'une reine doit nonseulement avoir toutes les vertus domestiques qui appartiennent à son sexe, mais se proposer pour but d en donner l'exemple. C'est pourquoi ils aiment la reine Victoria et la respectent.

Je me suis souvent demandé ce qui serait advenu si le hasard eût mis sur ce trône, où l'on dirait que Victoria

T. I. Jl

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s'étudie à o'élre poiDi aperçue, «ne femme du (^énîe d* beth ou du caractère de Catherioe de Russie. Ou je trompe fort, ou les instituiioos de l'ÀDgleteire, telles qu^dle les comprend et les veut aujourd'hui, auraient eu à traverser une riKle épreuve. La médiocrité de Tesprit et la modération des désirs dans le chef nominal de TÉtai sont deux conditions saus lesquelles le mérite du régime constÉtutÎMoel devient très-contioversable et son eiListence tfè&-problématique. Heureusement peur TAngleterre, ces deux conditions, Victoria les réalise. Son sceptre ne pèse pas, en vérité, fim que ne ferait une quenouille. Elle occupe, sans y bouger, cette niche suprême que le système constitutionnel a précisèment )K)ur objet de dérober aux convoitises et aux luttes de Tambition. Ne faisant rien, elle ôte i\ la fameuse maxime.: c La royauté ne peut mal faire j», ce que cette maxime parait avoir de monstrueusement oonventioAnel. En un uMtt, eUe gagne honnêtement son droit de régner à foroe de negMiverner pas.

Et, du reste, elle a les qualités requises pour le tout petit bout de rôle qu on lui donne h jouer en |)ublic. Elle lit comme personne les discours de la couronne, et les jonr«naux n'ont jamais manqué de remarquer combien sa prononciation est distincte, combien sa voix est claire, et quelle justesse il y a dans ses intonations. Que pourrait-on désirer de plus?

Ce n*est pas que le prince eonsert se résigne de si bùsuie grâce aux honneurs dun auguste far niente, J*ai déjà cité et mot d'un philosophe du dix-huitième siècle : c Ce qui dislingue rhomme du reste des animaux, c^est sa démangeaiMi perpétuelle de se mêler de ce qui ne le regarde pas. » A ce compte, le prince Albert comprend assez bien la dignité de rbonuue dans la création ; car tt qu'on lui reproche, ctsl

lA 1I6IKE |<M

ile se «éler vti peu trop de cJioses <pN m stml p«t de iai ressort, «i d'aspirer h être plus que le mari 4c h neiie, llaîs/coiiMMeesenipié(e»eMsd'Hiihiet)oe«Dt tiea derrièvt les ciratisses, en es imrie moins dsns ks gaietiea qn dans les salons, fi'siiteiirs, pourquoi ia reine scrait-elte respeih* tible ée ce qâi ne hri est peint persennel T Tout su pins se^ nât*nn en droit de h soupçonner d'un peu de tolérance; m i|M ne comprend qa'id la toiérsnce de la reine e^ expliquée fm la tenc^esse de réponse?

Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que b faïuille rojfSle est bien nombreuse, mémo pour un pays où la fécon** Àté des fcmmes^est un sujet d*orgueil national. Neuf princes fi princesses à pourvoir aux frais du trésor public, c'est beancoopt £t encore si Ton devait s'arrêter là! Mats qui ttk!

VoSà ce dont se préoccapcnt les bons bourgeois, diex nn peiplo îMater^f-fctets (pratique); et comme la libre Angio» teire a^ grâce a Dieu, son franc parier, je me MHiviens que, dans certainesélectioDS, on ne se fit pas scrupule d'interroger en maint endroit les candidats sur leur opinion relativement à Il dot que la galanterie du ministère allait demander au Bouveau parlement pour la fiancée du prince royal de Pnisse. Je vo«s dirai niéme en confidence que les dispositions du c Hoyal Mariage act » qni condamnent des membres de la famille royale à s'allier matrimoniaiement à des maisons aliemaudes exiréroement illustres, mais excessivement besogneuses, ne sont pas en général fort goûtées du publie payant, surtout lorsque approche le fameux quart d'heure. On préférerait m peu moins de noblesse et un pou pins d'argent.

Ceci vous donnera la mesure des vrais sentiments monardûqnes de nos Saxons. A les entendre^ ils ne so cootouteni

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pas d*adinettre le principe monarchique, ils en adorant la personnification. N'allez pas meltre en question leur loyalty, ce leur serait une mortelle offense. Avec quelle humble complaisance ils parient de Yarmée de ta reine^ du banc de la reine, de la paix de la reine ! Je ne sache rien qui A'ap^ partienne ici à la reine... sur le papier. Même le moi de liberté, nos Saxons trouvent une sorte de charme mvstérieux à ne le prononcer qu'en l'associant à une idée de sujétion, et ils diront la liberté du sujet, au lieu de la liberté tout court. C'est au point que lorsque, la reine étant sur son trône, ses ministres lui présentent le discours qu'elle aurt à lire devant ses fidèles Communes, ils ploient le genou k la lettre. Voilà qui est à merveille, n'est-ce pas? Mais attendez un peu! Ce qu'on prétend adorer dans le roi on la reine, ce n'est pas un homme ou une femme, c'est une statue animée. Cet étalage de respect, ces marques extérieures de vénération sans bornes, toute cette humble terminologie, ne sont que pour dérober à la royauté le sentiment de son impuissance. Au fond, ce qu'il y a en elle de vraiment populaire, c est sa neutralité.

Dire V armée de la reine^ le banc de la reine, la paix de la reine, la liberté du sujet, c'est un moyen économique de dédommager la royauté. La monarchie, en Angleterre, est une affaire tout comme une autre. Combien rapporte-t-elle? Combien coûte-t-elle? Balance des profits et perles.

Remarquez que je décris et ne m'ingère pas à censurer. Et même, s'il faut que je vous dise le fond de ma pensée, je ne trouve pas cette façon d'être monarchique dénuée de bon sens, quoiqu'elle puisse paraître manquer de poésie. Après tout, les Anglais seraient bien bons d'oublier un passé qui n'est que d'hier. Ils se rappellent — etquilesen blâmerait? — combien furent onéreux à la nation les dérèglements de

LA RKINE ie.%

George IV et du duc d'York, son frère; ils se rappellent ce que le payement de leurs énormes dettes imposa de sacrifices, et un penny-paper (journal à un sou) très-répandu à Londres ne craignit pas de réveiller, Tautre jour, le souvenir de George IV allant prendre ses vacances à Brighlon, avec mistress Fitzherbert, sa maîtresse, et là, obligé d'avoir recours, pour diner, à la générosité d'un domestique, tant ce premier des gentilshommes avait mis d'empressement à vider sa bourse, c'est-îi-dire celle du public! Encore ne s'en serait-il pas tenu h des emprunts^ probablement, s'il eût vécu à l'époque ou Shakspeare nous montre < le prince Rai — ensuite Henry V — courant, en compagnie de quelques vauriens, s'embusquer au détour des grandes routes et dévaliser les passants. » John Bull n'a donc pas si tort, en pareille matière et comme règle générale, de porter la main à ses poches.

En réalité, ce qu'il apprécie dans la reine, c'est le soin quelle prend de ne jamais sortir de son rôle conslitutioDoel; c'est son obéissance au principe qui limite son pouvoir; c'est son respect pour les institutions du pays. Voilà ce qui honore Texpression des sentiments que sa présence inspire. En la saluant quand elle passe, les Anglais la récompensent de sa soumission à la volonté du peuple, et oe se découvrent ainsi que devant la liberté.

lê$ LKTTRES Wm L*AÏ«GLETERRK

Wm « OvawfB^K^MM • (I;.

En constatant le caractère élevé et philosophique des hommages que les Anglais, eo général, rendent à la royauté, je n*ai pas prétendu dire que h forme de ces boaunages n*ait jamais rien de servile, au moins en apparence. Tai^ par exemple, quelque peine à coûcilier avec les mœurs d*uA peuple libre l'espèce de culte idolàlrique — je parle seulement de la forme — auquel donne lieu ce qu'on nomme m m Drawing-Room.

Est-il un seul homme parmi ceux qui n*ont pas d'équipage, auquel il ne soit arrivé, une fois dans sa vie, de fiùre queue à la porte d'un théâtre, im soir de représentation extraordinaire, sous Fimpressioii de quelque pompeuse an* noncii à la Barnum^ au milieu d*un paroxysme universel de curiosité? Malheur, trois fois malheur à qui se trouve enveloppé par b cohue expeitante! On lui écrase les orteils^ oa lui froisse les talons, on lui enfonce les côtes \ un doigt sorti de je ne sais où et appartenant à je ne sais qui lui entre tout à coup dans l'œil. S'il avait les bras pendants lorsque la boule de neige s'est formée soudain autour de lui, ses bras resteront collés à son corps sempiternellcuienl ; s'il avait par linsard les bras en Tair, le voilà condamné, pour un temps

(1 ; CeUe Uttre n^a pas été écrite \k Pépoque que semble indiquer la place que je lui ai donnée, ce que j'ai fait parce que, ne se rapportant k aucun fjit spécial et contenant des observations générales, elle u*avaitpas besoin d'être classée dans Tordre des dates. Cette remarque s'applique 2i toutes les lettres que le lecteur trouvera nou datées.

tK t DRAWING-BOOSI » 101

indéfini, aux Cartigues d'une altitnde de tablean rhrant, ce qui ne renpécfaera pasd'étre jeté demi-mort contre Tangle aigu de qndqie barrière inéritable, dès qne la boule humaine, au premier craquement de portes, se sera mise à rouler-

Êb bien, ces épreuves lerribles étaient précisément relies (pi'aiTaMit i subir, il n*y a pas iOngle»ps encore, pour savourer fes bonnears dn ZVatrtng-ffoom, non pas de robusiis plébéiens, non pas de jeunes liercules aux poignets de fer et aux coudes invincibles, mais de cbers anges tout roses» tout mignons, de frêles femmes parées de belles robes étnagement faciles à chiffonner, des créatures charmantes à h peau si délicate qu'on aurait peur de les embrasser, si ia peur n'était défendue quand un peu de hardiesse est permise. Qn*i] en coûtait, grand Dieu, pour être admis à passer devant une reine en faisant la révérence !

11 y avait d'abord à affronter, avant les périls d'un eutasseaient de personnes, ceux d*un entassement d'équipages. Or, vous figurez-vous le supplice d'une pudique jeune fille enprisonnée dans une voiture qui ne peut ni avancer ni recder; et cela, au milieu de la rue, entre deux rangées de arieux ^i.la dévorent du regard, h travers les portières, elle^ ses cheveux blonds, son teint blanc, les plumes d*autniebe dont sa coiffure se compose et le long voile qui se aooe avec des fleurs à sa nuque élégante? II est vrai que les matrones qui ne se recommandaient à Tattention des spectateurs que par la richesse de leur parure risquaient moius d'attirer les yeux ; mais c'est ce qui les fàcliait, elles.

Et que dire de la scène dn pied à terre et de l'entrée ? La Reine a son palais de Bnckingham, qui, s'il n'est pas trèsbeau, est du moins assez vaste pour que vous y teniez à Taise, foule dorée^ Mais non : la tradition, si chère aux An* ghb, veut que la solennité éoL Drmu>ing''Roimi ait pour

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théâtre le palais, le petit palais de Saint-James, et il n'y a pas à s'en dédire. La critique avait donc beau mettre en note que le rapide accroissement des fortunes, l'action ascendante des classes moyennes, les calculs de plus en plus raffinés de la politique avaient élargi le cercle des personnes appelées à la jouissance de certaines distinctions sociales.; elle avait beau prouver que le nombre des heureux et des heureuses de par le Drawing^Room ne pouvait être de nos jours ce qu'il était il y a cent ans : on semblait attendre, pour changer, qu'il y eût mort d'homme ou de femme ; alors on se- serait décidé, je le suppose, pour éviter les frais de brancard. Toujours est-il que les fatigues de la guerre n'étaient rien auprès de celles qu'infligeaient au sexe qui a le privilège aimable d'être faible, les détroits qu'il lui fallait franchir avant d'arriver devant la Reine pour la saluer ; car là se réduit toute l'affaire, si ce n'est en ce qui regarde les dames présentées, auxquelles revient de droit la douceur additionnelle de baiser la main de leur souveraine.

Sachez, de plus, que le salon où se lient la Reine, en celte grande occasion, est précédé de deux pièces, dont l'une est réservée au corps diplomatique, aux principaux dignitaires de l'État, aux ducs, la seconde n'étant que pour le commun des martyrs de l'aristocratie. Parvenues jusque-là tant bien que mal, les dames avaient à rester debout. Dieu sait pendant combien de temps ! Pas de fauteuils, pas de chaises, pas de bancs. Venait enfin le défilé devant la Reine, lequel, eu égard au nombre considérable des visiteurs privilégiés, nobility and gentry, se trouve avoir quelquefois duré jusqu'à quatre heures. De sorte qu'il y avait dévouement des deux côtés.

Cela fait, vous croyez peut-être que ces dames n'avaient plus qu'à se reposer sur leurs lauriers? Pas du tout. Elles

UN C DRAWlNG-aOOM » 1C9

étaient entrées au prix d'une lutte désespérée : c'était seulement au prix d*une lutte désespérée qu'elles réussissaient h sortir, ayant pour tout costume de combat une magnifique rube à queue. Jugez ! Et puis, la voiture de madame n'était pas là prête à la recevoir ; la voiture de madame était à son rang, dans la file, h une dislance impossible h apprécier. Les chevaux paraîtraient quand ils pourraient, et, en attendant, le mieux était de se résigner. Inutile d'ajouter que madame mourait de faim peut-être, et que très-certainement elle mourait de soif. Quoi ! la Reine n'a pas un verre d'eau à offrir, ce jour-la? Non : l'honneur de lui faire la révérence doit tenir lieu de tout à ses fidèles sujettes.

Je me hâte de reconnaître qu'il y a eu progrès en matière de Dratoing-Room comme en toute autre chose, du moins pour ce qui concerne le chapitre de la cohue, l'amour du confort ayant fini par l'emporter peu à peu sur la disposition i faire preuve d'un dévouement furieux.

Je vous fais grâce do la description des toilettes. A cet égard, le Morning Posl vous donnera, pour peu que cela vous intéresse, les détails les plus précis. Je me borne à vous prévenir, ce qui du reste va de soi, qu'aux yeux de la gçnt féminine, ce point est le point essentiel, ici comme ailleurs. Digne dédommagement de tant de peines! Le soir, ces dames vont d'ordinaire se montrer au spectacle. Le lendemain, elles éprouvent la joie ineffable de lire leurs noms dans le Times et le légitime orgueil de savoir que l'univers admirera la robe qu'elles ont portée. Les dépenses de toilette, vous le pensez bien, sont énormes ; mais le commerce ne s'en plaint pas. Au fond, le Drawing-Room est une héroïque exhibition de toilettes. C'est la monarchie mise à la disposition des marchandes de modes.

Puisque je vous parle des fatigues et des périls qu'a long-

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temps apportés an beav sexe, eu Angleterre, te grand j0«r , le Drawinff-Roomy je dois, en bistorien fidèle, eiter i Tappai de mes dires diraportantes antoritës. Justemenl f » sur ma table une collection du Ptinch, et dans n de ses plus spirituels numéros, je tronve une peinture des incoBvénienls du Drawing-Roam, qui est Traiment à fan frémir.

Le parais de Saint-James apparaît, défendu par diverses lignes de retranchements et toute sorte d'ouvrages avancés. L'impétueuse année des dames présentées ou à présentera déjà été lancée contre le palais. Elle en inonde les approches et bal a flots pressés les barrières que la prévoyance dp chambellan a cru devoir opposer à trop d'ardeur. A droite, dans un étroit espace, resserré entre les murs du palais et une barricade que les plus intrépides se trouvent avoir franchie, Tavant-garde de nos beautés suffoque et va, pourpen que cela dure, s'évanouir. Une lady énorme se glisse traîtreusement sous une des barres qui constituent le système de défense de la place assiégée, et développe, en cette position risquée, certains détails vulgaires d'embonpoint, dont la dignité aristocratique ne préserve pas toujours, hélas ! Au centre, une jeune miss, sa robe fièrement retroussée, saute par-dessus les retranehements, derrière lesquels s'oitasse une foule grossissante d'amazunes h demi éfeooflees. Le sol est jonché de plumes, d'éventails, de boucles d'oreAes^ de chaînes de montres, de rubans. Le dessinateur — tant de discrétion honore sa galanterie — n'a fait qu indiquer légèrement les coups de coude et autres moyens matériels dont ces dames ont di\ se sentir pour se frayer un chemin. Mais tout dissimuler, en fait de pugilat, était impossible : le tableau eut manqué de couleur locale. On aperçoit donc an milieu de la foule nne vieille duchesse à raine rébarbative

im m MUMieiGHtMMi 1 171

qày é*iin sm de Yoix fM*oii demie, s'éerie : « Eb ! ce K^est pas ma faute. C*est iady Whitechapel qui m*si ponssêèt »

Um Vélal d€» ehise» se* seâ consâdérnbleineiu amélioré, rtqneksjiiirsde J9rtmnf4t#iiitnesMeRfe]Ms tiosMurfris poiéM» »f€BtiiFc»air8&t tragiques^ j'ai evbtoyauréd'eo WfCiiir Mus Ift tahloa» craTiMuié par M. JVndk et décrit ptohatti »*eft r«9tepa8 moins, oomne éatment IiÎ5tDrique*à CMnlter. Je vm rappétte; ^-i un des assauts de b reine pat \» danes de la cour, les daafers de Tailtoqw aTnieol été si km prévus la TtiHo par kckajnbdi»n, qu'il avaîl imaginé lacoMiil éacUspoeerea awaat du palais des obstacles propres ï arrêter la marée nontante des assiégeantes. Mais que ne peut le désir é*aHer faire um révéreace?^ Om vit de jeunes Irlandaises sauter pardessus ces indignes retranchements aiec une viguev de jarret et une audace k rendre- un lonave jakMK. Tenlefois, cobhm il est rare qne^méme dans les plus teaies armées, il n'y ait pas par*cr par-U fp^lqaes poltrons, en eut à déplorer, en cette occasion, certains actes de faiblesse. On pul citer, par eaemple, «m beanté anglaise qui, l'wani affroBter les chances du saut périlleux, et ne voûtant pas, d*un anère côlé, rester en arrière, était arrivée an haut de Tobstarle en s'aidant des pieds et des mains. Tout à coup lie enlend à distance la rude voix d'un monsieur h casque M h pknnet, qui lui erie^ : « Le chaflai)elku> prie les teies de m paa franchir ks rctrandtements. » A ce cri terriAle, la pmvYce aouaone, eirajiée, léehe prise et se laisse tomber mire ks bras de son père, vieux soUat que la frandise des camps autorisait à <&re et qui dit : « Le diabk emporte k dttinbeUan l » A quoi Ton assure que toutes ces dames rè-

|ionsircii« . Minmn»

Le kndemain, M. PnnèA,. dans sa soUkîlude, s'empressait de publier la eircnlaire suivante, fue je: traduis ponr

ceux de vos lecteurs qui veulent avoir une idée du genre d* esprit des Anglais :

« Madame de Tournure, directrice du célèbre et fashipnable élablissement de Belgravia, lequel a pour but de coiih pléter Téducation des jeunes personnes appartenant aux classes supérieures de la société, est obligée par Turgence de la crise de recourir au procédé vulgaire de Tannonc^, pour faire savoir qu'elle vient de joindre à son établissement de Belgravia une académie où les dames admises à Thonneur de paraître devant leur auguste souveraine seront dressées à tous les exercices gymnastiques que le désir de jouir de cet honneur comporte. Les professeurs dont on a retenu les services s'engagent à mettre toute jeune personne qui voudra se soumettre au régime adopté, en état de bousculer avec le succès le mieux nourri des laquais chargés de défendre les abords du palais. Madame de Tournure a eu soin d*imiter daus son académie les arrangements de Saint-James; et les élèves apprendront Tari de pousser, d'être poussé, d'avancer à travers la foule, et d'arriver devant la reine dans un état de calme convenable. II y aura des murs que les jeunes personnes destinées au DraMoing-Room s'accoutumeront à franchir. Des matelas seront étendus sur le plancher, et les dames en train de s'exercer à la science du saut seront, de plus, entourées de gens en uniforme prêts à les recevoir dans leurs bras. Une manière de se servir du coude a été inventée et fera partie de Téducation. Pour familiariser les débutantes avec le langage et les façons de la multitude furieuse qu'elles auront à traverser, madame de Tournure a engagé un certain nombre d'acteurs et d'actrices qui figureront la foule, en costumes de généraux, d'évêques et de douairières. Permettre littéralement dans l'acadc^mie le langage dont on se sert aux alentours du palais serait peu décent; mais les ar-

UN c DHAWING-ROOM » 173

tistes engagés gronderont et tempêteront de manière à produire sur l'oreille, faute de mieux, l'effet désiré. 11 y aura des robes à mettre en lambeaux, et l'on fournira aux dames des bijoux à bon marché. Prix du cours, comprenant la gymnastique, le saut et tous les exlra : cinquante guinées. Chaque dame est priée de se munir d'un flacon de sel volatil et d'un morceau de taffetas d'Angleterre. »

Entre nous, je crois, que M. Punch exagérait un peu, .ceqiii est le privilège de son métier et de son esprit. Castigal ridendo.

Je vous parlais de progrès : entendons-nous.

Au temps jadis, l'étiquette était que les visiteuses se rangeassent en cercle autour des appartements et attendissent le souverain, qui passait devant elles, au lieu de les voir passer devant lui. Un tel mode de réception ne serait-il pas préférable sous tous les rapports? Cette immobile majesté eD présence de laquelle tant de têtes belles et Gères vont Time après Tautre, s'abaisser en silence, ne tient-elle pas trop d'une idole? Ce culte de la monarchie est païen; il cadre mal avec le bon sens d'un peuple qui demande à la royauté de faire le moins possible, lui sait gré de faire le moins possible, et la paye pour cela.

Uy aurait aussi beaucoup à dire sur le fonds de servilité orieniale que trahit la mode du Dratoing-Room^ sur les habitudes de luxe qu'elle encourage, sur le sentiment de valûté frivole qu'éveille ou entretient dans le cœur des femmes ie Faristocratie l'usage où est la presse anglaise de citer leurs noms dans ses colonnes, d'y étaler leurs titres, d'y décrire leurs toilettes. Mais voilà que je prêche sur un chemin semé de boucles d'oreilles, de nœuds de rubans et d'éventails. Je m'arrête, ne voulant pas me brouiller avec vos lectrices.

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7 ^cf temhre.

Une eatastroplie, e»eé< ém JéwaffllMi tliia.

Encore des tragédies ! laissez-moi vous les raconter^en quelques mots.

Brighton, comme vons savez, est au nombre des villes gaies et prospères de <e pays. Située au bord de la mer, qvi se montre là sous son plus imposant aspect, la ville ^6 Brighton lui fait vaillamment face sur une ligne il perte de vue. Jolies maisons, hôtels que Topulence recherche, boutiques étincelanies, rien n*y manque h la beauté du «t CHff»; et c'est mer> eille d*y voir galoper, dans Taprès-midi 4*811 beau jour d'automne, des régiments entiers de cavalerie (éttinine.

Comme tout ce qui est puissant ou charmant, BrightoM ai ses détracteurs. Les uns vous diront qn'au lieu d'y venir caresser une plage de sable fin, les flots s'y brisent sinr4es cailloux ; les autres, que la mer y est sans vaisseaux et la campagne sans arbres; ceux^i, que le «pavillon » bâti par George IV est une des hontes de Tarchitectore; ceux-lli... je ne me rappelle plus quoi. Telle dame de ma connaissance nr pardonnera pas à Brighton le luxe de toiletle qu'il faut déployer pour y vivre, comme si la toilette qu'il faut déployer n'était pas le péiié mignon des dames et leur tourment fin vori ! En général, ceux qui se piquent de goâts agrestes reprochent à Brighton de n'être, après tout, que Londreê bord de la mer. Voilà la grande accusation : Londres

UNE CATASTROPilE, £X££S Db DËCEXTRAUSATION 1*75

bord de la mer i Uais la ner le long 4e RegeDt street serajielle 40UC ehftse si fori à dédaigner?

En défit de tout, Brighton est une ville <le luxe, de plaisir, la ville à la mode. Elle se venge de ses détracteurs, en les attinnt eux-Biémes.OQ méditd'eUe tant qu*ott peut, et le moment leou d'y aller, on y va. C'est surtout daBS les niois doux et ternes qui conduisent de Télé h Thiver que Brighton resplendit, rayonoe et fait foriune. 11 faut voir de quelle aftluence de iaigoeurs, de baigneuses, d'oisife appartenant aux deux sexes, se grossit alors sa population! Les bétels regorgent de visiteurs; on est obligé de marcher, bourse en main, à l'assaut des appartemoBts à louer ; ou s*y dispute le plaisir <le mre.

Mais à cause de cela même, y passer deux mois, un mois, ipiiuze jours, n*est pas donné à tout le monde; et tout le ooode, à Londres, se sent, qu*il le confesse ou le nie, un faible pour Brighlou. La pauvre lady Morgan, quand elle vivait, faisait hautement profession de détester la mer, qu elle appelait un monstre monotone : ce n'est pas de la sorte ^'on en parld, je vous Tassure, dans le monde des commis de magasin, des boutiquiers du Strand , des femmes de cbambre en congé, et des nombreuses variétés de la classe itscockneys. Pour tout ce monde-là, une visite à Brighton est devenue, depuis Tiuvention des chemins de fer, une nécessité hebdomadaire. Cela fait taut de bien, d'échapper i i'air épais et à la fumée de Londres ! Brighton voit donc arriver, chaque dimandie, des nuées d'hôtes de passage, voyafleurs de troisième classe qui sont attendus le lendemain dans Lendres, ou un return ticket leur pej^meltra de revenir à |M de frais. Jusque-là, Brighton est à eur, à eux seuls; car -—ceci est ui trait de oKBurs que je vous recommande — la société fashioaable et même non fashionable de l'endroit ne

voudrait à aucun prix se montrer dans les rues le dimanche, si ce n*est pour aller à l'église, de peur d*étre confondue avec les recrues du cockneysme. Il n'est pas comme il faut, ce jour-là, à Brighton, de prendre Tair !

Mais les tragédies annoncées? — Hélas! monsieur, je désirerais bien n*avoir pas à vous en parler de sitôt. M*y voici.

La première s* est passée, il y a quelques jours à peine, sur le chemin de fer de Brighton à Londres. Un convoi, venant de Portsmouth, était parti de Brighton à huit heures cinq minutes du matin. Il arrive au tunnel de Clayton, $*y enfonce, et, ne trouvant pas d'obstacle, va droit son chemin. Mais voilà que, presque immédiatement après, un second convoi, parti de Brighton à huit heures quinze minutes, est aperçu de Thomme chargé des signaux. Celui-ci, effrayé, veut faire le signal d'arrêter, et, faute d'y réussir, déploie un drapeau rouge, indicatif du péril. Le conducteur du second convoi, qui avait atteint déjà l'entrée du tunnel, se met aussitôt, avec beaucoup de présence d'esprit, à manœuvrer de telle sorte que le convoi soit ramené en arrière. Mais, par suite de la première impulsion donnée, il devait arriver, et c'est ce qui eut lieu, que le mouvement de recul ne commençât que lorsque le convoi se trouvait déjà engagé dans le tunnel. L'homme des signaux l'ayant vu passer sans s'arrêter, s'imagine que le conducteur n'a pas aperçu le drapeau roûge, «t demande par télégraphe à son camarade, placé à l'autre extrémité du tunnel, si le passage est libre. Ce dernier, qui a vu sortir du tunnel le premier convoi, mais non le second, croit que c'est du premier seulement qu'il s'agit, et répond que le passage est libre. Sur ces entrefaites, paraît, s'avançant à grande vitesse, un troisième convoi, parti de Brighton à huit heures trente minutes, — celui-ci un train de plaisir !

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