‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 40 sur 169 · UNE LETTRE DE MISTRESS HARRIET BEECHER STOWE · texte numérisé non relu

UNE LETTRE DE MISTRESS HARRIET BEECHER STOWE

Cette politique a substitué une question de polémique h une question qui, partout ailleurs que dans les États du Sud, D'aurait eu qu'une solution possible, étant de celles que résout la conscience hunoaine; cette politique a dérouté les sympathies, amoindri la cause des États du Nord, tout en In couvrant d'un voile, et fourni à TÂngleterre le prétexte dont irait besoin son égoïste neutralité.

Je dis le prétexte r^v je suis forcé de l'avouer, et la vérité me Tordonne, l'altitude actuelle de l'Angleterre dans la question américaine prouve de reste que, selon le mot de Tocqueville, les Anglais possèdent la faculté de se persuader que, de deux causes en lutte, celle-là est la juste qui sert le Dieux leurs intérêts.

La consommation annuelle du colon en Angleterre peut être estimée à 2,400,000 balles. Sur ce chiffre, si Ton prend la moyenne des quatre dernières années, les Étals du Sud ne fournissent pas moins de 77 p. 100. Le nombre des personnes qui dépendent ici, pour leur pain de chaque jour, des manufactures de coton, est évalué à 4 millions, c'est-à-dire au sixième environ de toute la population de la Grande-Bretagne. Ce sont là des chiffres qui, dans ce paysci, dispensent terriblement les États du Sud de la nécessité <l*avoir raison !

Aussi, tant que le travail esclave, dans l'Amérique du Sod, n'a pas été directement et sérieusement menacé, les Anglais ont donné libre cours à leur philanthropie ; on les a efltendus tonner contre le maintien de l'esclavacre ; on les a entendus accuser sans ménagement ces institutions républicaines, dont c'était, disaient-ils, le chancre et la honte. Mais aujourd'hui que les pays producteurs de coton sont attaqués; aujourd'hui que le travail esclave risque de dispa-

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raitre, parFeffet d*uDe conflagration dont les suites ouvrenl carrière à toutes les conjectures et à toutes les craiotes, TAngleterre change de ton. Elle a tout à coup découvert que les États du Nord d'Amérique défendent leurs produits pai un tarif dont ils doivent compte à la civilisation indignée; elle a découvert que les États du Sud, bien qu'ils aient aussi élevé la barrière des tarifs, cl cela depuis le commencemem (le la guerre, ont néanmoins un penchant décidé pour le libre échange et méritent conséquemment que le génie di la liberté veille sur eux.

Le culte du libre échange est 1res- respectable sans doute, mais il l'est surtout parce qu'il tend h mettie les commodités de la vie un peu plus à la portée du grand nombre, d( ce grand nombre qui travaille et qui souffre. Qu'ajoutera \( libre échange au bien-être des quatre millions de nègres qui peuplent les États du Sud? Rien ; et c'est à quoi devraieni songer ces fiers adversaires de l'esclavage, qui sont si prompts à s'accommoder de son existence, pourvu que U libre échange ajoute quelque chose au bien-être des trois cent millo blancs, épars dans la Caroline du Sud.

Au reste, ceux qui ont vécu parmi les planteurs et qui lei connaissent savent à mer\'eille que le libre échange est h moindre de leurs préoccupations. Il est même diflicile d( concevoir comment, dans le cas d'une séparation définitive, les Étals du Sud vivraient avec le libre échange. Pour s( soutenir en face du Nord, ne leur faudrait-il pas un gouver nemenl bien approvisionné? Ne leur faudrait-il pas une armé permanente? ne leur faudrait-il pas un trésor toujours disponible? Et d'où tireraient-ils le revenu que tout cela réclaaie' L.'impôt direct est une chose absolument odieuse au planteur, et la collection d'un pareil impôt est regardée par le hommes qui ont habité ces contrées comme à peu près im<

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possible. Il y aurait donc, sek>D toute apparence, h recourir aux douanes, du moins comme moyen fiscal.

Une autre conséquence de la séparation, c'est l'extension iércée que recevrait Tesclavage, lequel ne peut subsister qu'à bcoiMlition d'élargir continuellement son domaine. Le travail esclave, eu effet, épuise le sol dans un temps donné ; et delà vient que le grand marché des esclaves aujourd'hui en Amérique est la Virginie. Faute de les pouvoir employer fructueusement, la Virginie les exporte. L'Angleterre, qui a tant fait pour l'abolition de l'esclavage dans le monde, en serait-elle venue h prendre d'avance son parti des conquêtes fiitiires de l'esclavage? Persuadons-nous qu'il n'en est rien, pour son honneur, et de peur de manquer de respect h son génie!

Quant h imaginer que les États du Sud sont bien résolus à se passer de la traita, il serait puéril de compter là-dessus. Quand on a eu le malheur d'être en compromis avec un Mifais principe, on se ment à soi-même en se promettant 9*il ne produira pas tout ce qu'il renferme!

Le sujet que la lettre de mislress Slowe m'a conduit i aborder exigerait de longs développements ; mais voici que je suis tenu en échec par mon ennemi ordinaire, le défaut d'espace. C'est pourtant un spectacle digne d'arrêter longtenps les regards, que celui que présente en ce moment rAmérique. Comme ils expient cruellement leur désobéisaance à toutes les lois divines et humaines, ceux qui ont vécu du principe de l'esclavage, et ceux qui ont pactisé avec Ini! Que de>maux sont sortis déjà et sortiront encore de celte source empestée ! Comme si ce n'était pas assez des horiiurs de cette guerre fratricide, voilà que chaque courrier BOUS apporte le récit de quelque attentat nouveau contre la liberté, sacrifiée^ ainsi que c'est l'usage, h ces empor-

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lemenls de l'heure présente qu'on décore du nom de nécessités politiques. Les blancs menacés de perdre leur liberté pour avoir maintenu ou toléré la servitude des noirs ! Quelle leçon ! Ah ! les sceptiques ont beau dire, il est une Némésis pour les individus, et il en est une aussi pour les nations. Malheur à celles qui l'ignorent, ou qui l'oublient !

21 septembrç.

L'EBftuit dM pauvre.

Vous souvient-il de ce que vit don Cléoras Ferez Zaïff^ bullo, lorsque, après avoir délivré Asmodée de la petite prison de verre où le magicien Tavait renfermé, il fut transporté parle diable boiteux, reconuaissant, au sommet du monument le plus élevé de Madrid ?

« Heureux jeune homme! ai-je entendu dire à des lecteurs de le Sage. Que n'avons-nous, comme lui, à notre service, quelque bon diable de diable boiteux pour nous transporter au haut des tours de Notre-Dame de Paris, ou sur le faite de Saint-Paul h Londres ! Que de jolies choses nous verrions dans l'intérieur des maisons , tout à coup livrées h nos regards par Tenlèvement magique de leurs toits ! Quelle heni>e amusante à passer 1 » «I

Pour moi, je ne serais pas loin de partager cette opinion, si j'étais bien sûr de n'avoir h contempler d'autres scènes

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d'intérieur que celle de la coquette surannée rangeant sur sa table de toilette ses cheveux et ses dents; ou celle de Tamant sexagénaire se faisant ôter par son valet de chambre, avant de se mettre au lit, un œil et une jambç; ou bien encore, celle de la beauté h la mode serrant ses charmes dans son tiroir, et soupirant au cruel souvenir de ce qui arriva, Tautre jour, à ces charmes mal attachés, en pleine église et au beau milieu du sermon.

Tout cela est en effet ravissant à voir — quoique bien triste au fond ! Mais n'aurait-il à voir que cela, le Zambullo de nos joMrs? Car enfin, dans plusieurs de cos maisons, grandes et peliles, que protègent contre les curieux des murs épais et des toits difficiles à enlever, il y a, je le crains, k côté de la sottise, le vice, et à côté des travers qui font rire, les crimes qui fout horreur.

La presse, même là où nul magicien n*a pouvoir de renfermer dans la fiole d*où don Cléofas, en In brisant, fit arlif Asmodée; la presse est loin de valoir ce dernier : tout cei|Q'elle sait faire, c'est de se glisser, sur les pas de la polit^, dans certains lieux désignés au soupçon par le hasard, d'y ouvrir portes et fenêtres, d'y appeler le public et de lui dire : c Par ce qui se passe ici, jugez de ce qui se passe en beaucoup d'autres endroits, sans qu'on le sache, et sans qu'il y ait chance qu'on le découvre ! »

N'importe, ces révélations, bien que partielles et accidentelles, ont leur prix; elles ont leur portée; elles fournissent J l'observateur le moyen de connaître h peu près, par voie d'induction, la société qui l'entoure; elles justifient le misanthrope de son penchant à croire que nous ne vivons pas, après tout, dans le meilleur des mondes possibles.

Pardonnez-moi ce long exorde : j'arrive à ce qui me Ta iospjré.

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Samedi dernier, un vovai^eur se préseniait^ pour y looei un appartement , dans une maison située « Trinity M|uare, Southwark ». Cet homme praissait avoir une trentaine d'années. Ses manières étaient celles «pie donne Fhabitude di grand monde. Du reste, rien en lui de remarquable, saui des moustaches et des favoris qu*un œil exerce eût peut-étn tenus pour susi>ecLs. A peine installé, il dit en confidcuoe i la maîtresse du logis qu'il venait de Bruxelles; que sa feoiiiM avait quitté cette ville avant lui; qu*il n*était pas, depuis quelque temps, en bons termes avec elle prce qu'elle s*étail laissé empoisonner Tesprit par d'injustes discours; qu*on les avait séparés ainsi Tim de l'autre, mais qu'il brûlait d'eo venir à un rapproi'Jieuieiit. En conséquence, il priait la c laudlady » de voir si elle ne pourrait pas lui procurer une entrevue avec sa feniujc, sachant, dit-il, qu'elle était descendue à quelques pas de là. dans une maison qu'il désigna. La dame promit ses bons oHices, se rendit à la maison io* dicpiée, et fut informée du moment où la femme du voyageur, alors absente, rentrerait. A l'heure dite, le voyageur souoe, il est admis; mais voilà que, conmie il était en train de jeter dans son chapeau sa moustache fausse et ses faux favoris, un ins|)ecteur de police, (pi'on nvaii lait avertir dans Tintervalle, parait soudain et rariéte.

Poun|Uoi ? Voici l'histoire :

Le voyafçeur en questi<m se trouve être M. Richard Guinness Uili, membre d'une des familles les plus anciennes et les plus Oonsiilérables d'Irlande, parent d'un célèbre brasseur (1.^ IMihiin, et mari de la petite-lille de sir Francis Burdett.

An conim: ncenïont de i8o9, les deii\ éjioux quittaient Dublin, maiiauie Hill, ([iii était alors enceinle, aya: t témoigné ie ùe^ii' (l'a' coucher à Londres IN av.iirut .liie.nl R'ibby,

L*RIfFANT BU FAITHE MG

lorsque la dame est avertie par ses souffrances de Timpossibilité de continuer le voyage. On la porte dans nue p^ite Utreme, à un mille de la station, et c*est là qu'elle accoiiebe. Quant au m.iri, sans perdre de temps, il court chez le foiic*tioonaire chargé, à Rugby, de tenir le registre des nai^ sances, et fait enregistrer son enfant... sous de faux noms. Ce D*est pas tout : une semaine après la naissance de reniant, il engage la mère à le mettre es nourrice, l'j déter- ■ine, et,, dans ce but, se rend h Londres. Or, par un joui* de iikiie, il passait daos^c Wtndinitl street, Haymarket », ioisipi*!! aperçut une mendiante qui tenait un enfant dans ses bras, pendant qii*un autre était à côté d'elle dans le nnsseau. U approche d'un pas furtif, glisse un shelling dans b main de la memliahte, passe, repasse devant elle, et enfin l'attire par un signe dans la partie la plus obscure de la me. li : c ¥onlez-Toiis, dit-il, vous charger d'un enfant? Il ne sera pas nécessaire que vous le traitiez comme tous apparleiant, et vuiL<y pourrez disposer de lui, en le plaçant soit éaK m workhouse^ soit danssn asile. » La pauvresse dtv ■anda du temps [iMir consulter une amie, promettant de m* trouver à la même place dans la soirée du lendemain. De part et d'autre on fut (idèle au rendez-vous; et, cette fois, la vieille femme reçut l'offre de 16 livres sterling pour le cas ai elle consentirait à prendre 1 enfant. L'offre est acceptée ; un nouveau rendez-vous est fixé au vendredi suivant, et l'on se sépare.

Ces faits instituent le premier acte du drame, tels du moins qu'ils résultent du léuioignage ultérieur de la mendiante, corroboré par nombre d'indices.

Cependant le mari mande à sa feiiniic que tout est pour le mieux, (pi'il a fait des arrangements dont elle sera sati.sfaite, etqu\'ile n a plus qu'a lui euvoyer l'entant à Lonilres, par

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un Irain qu'il spécifie. L'enfant n'était âgé que de dix jours. Il fut enveloppé dans un châle, confié à une petite fille de quatorze ans, et, sans plus de retard , envoyé au père, qui l'attendait à la station , et qui, en présence de la petite fille, le remit à deux femmes, ivres toutes les deux, d'après le témoignage de celle-ci.

Pour la mendiante, quel était le prix du marché ? On Ta vu : 16 livres sterling. Et pour l'autre partie contractante? L'espoir, à ce qu'il parait, d'un revenu annuel de 14,000 livres sterling, dans le cas où sa femme serait morte sans enfants !

Voilà comment il se fait que, quelquefois, les, deux extrémités de la société se rejoignent. Pour les vices d'en haut, la misère d'en bas est un complice tout trouvé. Faute de mieux, le crime est là qui rapproche les distances ! Dans l'occasion dont il s'agit, la mendiante se sentait si bien fondée à traiter avec l'homme riche sur un pied d'égalité, qu'elle exigea impérieusement et obtint la remise du chàle dans lequel Tenfant avait été enveloppé. Et pourtant, la mère, qui attachait k ce chàle un prix d'affection, avait bien recommandé qu'on le lui rapportât. Mais il est des vices dont il n'est pas facile de mareliander le salaire. Le châle de madame fut donc abandonné à la mendiante : circonstance qui devait servir plus tard à éclaircir tout ce mystère.

Richard Guinness Hill étant retourné auprès de sa femme avec Catherine Parsons, la jeune fille qui avait reçu la charge de l'enfant, celle-ci ne cacha point à la mère qu'on l'avait remis en de fort mauvaises mains; mais M. Hill affirma le contraire, et tout fut dit.

Un mois, deux mois, six mois, un an, deux ans, deux ans et demi se passèrent. Qu'était devenu Tenfant? A cette question, que madame Hill ne manqua pas, comme on pense bien, d'adresser à son mari, lui ne pouvait faire et ne fit que

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des réponses évasives : — D*al)ord l'enfant se portait bien, et il n'y avait pas à s'en inquiélêr; — puis, il se trouva être mort; puis — la production de l'acte de décès étant exigée —il se trouva avoir été envoyé en Australie. La mère avait conçu d'étranges doutes... Et, franchement, on s'étonnerait i moins! Il y eut entre les deux époux une violente querelle, suivie d'une rupture absolue.

Peu après, madame Hill avait recours à un solicitor, leqnel, à son tour, eut recours à la police. D'activés recherches furtîDt commencées; des affiches, mises dans tous les quartiers impurs de Londres, promirent 20 livres sterling de récompense à qui trouverait le fil conducteur. 20 livres sterfing sont aux yeux des blêmes habitants de Saint-Giles les mines de Golconde. On ne tarda pas a obtenir les rcnseigneiDeots désirés.

Il y a dans Londres , cette ville qui regorge de richesses et où des palais remplis de trésors s'étendent sur une surface de plusieurs Heues, d'affreux repaires, des repaires sans nom, habités par des âmes cadavéreuses dans des corps hideux, des repaires tels qu'il n'en existe de semblables sur SQcun point du globe... Ici , pour qu'on ne m'accuse point d'exagération, je laisse la parole à l'auteur d'un rapport qui > bit le tour des journaux anglais :

«M. Bretl, l'agent de police chargé des investigations, >près avoir visité tous les coins et recoins de Saint-Gîles, arriva dans une sale petite allée nommée « Lincoln's court, l^rurv-Lane ». La il découvrit la demeure de la femme Andrews — nom de la mendiante. C'était une petite chambre située au second étage. Dans un coin gisait un moribond, presque entièrement nu. Des femmes, littéralement couvertes de lambeaux, se tenaient accroupies sur le parquet. L'aspect de ce lieu était effroyable , et il s'en exhalait une puanteur

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impossible à supporter. Un des habitants de rhorrible verue était Thériiier de i-i^OOO livres sterling de rentes. H avait un haillon autour du cor))s et était rongé de vermine. Ses pieds nus étaient tout meurtris; et sa tête, son corps, portaient les traces non équivoques de l'abandon et des mauvais traitements. De la base au faite, la maison paraissait occupée par des prostituées et des mendiants. Ce fut Targent à la main, et seulemeut par ce lEoyen, que Tagent de police parvint à emporter Tenfant à travers la foule en guenilles qui obstruait toutes les issues. »

Si cette description est exacte , j*en fais à la civilisation mon bien si ncère compliment !

Les déclarations, très-nettes, très-précises, parfaitement concordantes, de la femme Andrews; la découverte du chiUe, qu'elle avait mis en gage et qui fut retiré; celle d une boite où Ton avait entassé le linge de Tenfaut lorsqu'on i'avait envoyé à Londres, tout concordait à établir l'identité. L'enfant a donc été rendu à sa mère, et le père placé sous le coup d'un mandat d'arrêt.

Il était alors à Bruxelles, cherchant à se rapprocher de sa femme, qui y était ausé^i. Pour l'attirer hors d'une contrée où sa liberté ne courait aucun risque, la police a employé iia stratagème dont le succès a bien vite prouvé refticacilé.- Elle a obtenu que madame Hill vint i Londres, pensant que son mari l'y suivrait. C*est ce qu il a fait, dans l'espoir d'écliapper aux poursuites, à l'aide d'un déguisement. Je vous ai dit le reste.

Vous aurez sans doute , monsieur, noté dans ce récit des points singulièrement obscurs. Comment expliquer, par exemple, qu'une femme de haut rang, une femme richei consente à envoyer »on enfant en nourrice, au lieu d'appeler une nourrice auprès d'elle, si elle en veut une? Et commeoi

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expliquer cpie, pendant deux longues, deux mortelles anlées, une inëre souffre qu'en h tienne en suspens sur le sort de l'être qui doit tenir la première place dans les inquiétudes de son cœur ni y a évidemment derrière les détails livrés ao public d'autres détails qui ne sont pas encore connus, et fie, peut-être, le procès révélera.

Dans le compte rendu- qui a servi de point de départ à tous les commentaires,. en fournissant matière a toutes les cou- TersalioDs, je remarque celte pbrase : < Il est bien satisfaisttt d'apprendre que l'bériiier d'une fortune représentée par ni revenu annuel de 14,000 livres sterling reprendra dans b société la place qui lui appartient. »

Je n'y contredis point, à Dieurne plaise! Mais;, faut-il (|ue je l'avoue? je voudrais qu'en Angleterre la sollicitude qu'éveille !'« nfant du riche s'étendit un peu a l'enfant du pauvre. Et,mallieureusemeut, les tendances, les préjugés, les habitudes de ce pays ne sont pas, sur ce point, sans donner prise i la critique.

Pas plus tard qu'hier, dans un article signé « Put>liri)la », pseudonyme qui cache le nom d'un ministre unitairieu bien ^onu dans les annales de la presse et du parlement, je lisais nue très-éloquente et très-amère dénonciation du peu de respect qu'on a ici pour les droits de V enfant^ dans un sièile oil'on s'est tant occupé des JroW« deVKomme et des Jrotia ^ \q femme. Au premier rang de ces droits de l'enfant, Publicola met avec raison < l'éducation », et, partant de là, il demande s'il est équitable que h société traite comme des ôtoyens tout k fait responsables de leurs acies de mallieureuses petites créatures que cette même société laisse croupir dans une noire ignorance , sans qu'ils aient jamais pu mir la moindre notion de leurs devoirs. Les gens de loi ^'eavont répétant avec beaucoup d'emphase : De mdnimis

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non curât lex. Est-ce vrai? Eh ! mon Dieu, non; ce qui est vrai, c'est presque le contraire. Pour le prouver, Publicola cite, entre autres exemples tout récents^ celui d'une petite filte (le neirf ans condamnée à payer une amende comparativement considérable, ou, faute de payement, à passer trois semaines dans la prison de Herford, pour s'être appropriée en grains d*orge une valeur de deux sous; — celui d'un petit garçon emprisonné pendant sept jours pour n'avoir pas payé 8 sh. 6 d., après avoir commis le crime dont Eve ne se put défendre, et n'avoir pas résisté h la tentation de prendre quelques pommes que l'arbre du chemin semblait lui offrir; — et enfin celui d'une pauvre femme condamnée à une seniaine de « hard labour » (travail rude), parce que, obligée de faire à pied le chemin de Londres à Rochester, en traînant après elle son enfant, à peine âgé de six ans, et affamé, elle avait ramassé pour lui, sur le bord de la route, quatre navets à demi mangés par les vers.

Nul doute que, dans tous ces cas, la loi du mt>fi et du tien n'ait été violée, et notre ministre unitairien n'a garde de trouver mauvais qu'on veille à ce qu'elle soit observée stric^ tement. Mais ce qui l'indigne, c'est que la peine soit si disproportionnée à l'offense ; c'est que, quand il s'agit de juger l'enfant du pauvre, on ne tienne compte d'aucune des circonstances atténuantes que présentent le défaut de toute éducation, l'ignorance de toutes choses, l'abrutissement de la misère et les tentations de la faim.

Il y a huit jours, je traversais Kensington-Gardens. Tout à coup j'entends des cris perçants. Je cours vers le lieu d'où ils partaient, et j'aperçois un des gardiens qui, armé d'une grosse canne, en frappait à coups redoublés un petit enfant couvert de guenilles. Le crime du malheureux était-il de s'être aventuré , sous l'uniforme de l'extrême misère , dans

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