‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 42 sur 169 · LE LORD MAIRE · texte numérisé non relu

LE LORD MAIRE

didats pour rordination parmi ceux qui possèdent un bel organe : il faul qu'il les trouve parmi ceux qui ont un cœur capable d'émotion.

La voix ne porte qu à une condition : c'est de venir du fond des entrailles.

3 octobre.

Le lord maire.

Le feu est h la Cité de Londres!... Mais rassurez-vous, monsieur, je parle au figuré, et je veux dire tout bonnement <lQe l'élection du lord maire est, en ce moment, pour les titerymen de la-bas, le sujet d'un conflit très-animé.

Vous n'ignorez pas, je suppose, que la Cité de Londres --laquelle n'est plus aujourd'hui qu'une petite partie de Londres — se divise en vingt-cinq quartiers appelés icards, et que chacun de ces wards est placé sous la juridiction d*iin alderman. Les vingt-cinq aldermen forment comme <iui dirait la Chambre des lords de la Cité ; les deux cent <i<urante-six common-^ouncilmen qui complètent le conseil inunicipal correspondant assez bien à une Chambre des ^Qimunes.

Quand l'heure sonne pour Télection annuelle du lord ^re, que se passe-t-il? Les liverymen^ ou, en d'autres ^nnes, la portion quintessenciée des freemen de la Cité,

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oir, si vous vonies mue a«tre varbnte^ les arîstiKratafi ie cfraque cerp& de métier, se Faeseniblent dans ('Mnfiwn-^faff^ et là ils élisent doux aldermen^ dont Tiin, en f^énérat le plus vicinc, est ensuite désigné par la cour àe^^ aldermen^ et devient toutii coup, de monsieur mon épicier ((Q'il était hier,

un MY LORD.

Voilà le mécanisme de la chose, et c'est ce mécanisme qui est en action au moment où je vous parle.

En France, nous nous imaginons que le lord maire est un grandissime personnage, un Jupiter Tonnant de la Cité. C'est une de nos erreurs, et je ne connais en Angleterre qu'un homme qui la partage : le lord maire lui-même. Demandez donc h un négociant considérable, h un banquier de première ligne, de se laisser faire lord maire, et vous verrez quel accueil vous recevrez de son orgueil offensé ! On laisse cela au menu fretin de la gcnt boutiquière.

D'autant que le;^ qualités intellectuelles et sociales reqoûes dans un loi*d maire ne sont pas d'un ordre bien éleré. On n'exige de sa seigneurie ni l'intelligence d'un William PHt^ ni Télégance raflinée d'un Brummell, ni la prestance d^un George IV. 11 peut i>ortcr son costume oftieieU si bon lui semble, à la facnn d'un suisse de paroisse*, et parler français comme l'aldennaiï Wood, dont les méchantes langues disent que, lors de sa visite aux Parisiens, il écrivit sur ses certes de visite, comme traduction irréprochable des mots The loi» lord mayor^ celte phrase effrayante pour qui croit aox revenants : Feu le lord maire.

Ordinairement l'élection du lord- marre a liev d'une manière assez paisible; mais, cotte fois, ce n'est point te cas. Les amis &s titulaire actuel, M. Gubitt, gros enlreprcnenr de bâtiment, se sent groupés autour de lui, bien décidés à le faîfe réélire, ce qui n'est pas très-confonve à

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Tiisage; delear côté, les amis de sir Henry Miiggeridge sont furieux de ce qu*ils regardent comme un passe-droit, une injustice, un affront, (|ue sais-je ? attendu que \e\a }>rotég<^ se trouvait natureHement appelé à devenir lord maire par la position de séniorité -qu'il occupe parmi les aldernen; enfin oe voilà-t-il pas que, pour mieux envenimer ou embroniUer la querelle, certains agitateurs de la Cité ont pris sur eux de riBger au nombre des candidats sir Peler Laurie, qui refuse, qui tempête, qui proteste contre l'usurpation de son nom, qui ne veut pas absolument qu*on le nomme lord maire, et <{ui a quelque chance d*étre nommé malgré lui !

Pour vous expliquer Timportance toute particulière que peut avoir la réélection de M. Cubitt, aux yeux de H. Cubitt lui-même, je dois vous dire que, s'il triomphe, il y gagnera d*étre créé baronnet, le prince de Galles étant au moment d'atteindre sa majorité. A parler franchement, on ne voit pas bien pourquoi le lord maire serait nécessairement jugé <^ d*6tre noble parce que Thériiier présomptif de la couronne devient majeur; mais la logique anglo-saxonne a <les mystères que je ne me pique pas de pouvoir pénétrer.

Quant aux amis de H. Cubitt, qui, eux, en tout cas, ne seroBt pas créés baronnets pour Tavoir élu, d*où vient leur acharnement, et comment sa fail-il que, jusqu'ici du moins, — car le résultat définitif ne sera connu que samedi, — ils aient vu pencher de leur côté la balance des votes? La solotion de ce problème se lie, je crois, à la question de savoir en quoi coosisteot les véritables fonctions du lord aaire.

Or donc, le lord maire préside la réunion des aïdermen ;

Il est Time des séances du Common-4!ouncU et des asscnblées qui se tieRoeat dans le Common-Uall;

njuge;

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Il est le conservateur de ce fleuve magnifique et infect qui a nom la Tamise ;

Il est amiral du port de Londres ;

Il marche a la tête de la milice municipale ;

Il est le contrôleur par excellence des marchés;

Il est le jaugeur de la Cité par excellence, etc., etc.

Mais ses fonctions véritables sont-elles bien celles-là?

Non, monsieur. Le lord maire a charge de donner d'immenses dîners où Ton dévore des bassins de soupe h la tortue et où Ton boit, sous forme de vins de Champagne, une partie de la taxe dont sont frappés les charbons. Et remarquez bien que tous les hommes sont égaux devant ses dinors. Ce n^est pas parce qu'elle attend demain à sa table le premier lord de la trésorerie, que sa seigneurie fera faire maigre chère aujourd'hui à Smith, le chapelier du coin : non, morbleu ! L'hospitaUté du lord maire est tenue d*étre aussi libérale envers les habitants de Threadneedle qu'envers ceux de Belgravia. Sa popularité repose sur l'appétit des gourmands de toute condition, dont il est Tamplutryon solennel, officiel et sempiternel. Le caractère de ses devoirs est par essence pantagruélique. Le lord maire a été inventé pour réaliser la conception de Rabelais. Sa gestion est une indif^estion.

Cela est si vrai que, dans la cérémonie du couronnement, le lord maire agit en qualité de principal sonmielier, chief huiler, et que son salaire, en cette circonstance, est une coupe d'or! Ces usages symboliques parlent d'eux-mêmes.

Aussi faut-il passer par la dignité d'aldcrman pour arriver il celle de lord maire. Et qu'est-ce qu'un alderman, je vous prie, sinon un descendant en ligne directe de Falstaff, de ce Falstaff qui était ioo large in ihe girlh lo run — trop bien doué du côté de la taille pour courir? Voilh, du

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