‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 43 sur 169 · LE LORD MAIRE 21T · texte numérisé non relu

LE LORD MAIRE 21T

moins, sous quelle forme ralderman se présente k Timagination du peuple ; d*6Ù le mot si connu de lurtle fed alderman — alderman nourri de soupe à la tortue.

Mais quel rapport, me direz-vous, tout cela peut-il avoir avec la réélection de M. Cubitt? Ah! voici.

Les partisans du lord maire actuel assurent que, pendant le cours de $on règne d*un an, etpoui* maintenir Thonneur de f Mansion-House i», il a dépensé de sa poche, en sus de ce qui est alloué à sa majesté gastronomique sur les fonds de la Cité, une somme de près de 5,000 livres sterling (125 mille francs), et ils font espérer que, s*il est réélu, il dépensera le double.

Maintenant voulez-vous savoir h quel chiffre s'élève l'allocation si galamment dépassée par M. Cubitt? A 6,422 livres sterling 8^ shelling 4 pence (on ne néglige pas les fractions en Angleterre).

M. Cubitt, comme vous voyez, fait bien les choses, et le parti tory, auquel il appartient, ne saurait avoir, à c MansioD-House », un plus digue représentant.

Ajoutons, pour être juste, que les opinions très-décidément conservatrices de M. Cubitt ne l'empochent pas de traiter d'une façon royale, quand Toccasion se présente, même les célébrités du libéralisme; et il n'y a pas encore longtemps qu'il donnait a M. Cobden un banquet dont lord Derby se serait contenté. Voilà bien des titres!

Il est vrai, d'un autre côté, que son concurrent, sir Henri Muggeridge, chevalier et marchand de farines, a pour lui ce droit de < senior alderman i> qu'on a respecté de temps immémorial ; mais il a contre lui son nom, qui, en anglais, prête à toutes sortes de mauvais calembours. Les beaux esprits de la Cité assurent que c'est là un empêchement grave.

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Tel est Tétat de la question.

PardoDDéz-moi, monsieur, de Tavoir pris sur un ton léger. Mais comment parler, sans que le sourire vous vienne aux lèvres, de la corporation de Londres, avec ses privilèges surannés, et de la royauté locale du lord maire, avec son cortège grotesque d'officiers d*un autre temps : aidermen, councilmen^ sheriffs^ recorder, Chamberlain, tawu derk, common-serjeanty ciéy-marshal, $u>ordrbearer,t\tJt

C*est de Thistoire, dira-t-on ; soit, mais de Tbistoire terriblement ancienne. Vous figurez-vous, par exemple, l'existence en plein dix-neuvième siècle d'une tradition féodale qui mbordonnc le droit de gagner son pain dans Tenceinte de la Cité à la condition de freeman, et qui, d'autre part, ne reconnaît comme freeman que celui qui est tel par hérédité^ ou par apprentissage, ou par octroi des autorités du lieu; si bien que, lorsqu'on n'est pas freeman d'une de ces trois manières, on est a étranger^ un élranger! Quel bonheur pour 6. A. R. le duc de Cambridge qu'il ait reçu de la munificence municipale, il y a quatre ans, ce qu'on appelle fretéom ef the City ! Sans cela, Dieu me pardonne ! il ne pourrait pas ouvrir au delà de « Temple-Bar » une boutique de tailleur.

Parlons sérieusement : la constitution de la Cité de Londres a pu rendre et a rendu, je n'en doute pas, d'ntiles services quand il s'agissait de tenir léle aux agents fiscaux de Henry VII, ou ûv défendre la liberté contre les courli^nsde Charles 1*^; tuais c'est du plus loin qu*il nous lh\ souvienne. Aujourd'bui, je m'assure que les lil^rtés anglaises seraient faiblement protégées par ladite corporation contre deux bataillons de soldats armés de carabines à la Miuié, eûl-eUe d'ailleurs à sa disposition toutes les piques et toutes les arquebuses que renferme la Tour de Londres.

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Bitt lie fèiBisdicirie qu'iuie ÎAsIiUilian gui demeura iova- Il KhI ju lemps «ù la Cité éuil Londres^ mais iiiyûur-

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Le LMidres de nos joins oouare une superficie de plus ile 18,000 acres, tandis que la Cité couvre use siyperficie jie 722 acre6;floul6ineBL

Leiioadresde «os jours oofident u&e population quijppicke TâpiàeÊUUd -au chiffre énonne de â lfiilliol)i^ tandis fie là Cité ne OMlieBt ^uèr^ que i»0,e01) au 1 35,000 Jiabitetfi.

Le Londjnes de nos jours se compose de plus de 310,000 ttiifioas, tandis ^ue la Cité eu compte uioios de 15,000. ûie repiséseute doncia Cité 4e Londres daifê Londres? Eteepeedant rion de tel ^ue robsliuatioa ^vec laquelle les défeoseurjs d*ui>e iustitutiou trois fois caduque la dlspu- UiitMX ODKahissôurs de r.esprit de réforjxàe. A les entendre, attaquer la juridiction du lord maire, c'est porter la main ^Tarche sainte du gouvernement municipal^ comme s*i j avak quelque cbose de commun eatre le .gouvernoment ttufiicipal et une petite oligarchie retranchée dans ses préteatiotts ^iasi que dans une forteresse inabordable] Iiiabordabieicst biefl le mei; car autauX la coi;poration de Londres estdi^Kusée à mettre les gens dafis la confidence de ses imffiuitk^ et de ses privilèges, autaui elle apporte de so'm à lenr dérober la c(mnaissauce des obligations qui «orrespondent à ces immuuités et des devoirs pour rdccomj)lissemeDt deifiiels on Jui accorda jadis ces privilèges. Elle a ses archives .secrètes, au&qvelles le prolane ne doit j|amais avoir acfiès. ElUe a^es mystères, plus inviolables que ccjux de la fcuMwnaçanoerie égyptienne ; elle a ses orcana itnpcriL Ses allures à Tégard du bon public ne ressemble^ pas Jixûf inal

k celles de la pie voleuse allant cacher, dans un trou connu d'elle seule, la fourchette d'argent qu'elle a enlevée. De deux cents chartes accordées, en différents temps, à la corporalion de Londres, c'est à peine s*il en est vingt qui soient imprimées : admirable moyen d'éluder le contrôle des esprits Iracassiers !

Comme résultat d'une enquête qui eut lieu vers la fin de 1853, je trouve qu'aux termes d'un acte du parlement, voté sous le règne de Charles II, la corporation de Londres aurait dû encaisser la Tamise depuis le Temple jusqu'à London-^Bridge, et veiller à ce que maisons et magasins ne vins* sent pas envahir les bords du fleuve. D'où vient donc que rien de semblable n'a eu lieu? D'où vient que les <r conservateurs de la Tamise » ont laissé construire sur son bord septentrional ce qui forme aujourd'hui « Thames street »? El ce qu'il y a de pire, c'est que les « conservateurs de la Tamise » sont véhémentement soupçonnés d'avoir sacri6é sa « conservation » au désir de tirer un bon revenu de ces constructions illicites.

Mais, dit-on, la magistrature municipale des aldemien ne leur rapporte aucun salaire, et les services gratuits ne sont pas si communs qu'il faille faire fi de ceux qui se présentent aver cette recommandation. L'argument est spécieux. II est certain, en effet, queTalderman en fondions, qui administre la justice à a Guildhall », n'est pas payé; et le lord maire ne l'est pas davantage, comme magistrat, pour les cas dont il connaît à « Mansion-House ». Mais qu'importe cela, si les deux tribunaux de justice municipale coûtent, indirectement, au public plus que ne font les tribunaux de police ordinaires? Eh bien , c'est précisément ce qui a lieu , en vertu de ce principe, aussi vrai dans la Cité qu'ailleurs : le bon marché est toujours cher.

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