LE LORD MAIRE
Approfondir le sujet me mèDerait loin; qu'il me suffise de vous dire que la corporation de Londres est condamnée ici par tous les hommes sensés. Que de projets de réforme n>l-on pas déjà mis en avant ! Et que de fois le Times, journal cependant très-peu révolutionnaire de sa nature, n'a-t-il pas grondé ! Mais les abus, en Angleterre, ont une force de résistance proportionnée à Ténergique persévérance <1q génie anglais.
P. 5. — L'envoi de cette lettre ayant été retardé, j'ai eu le temps d'être informé du résultat de la lutte qui en a fourni le sujet. Samedi soir, le lord maire a été réélu, ayant eu 1,623 voix contre 1,H8 données h sir P. Laurie, le candidat malgré lui. Quant au pauvre sir Henry Muggeridge, le respect dû et ordinairement accordé au système de votation ne lui a valu que 56t suffrages.
M. Cubitt est donc le vainqueur. Toutefois il n entrera en pleine possession de sa gloire que
Lorsque, dans ce beau carrosse Cil tant d*or se relève eu bosse,
il ira prêter, en grande pompe carnavalesque, devant la cour de rÉchiquier, h Westminster-Hall, le serment solennel d'avoir... un bon cuisinier.
318 LETTRES MJR L*AII(U£TeRRE (ld6l)
XXXIT
Uoctaive.
Ce que les Anglais pensent de
J'eus hier avec M. M«.., homme de beaucoup de méritent irès-Ânglais, uoe conversalion dofit il faut que je vois rende comple, parée qu'elle peut fournir matière, en France, à des réflexions utiles et qu'elle peint au vif la dispositioD d'esprit de l'Angleterre à notre ^rd.
— £h bien , mou cher mousieur, qae dites- vous, en votre qualité de Français, de la visite du roi de Prusse au château de Compiègne? Pensez-vous que ce soit Tacquittement d'une dette de politesse, et rien àt plus?
— S'il faut parler net, je ne serais pas éloigné de voir dans cette démarche, rapprochée de sa date, une répouse de la Prusse au langage altier que le gouvernement anglais a cru devoir prendre dans Taffaire Macdonald.
— Langage que vous désapprouvez, je suppose?
— Et pourquoi l'approuverais-jc? Je sais qu'un ton Ger convient à un grand peuple, et le Civis Romanvs sum dans la bouche de lord Palmerston n'a rien qui ne s'explique par la position que l'Angleterre occupe dans le monde. Mais encore faut-il être bien sûr d'avoir raison pour le prendre de si haut, et, quand on parle de la sorte à une nation, puissante elle aussi, on doit s'attendre aux révoltes de son orgueil.
CE QOE LES ÀMUtS PESSENI M 9I0US 119
— Vous exagérez étraogfiaient riisporUoce de cet inetioA difloailiqiie.
— Je De cnns jpas. Les sascepUbUUés Bationales sont ftWBflts à sVnflannier. Malheur à ^i Tigiiorel ie coiiBais ài Pnissîeiis, id : le nnge leur montait aufrooteo fartant à ce %n vous parait «ne bagatelle, et je leur ai eatendu dire que rimpressioo produite dais leur pays par cette afiaire ne s*cflaœrait de kNigtemps. .. Ce ii*est pas, d'ailleurs, la première fois que TAngleterre affeele à Tégard de la Prusse tts aies àautains, et je conçois qu*à Berlia on ne soit pas fiché de vous pronrer qu*eii n*a ^'à étendre le hras pour Inttier me alliance où s^appuyer.
— Et quelle aibance, s*il vous plail, la Prusse trouverakile qui lui convienne mienx que la nôtre? La Prusse est Me nation nûlitaire; 1* Angleterre une nation maritime. La fnme estnoe nalbn agricole; TAjigleterre une nation nuoufacturiëre: donc, entre elles, pas de rivalité possible, soitau poiat de vue de la guerre, soit au point de vue do commerce* Oki sont loin de se toucher, donc dies ne risquent pas de liir s*éle%'er entre elles «ne de ces querelles qne, si souvent, engendre le voisinage. Elles sont protestantes tontes les fax. Tontes les deux elles sont menacées, si la France ieîient trop puissante. Et n'est-ce pas une princesse an- |bise qui est la femme du futur roi de Pmsse, coHwne c*est n prince allemand qvi est le mari de la reine aauelle d*An- {lelerre?
— Ah ! oui, voilà presque mot pour mot ee qne le Times finit il y a quelques jours; et vos conclusions, comme les nemes, seraient justes, si ce qui empêche deiLX peuples i*eatrer en latte était la même chosi^ que ce qui les porte à i^iiir. Mais il n*en est pas tout à fait ainsi. La non-hostilité fa intérêts éloigne les causes de guerre; ce qui forme
les alliances vraies et durables, c est la réciprocité des sympathies. Le voisinage amène quelquefois des querelles, c*est vrai : raison de plus pour que deux puissances voisines soient poussées à. demander la garantie de leur repos i un système suivi de sages ménagements et d*égards mutuels. La communauté des croyances religieuses a son importance, je le veux bien; mais avouez que cette considération a perdu de sa force depuis que les hommes ont renoncé à la fantaisie de s'entr' égorger pour le compte de Dieu. Quant au lien que peuvent créer entre les peuples tels ou tels mariages entre souverains, )*histoire montre assez la futilité des espérances dont, sur ce point, on a coutume de se bercer. Croyez-vous que Torigine allemande delà maison royale en Angleterre ajoute beaucoup aux sympathies du peuple anglais poui TAllemagne ? Et croyez- vous que le litre d'Allemand ajoute beaucoup aux sympathies du peuple anglais pour le mari de la reine Victoria?
— Je conviens que rarislocratie anglaise n'aime pas le prince Albert; mais pourquoi? Parce qu1l semble se plaire à déployer à son égard une roideur de manières et un orgueil extérieur qui naturellement l'ofTensent.
— Eh bien, laissons là rarislocratie, et parlons du peuple anglais en général. Prétendrez-vous que le prince Albert esl populaire? Cependant, qua-t-on à lui reprocher? N'est-ce pas un homme d'une intelligence distinguée? Ne possède-t-il pas une érudition aussi variée que solide? Ne joint-il pas î des connaissances pratiques un tour d'esprit philosophique qui en élève le niveau? N'est-il pas un protecteur éclaira des arts? N'étes-vous pas redevable ii son initiative de plusieurs institutions utiles? Sa conduite comme époux el comme père n'est-elle pas de nature à lui gagner Testime dun peuple qui met au premier rang des vertus