CE QUE LKS ANGLAIS PENSENT DE NOUS
râccomplissement des devoirs de famille? On Taccuse de vouloir peser, io directement du moins et dans i*ombre, sur les affaires publiques; mais on n'a jamais prouvé par aucun bit précis que celle influence se soit exercée d'une manière iocoDstitutionnelle et malfaisante. Son véritable crime ne serait-il pas, alors, d'être un Allemand sur la première marche du trône? Tenez, voulez-vous que je vous dise toute ma pensée? je soupçonne une certaine fraction de votre aristocratie de n'avoir pas vu sans un secret sentiment de déplaisir le mariage de la Dlle de votre reine avec un prince alleffland, comme pouvant tendre h fortifier ici Vinfluençe ^engèrCy et je ne serais pas étonné que l'attitude prise par le gouvernement anglais à l'égard de la Prusse signifiât, de b part de vos oligarques : « Nous respectons le pouvoir delà reine, et n'avons aucune envie de blesser ses affections domestiques ; mais ce n'est point parce que sa fille a épousé le prince royal de Prusse que nous nous abstiendrons de parlera la Prusse comme il nous plaît; car il est bon que fEurope soit avertie de temps en temps qu'après tout c'est nous qui sommes les maîtres ! »
— Oh! que vous voilà bien, vous autres Français, avec votre manie de bàlir des théories sur des hvpolhèses!
— Et si je vous disais que ces hypothèses m'ont été suggérées par mes conversations avec des Anglais, et des Anglais qui sont très au courant de ce qui se passe dans certaines sphères ! Au surplus, ne disputons point là-dessus, et souffrez qu'à mon tour je vous demande ce que vous pensez de l'entrevue de Compiègnc.
^Ma foi, comme tout le monde, j'en suis réduit à cet ^ard aux conjectures; mais je dois vous confesser que, wmme beaucoup de mes compatriotes, je n'en augure rien de bien.
— Et ponrqooi cela?
— Parce que je crois b nation française possédée de foreur de s'agrandir, et que je ne crois pas le ^tmxtmam français ioc^ipable de chercher sa force dans cette passif satisfaite. Que nous disait-on, quand ta gtierre d'Italie eon roenca? Que cette guerre était désintéressée au plus ha point ; que la France était la seule nation an monde qui tir le glaive pour une idée. Ces déclarations ont abouti, k qao A Fannexion de la Savoie.
— Mais vons n'ignorez pas que l'annexion de la Savoie été le résultat de cet impétueux mouvement vers l'unilét) s'est manifesté en Italie, et qui n'était pas entré dans 1 prévissions do gouvernement français lorsqu'il lança ses sù dats contre l'Autriche. Dès qu'une grande nation, une nalii de vingt-cinq millions d'hommes, tendait à se former » portes de la France, menaçant ainsi de porter conp à ; prépondérance sur le continent, il semblait naturel que France regardât k ses frontières, et demandât la Sanri moins encore comme compensation que comme précaution
— Oui, et c'est précisément cette manière de raisonni (pii nous alarme, nous Anglais, et nons fait envisager d'i œil déliant les conséquences possibles de Featrevoe de Cou piègne. Ce mouvement d'unilé qui s'est déclaré avec tant ( force en Italie, ne travaille-t-il pas aussi FAllemagne? 1 quelle puissance est appelée à marcher a la tête de FAlU magne unie? La Prusse. Il n'y a donc rien de bien extraoi dinaire h supposer un accord en vertu duquel la Fran s'engagerait h appuyer Félablissemenl d'une Allemagi prussienne, en demandant les provinces rhénanes, moii encore comme compensation que comme précaulion, poi employer votre langage.
— Je suis bien aise de remarquer que la manie de bit
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des Ihéories sur des hypothèses D'est pas aussi élran^reà vos biiûides que voes voiidrie? le faire crorre.
— Mais c*est qu'entre le cas supi>osé par moi et le cas qn, aa su du monde entier, s*est réalisé, Tanato^e est si frappante!
— Vous ne prenez pas ;^arde que la Prusse dépenserait soD dernier homme et son dernier écu avant de consentir à céder on pouce de son territoire.
— (Test en effet ce que tons les journaux de Faotre cdté da RUo déclarent h i*enyi, et je les crois sur parole. Cependant cela ne suffit pas pour me rassurer. Je ne suis pas bien oertain que la résolution de garder les provinces rhénanes tiendrait jusqu'au bout contre la raa^ifique perspeclire de rAUemagne unie sous la Prusse ? Rappelez-vous la célèbre pas de Bile, conclue le 5 avril 1 793. Est-ce que la Prusse, sans y être contrainte parla victoire, et dansl'nniqve but défaire ses aflaires aux dépens de rAutriche, n'en vint pas i «abandonner aux Français l'occupation des possessions praeiennes situées sur la rive gauche du Rhin, jusqu'au joor de l'arrangement définitif à intervenir lors de la pncificat'oB générale »? Il j a phis, et les mémoires du prince de Hardenberg, le négociateur de la paix de Pâle, sont formels sorce point : la raison donnée secrètement au Comité de ^ public par le roi de Prusse, pour différer jusqu'à h paix Séaérale la cession de la rive gauche du Rhin, fut «la «niute que l'Autriche, si le sort des armes la rendait vîctoriease, ne s*emparât de ce pays comme appartenant h h FraMe» ; ce qui revenait h dire : « Que le Rhin devienne un fcafe Trançais, s'il ne doit rester allemand qu'à la condition d*ôrc h rAutriche i
— Je ne nie rien de tout cela. Seulement, je vous denwnde la permission de vous remettre en mémoire le déchaf-
nement terrible que la nouvelle du traité de Bâle occasionDa en Allemagne. Frédéric-Guillaume y fut accusé d'avoir trahi sans pudeur les intérêts du corps germanique, et rAgamemnon de la coalition fut maudit par tous les Allemands, pour s*étre détaché de la coalition d'abord, lui] qui Pavait mise eo mouvement, et puis pour avoir sacrifié aux vues ambitieuses d'un seul Etat la grandeur de la patrie commune.
— Pardon ! Frédéric-Guillaume ne fut pas maudit par tous les Allemands. Car la nouvelle de la paix de Bile, qui produisit efrectivement à Vienne une irritation violente, excita, au contraire, h Berlin des transports de joie.
— Et vous en concluez que ce qui eut lieu alors aurait lieu nécessairement aujourd'hui?
— Nécessairement, non ; mais ma conclusion est que ce qui eut lieu alors ne serait pas aujourd'hui absolument impossible> certaines circonstances étant données.
— Mais qui vous dit que le gouvernement français songe h posséder les provinces rhénanes ?
— Qui me le dit? L'esprit turbulent de vos compatriotes, leur démangeaison de conquêtes, leur appétit militaire, si je puis m'exprimer ainsi, et l'intérêt qu'a le gouvernement français à flatter des instincts sur lesquels sa populariU repose.
— De sorte que l'Angleterre n'a jamais rien désiré de trop, rien convoité, rien conquis ! En vérité, il me semble que je rêve lorsque j'entends un Anglais nous reprocher d'avoir les bras longs. Mais trêve de récriminations. Leur moindre défaut est d'être inutiles. Quanc donc vous déferez-vous de ce triste esprit de défiance. le plus sérieux obstacle à l'alliance de nos deux pays alliance si désirable pour vous, pour nous, pour le mond< entier?