CE QUE LES ANGLAIS PENSENT DE NOUS
—Eh! comment nous serail-ii possible de n'être pas défiants, soupçonneux, inquiets? Savons-nous quoi que ce soit de ce qu'on prépare, de ce qu'on espère, de ce qu'on médite dans vos laboratoires politiques? Si vous voulez connaître, vous, nos sentiments, nos idées, nos projets, rien ne TOUS est plus facile ; vous avez, pour cela, toutes les voix par lesquelles l'opinion publique s'exprime ici : nos débats parlementaires, nos nombreux meetings, nos livres et nos brochures, sur lesquels ne pèse aucun contrôle, nos journaux, aussi libres que l'air. Nous, au contraire, quel moyen avonsnous detàterlepouls à l'opinion publique en France? In terro* gerons-nous les discussions du Sénat? Mais les sénateurs en France, quels que puissent être leur mérite, leur sincérité et leur franchise, ont, pour nous autres Anglais, le défaut de tenir de trop près au pouvoir par le mode même de leur nomination. Interrogerons-nous les discussions du Corps législatif? Mais Tinterveuiion active des préfets dans les élections ôte, à nos yeux, au Corps législatif beaucoup de Tautorité qu'il aurait ^nscela comme organe des divers aspects de l'opinion. Interrogerons-nous vos assemblées populaires? Vous n'avez rien de semblable en France. Interrogerons-nous vos journaux? La peur des « avertissements » les condamne à un excès de prudence qui déjoue notre curiosité. Nous voilà donc réduits à épier tout ce que votre gouvernement veut hien dire, à interpréter ce qu'il lui convient de ne pas dire clairement, et à nous inquiéter de ce qu'il ne dit pas. Nos Diinistres voudraient se réfugier dans le mystère qu'ils ne le P^^urraient pas; la publicité, qui est notre vie, s'impose à eux irrésistiblement, et ils ne sauraient avoir leurs secrets *' ttat; mais, franchement, en est-il de même de vos minis- ^fes? Quel malheur que le gouvernement français ne comprenne pas mieux combien il est lui-même intéressé à ce
t2ê^ UTTAES SUR L*AN€LET£RftB (U6l}
que h éiscussioD ea Francs soit rendue lii)re« cnlièremeut libre ! Car enfin il lui importe, à lui aussi, h lui sunouU àt lire conàwe en un livre ouverx dans Tesprii de ceux doni il dirige les destinées^ el Ton ne peut jmls créer la nuit autùvr de soi sans se condamner à y vivre... Mais ceci est son affaire; la nôtre est de nous tenir sur nos {gardes, jusqu'il ce que la liberté soii comprise cl pratiquée en France comme elle Test chez nous. »
Mon InlerLooiteur s*arréla. Il attendait une réponse, mais je ne répondis rien. Je me rc tirai, méditant sur ce que je venais d'entendre.
90 octflbre.
Lundi dernier, douze mille hommes se pressaient devant la prison de Newgate pour voir mourir un homme.
Il s'agissait d'un condamné que la société, représentée en cette occasion par le bourreau, se disposait à étrangler.
Le mois d'octobre, ici, a été superbe, et la nuit de dimanche à lundi était radieuse ; mais eùi-il fait froid à pierre fendre, eût-il plu à torrents, cela n'aurait nullement empêché la foule d'alh^r passer la nuit dans Oid-Bailey. r.ar le mallu3ureux. devait être dépéché le luudi h huit heures du
LA POTENCR 2â1
nuCÎD, et cliacuD c{irouvail naturellement le désir d*élrel)ieB placé pour voir !
Ordinairement les choses s'accomplisseat comme je vais ▼nus 4lire.
Une jiuiUitude immense^ excitée h ua poiol extraordinaire, et, si Ton peut s'exprimer ainsi, aflamée de curiositét iooDde, plusieurs heures avaot Theure du supplice attendu, les abords du lieu consacré aux exécutions. C* est tout simple. On fait toujours queue a la porte d'un théâtre, lorsqu'une bomae pièce est annoucée. Mais coyoïment passer lo ten^>s jusqu'il ce que le bourreau paraisse, ce qui répond au lever du rideau ? Dormir? impossible ; non pas parce qu'il faudrait dormir h la belle étoile, mais parce que Tattcute d*un grand plaisir écarte le sommeil. Donc, on passe le temps à boire, à chanter, à jurer^ à dire des lazzis. C'est diarmaat. Les femmes sont là eu force, pour représenter le sexe tendre. L'affaire de la pendaison ayant pour but d'effrayer le crime par l'exemple, le spectacle est particulier^^ment destiné à tous les voleurs, à tous les filous, à tous les cctquins de la capitale : ils le savent, et, en conséquence, ils s'empressent d'honorer le lieu de leur présence, d'autant qu'un aussi vaste assembbge de personnes et la confusion qui en résulte offrent h ces gens, eu train d'être convertie par l'exemple, une admirable occasion de faire ample ré^ coke de bourses, de montres et de mouchoirs. Mais voici le moment : silence ! quelle figure va faire notre homme quand on lui passera la corde autour du cou ? De quel air entrera- 141 tout vivant dans la mort ? «Quel genre de pâleur donne au visage Tidée que l'éternité est le:gouffre où l'ou va tomber? La dernière fois, le bourreau faillit manquer son coup, et dut lirer le patient par les janabes d'une manière furieuse poorTadiever : voyons comment il s'y prendra cette fois.
228 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (I86I)
Là-dessus arrivent rhomme qui tue etThomme h tuer. L*an fait son métier, l'autre subit son sort. Puis, loges, galeries et parterre se vident.
Si, ce qui a lieu quelquefois, le patient a marché la tête haute, fièrement, vaillamment, sans chanceler, la morale de la chose, pour les spectateurs, sera qu'après tout un bandit peut avoir du courage, autant de courage qu'un soldat, et qu'une exécution est un combat d'une nature particulière.
Si, au contraire, le condamné, que je suppose avoir commis une action bien horrible, un meurtre par exemple, si le condammé a été traîné mourant à la mort; si ses genoux se sont dérobés sous lui ; si son front bléme a dit toute la (erreur de son âme; si son regard éteint a cherché la miséricorde, la vertu moralisante du supplice aura consisté, ou à endurcir les cœurs en les laissant froids au spectacle d'effroyables tortures, ou h les toucher en faisant passer la pitié de Tassassiné h l'assassin : résultat, dans l'un et l'autre câs, déplorable !
Quoi qu'il en soit, le spectacle terminé, la multitude s'écoule. Les femmes qui étaient présentes auront la un thème de conversation pour huit jours au moins. Quant aux malfaiteurs, auxquels la leçon s'adressait d'une façon plus spéciale, ils regagnent leurs repaires, enchantés d'avoir fait une bonne journée, comptent leurs petits profits et nourrissent Tespoir qu'on ne tardera pas 5 recommencer.
Je ne sais, monsieur, quelle est votre opinion sur la peine de mort, question qui a divisé et qui divise encore, je le crains, de bons esprits. Pour moi, — il doit y avoir une grande lacune dans mon intelligence, — je n'ai jamais pu comprendre qu'il y eût, sur ce point, deux avis ; et cebi quoique j'aie lu avec attention tout ce qu'ont écrit sur la
question Moûtaigne, Montesquieu, Rousseau, Mably, Filangieri, Beccaria.
Il y a des gens qui réprouvent le suicide et admettent la peine de mort : je n'ai jamais pu comprendre que Thomme eût le droit de transmettre Tu la société un droit qu'on ne lu^' reconnaît pas à lui-même.
11 y a des gens qui croient que la société serait perdue sans la peine capitale : je n'ai jamais compris que plusieurs millions d'hommes réunis aient h invoquer contre un homme tombé en leur pouvoir le droit de légitime défense.
On parle de prévenir le crime par Tappareil du supplice: [ai toujours trouvé admirables de profondeur ces paroles de Duport : « Qu'est-ce que la mort? La condition de l'existence, une obligation que la nature nous impose à tous en naissant. Que fait-on donc en immolant un coupable? On kte le moment d'un événement certain : voilà tout. La mort nest quun mauvais quart dlieure est un des propos habituels des scélérats ; ils regardent la mort comme un accident de plus dans leur état, ils se comparent au couvreur, au matelot, au soldat. Leur esprit s'habitue à ces calculs, et dès lors vos supplices perdent leur effet sur leur imagination. 11 n'y a que la mort actuelle qui puisse être répressive : dès que son imagination ne se présente plus que dans un avenir éloigné, elle s'enveloppe de nuages et cesse d'être un motif ou un obstacle... Quoi ! vous n'avez que la mort à offrir au crime et' à la vertu : vous la montrez également au héros et à l'assassin ! 11 est vrai qu'à l'un vous la montrez comme un devoir associé à une gloire immortelle ; à l'autre, comme un supplice ignominieu.x ; mais qu'importe cela au scélérat ! L'infamie ne le touche pas, il ne voit dans le supplice que son effet matériel» et la mort n*est pour lui qu'un Muvatf quart d'heure. »
296 LETTRES SUR L*A!fGLETERRE (I86I)
Rien de phs^ frappant, je le répète, que ces observatioM. (le Duporl. Un scélérat endurci rit de Topprobre attaché as supplice : ii D*y voîl que le fait de perdre la V»j et regafde ce fait, àe même que le seldat, coiuine un acctiait plus ou moins à prévoir, eomme nne chance à courir. Que si ron. suppose certains criminels capables de ressentir la boDter cela même ne prciwertait-il pas qu'ils soai loin d*étrc irrémédiablement corrompns, et al»rs que fait la sociét>i en le» tuant? Phts iroptocable, plus terrible que Macbeth, qii laa le sommeil, elle tue, elte, le repentir!
Ils sont d'une beauté suprême, ces roots de Montaigne, parlait de la vraie manière d'agir sur les hommes par b crainte que peut inspirer ri;;nominie ! < // faut exercer ces iffiiumains exeez contre lescorce, non céutre le wf » ; et il cite l'exemple d'Artaxercès qui, voulant adoucir Tàprilé des lois anciennes de la Perse, ordonna que les seigneurs qm avdicirt failli dans lenr charge,, a» lieu d'être fouettés, fiBsent dépenillés, et qu'on fouettât leurs rêtements.
S'il est vrai que la peine de mort soit mile cumme exen^ pie, l)ien fous nos pères d'avoir aboli les tortures qié la prolongeaient et ajoutaient ii Fltorreur dn spectacle ! Caligib (Ksait an lK)urrcau : « FaU quil sente bien la mort, » A la bonne heure ! voilà de la logique. Un exemple salutaire ne saorait être rendu trop saisissant ; un appareil de terreur, qui sauve la société des |)orgnards, ne saurait être renda trop formidable. Qu'oi» aille donc jusqu'au bout, si on Te»-; qu'oir se remette à écarieler les criminels, et à les brûler i» petit fou, età les attacher, vivants ou morts, à la queue d'ime cavale indomptée ! Vous frémissez, hommes ÎBcenséqneiils:? Eh bien, la condamnation de vos tliéories sur la peine de mon est là : vofis n'avez pas le courage de raisonner juste I
Non, ce n'est pas un moyen de prévenir le meurtre que
te le pmiir par le mctirlre. Non, ce n'est pas en attaqiian! la ▼ie, en pfcîn soleif, solennellement, que la société peut enseigner à ses membres le respect de la vie. A défaut de rhumanîté, à défaut de h logique, à défaut de la morale, la statistique proteste contre l'efticacité des procédés sanguinaires. On a remarqué avec raison que les pays ou se commelient îc moins de crimes contre les personnes sont précisément cenx où la peine de mort n'existe pas. L'impératrice de Russie Elisabeth fit serment, lorsqu'elle monta sur le trône, de ne punir de mort aucun criminel ; elle tint ce serment, et le nombre des crimes diminua. Snélone rapporte que Titus se fit souTerain pontife pour n'être ni fauteur ni le complice de la mort d'aucim citoyen : « Vi pwras *frtwnt rmmus née auctor poslhâe cujusdam neeis nec eons^ «w. TrtiTs n'arait pas, parait-il, suffisamment approfondi les effets de Y exemple !
Mais revenons à WiFlîam Cogan, le malheureux qui fut exécuté lundi dernier. Son histoire fournit, pour la solurton dn problème, des éléments dignes de n'être pas négligés.
n avait été acensé d'aroir conpé ta gorge h sa femme. Quels témoins s'élevaient contre lui? tes seuls témoins qui te chargeaient étaient le corps de sa femme trouvée morte, et TeBroyablc étal où on l'avait trouvé lui-même , car M «Bsi avait la gorge I moitié coupée. Que s'était-il passé ? L'accusé a, jusqu'à son dernier soupir, protesté de son innocence.
Les débats ont, d'ailleurs, établi qne c'était un homme ton et inoflènsif quand il n'était pas ivre ; que, durant phsieurs années, il avait grrgné honnêtement sa vie ; qae sa feamte était une personne d'un caractère vindicatif et violent if excès... qtie de motifs pour douter! Ils étaient leb que, P^ de temps après la condamnation de Cogan, son solîfî-
232 LETTRES SUB l\..sGLETERUE (i861)
tor adressait au ministre de rintérieur un mémoire concluant à la demande d'une commutation de peine. Et en effet, même en supposant que Cogan eût tué sa femme, ce qui n*était pas, aux yeux de beaucoup, absolument démontré — tout semblait prouver que le meurtre avait été commis par suite d'une querelle furieuse, dans un moment où l'ivresse avait enlevé au mari et a la femme l'usage de leur raison. Sous l'empire de celle peusée, M. Cockerell et M. Tvvenlyman, shériffs de Londres et de Middlesex, se rendirent au ministère de Tinlérieur, espérant obtenir que la vie du condamné fût épargnée. Sir George Grey était absent; il se trouvait en Ecosse : force fut de s'adresser h un fonc^ tionnaire subalterne qui, ne pouvant rien prendre sur lui, transmit la demande h son chef par le télégraphe. Supposons que sir George Grey eût été à Londres, les arguments des deux honorables shériffs l'auraient, peut-être, louché. Mais il prenait ses vacances : il répondit qu'il ne se croyait pas autorisé à invoquer la clémence de la couronne. Voilà de quoi peut dépendre la vie d'un homme.
Ici j'aborde le côté le plus tragique de celte question de la peine de mort. Est-il au monde un juge qui se croie et ose se dire infaillible? Et de quel droit ce juge, qui n'est pas infaillible^ prononce-t-il une sentence irréparable? L'irréparabililé de la peine est invinciblement liée à l'infaillibilité du juge. Quoi ! la société se condamne a ne pouvoir réparer une erreur, si elle en commet une ! Et quelle erreur ! Vous avez déjà nommé Lesurqucs. Qu'on di^'e tant qu'on voudra que de pareils exemples sont rares : qui l'affirmera? On cite les cas où la vérité a été découverte... trop lard : les a-t-on connus tous ? Et puis, que signifie cet argument ? Dix mille innocents ne représentent pas plus l'innocence que ne le fait un seul innocent. Un seul innocent frappé est la
viobtion, éternellement à déplorer, d'un principe inviolable. Uo seul innocent frappé, c'est la sécurité de tous ébranlée pour longtemps, c'est la morale publique outragée avec scandale. Le nombre ajoute peu de chose à la gravité de ce malheur, parce que l'innocent que la mort de l'innocent menace, c'est vous, c'est lui, c'est moi, c'est tout le monde. Dooc, quand elle prononce une peine irréparable, la société, qui n'est pas infaillible, entre de gaieté de cœur dans une voie où elle sait qu'il ne lui sera plus possible de revenir sur SCS pas; elle s'expose à être injuste, et s'exposer à être inju^, c'est l'être déjà.
Autre face de la question, non moins importante. Cogan, u-je dit, était doux et inoffensif quand il n'était pas ivre, mais il était sujet à s'enivrer et à perdre, en cet état, tout contrôle sur sa raison et sur ses actes. Un homme complètement ivre est bien près d'être un fou ; en réalité, il est momentanément fou : pourquoi n'y a-t-il pas un Code pénal pour la folie? 11 ne sert à rien de prétendre qu'il y aurait danger à admettre qu'un homme n'est pas aussi responsable de ses actions lorsqu'il est ivre que lorsqu'il ne l'est pas : la question n'est pas de savoir si cela est dangereux ou non, mais si cela est vrai ou faux ; et, puisqu'on parle de danger, je dirai que le plus grand de tous est de faire reposer les lois SOT un mensonge.
Qu'un homme ivre soit traité par la loi pénale comme s'il avait conservé l'usage de sa raison, voilà ce qui choque la conscience humaine. On suppose que l'individu a agi libre- "ïcnt, lorsqu'on sait le contraire. — Mais il était libre de ne pas s'enivrer ! — C'est possible. Son vrai crime alors est donc <1 être tombé dons l'ivresse. Or ce crime, que, suivant vous, ^ était libre de ne pas commettre, vous ne le punissez pas ; ^ le crime que vous punissez par le plus cruel, par le plus
1^34 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (I86I)
terrible des châlîmefirs, c*est celai cpi'il a commis lorsque fout n'était plus que ténèbres dans sa tête ef dans son cœur.
A ce propos, i\ j auraif , je crois, un livre bien navrant, mais bien utile à écrire sur les limites du libre arbitre, et sur les influences qui, dans certaines positions sociales, en gênent ou même en paralysent l'exercïce. C'est une admirable chose, assurément, qu'une volonté forte, mais c'est une chose qu'on ne se donne pas i plaisir. Montaigne, si faî bonne mémoire, a dit quelque part : t Je voudrais bien pouvoir vouloir. » Beaucoup en sont réduits h former le même vœu.
Un homme qui, dès le berceau, n'a rencontré autour de lui que de mauvais exemples, qu'ion a laissé croupir dans la plus abjecte ignorance, et à qui la misère a soufflé ses pins pernicieuses tentations, est-il aussi libre de se garder da crime que celui qui a été recueilli, dès son entrée dans la vie, par des mains pieuses et caressantes, a grandi au milieu du spectade des vertus, a eu tOTrtes les sources de FîntelBgence humaine à sa portée, et n'a jamais été conduit au crime par la faim? Il est permis d'en douter. Et cependant ces éléments nécessaires d'une décision vraiment juste cutrent-ils dans les calculs de la justice, telle que les tribunaux Tadministrent? Non, et par cette raison bien simple, que peser tant d'influences diverses et arriver h irac balance exacte serait impossible. Mais que condure de l^, sinon que le devoir le plus impérieux de ceux qui représentent la société et en manient la force est de regarder aux causes, afin de porter la le remède : il est moins dans la sévérité des lois pénales que dans les progrès de l'hygiène pnbfîque, au physique, et surtout au moral.
Cogan était grièvement blessé quand on Ta arrêté. Selon
LA 90TBNCB 3»»^
Fusage, on s*cst étudié à le bien guérir, afin qu'il fût bien vr>aDt lorsque viendrait le moment de le tuer. Ainsi le veut la théorie de la peine de mort.
Je DC dois pas non plus oublier qu'il laisse un enfant de dixaus. Ce pauvre petit venait de perdre sa mère, lorsque Texécution a eu lieu : on lui a soigneusement caché la nouvelle de la tragédie de Newgate , et il a pu, du moins, pleurer sa mère, morte, sans avoir à pleurer en même temps son père, pendu.
Une dreonstaiire odieuse, c>st que lorsque le condanmé est sorti de sa prison pour n*y plus rentrer, la foule accourue pour le voir, le monstre à douze mille têtes, a poussé des Mements de tiiomphe. Tel est le résultat des enseigneiKBls qoe la peine de mort donne au peuple.
D serait digne de la France, ce généreux pays, où Ton a imgaré, comme acheminement «h l'abolition de la peine de nwrt, le principe des circonstances atténuantes, d'en finir arec on genre de châtiment qui, pour sauvegarder la vie Inaiiie, enseigne publiquement le mépris de la vie hurâie, donne k des juges faillibles le droit d'infliger une pÔM irréparable, et tue le repentir en tuant !e criminel.
Û cela serait digne aussi de l'Angleferre, ce pays où l'on cw pins à rîntelligence qn'à la force, ce pays où le sergent ^iSk porte, au lieu d'une épée, nne lanterne.
27 octobre.
Le iJirdin de Shakspeare.
Le jardin de Shakspeare en vente ! Voilà, monsieur, ce qui devenait, il y a quinze jours, la préoccupation de tow les adorateurs du génie !
Il existe, à Stratford-sur-Avon, une vieille petite maison bien connue des pèlerins du inonde littéraire. La première pièce semble avoir été autrefois une boutique, et une boutique de boucher, car on voit encore des crocs fixés aux murailles.
Mais le père de Shakspeare était-il un boucher ? Problème.
Le savant antiquaire Âubrey, qui survécut à Shakspeare quelque quatre-vingts ans, dit : « M. William Shakspeare naquit à Slratford-sur-Avon, dans le comté de Warwick. Son père était un boucher, et je tiens de ses voisins que, lorsqu*il était enfant, il exerçait la profession de son père ; mais lorsqu*il tuait un veau, c*était d'une façon grandiose^ et il faisait un discours. Il y avait dans ce temps-là, et dans la même ville, un autre fils de boucher, qui passait pour ne céder à M. William Shakspeare ni en esprit ni en savoir; mais il mourut jeune. » D'autres veulent que le père de l'illustre poète ait été marchand de drap. Enfin, un des plus récents et des plus enthousiastes commentateurs de Shaks-peare tient absolument à ce qu'il ait été fils d'un cultivateur, d* un vrai c landlord ».