‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 52 sur 169 · LE BON SENS SAXON · texte numérisé non relu

LE BON SENS SAXON

tout à coup le vaisseau toucha Técueil et fut brisé (1). » On avail uoyé le donneur d'avis, mais l'écueil était resté.

Grice au ciel, nous n'en sommes pas là ; et la preuve que les donneurs d'avis ne sont pas jetés à la mer pour avoir indiqué recueil, c'est que M. Fould est ministre des finances. Que ceux-là n'hésitent donc pas à suivre son exemple, qui otttdes vérités utiles à dire.

Vous croirez peut-être, monsieur, que ce qui a frappé les Anglais dans le mémoire de M. Fould est ce qu'on pourrait appeler la partie des révélations. Eh bien, non. Quelque saisissant que soit l'aveu d'un milliard de déficit, ce chiffre B*a nullement étonné, ou plutôt il y a eu surprise chez beaucoup, mais en sens inverse de ce que probablement vous supposez. On croyait la situation pire, tant le voile étendu en France sur la vie publique a enfanté de soupçons étranges, de noires suppositions, de conjectures sinistres ! Une presse rtduile à balbutier, une publicité poitrinaire, l'opinion publique congédiée ou morte, la nation sans garantie contre le pouvoir, le pouvoir sans garantie contre lui-même, une seule wlonté décidant de tout, souverainement et dans l'ombre, ^oilà sous quelles couleurs la presse anglaise, depuis le Ti- *»«i jusqu'au Punch^ n'a cessé de représenter la Framce, et voili sous quelles couleurs elle est jusqu'à présent apparue *K Anglais ; d'où ils ont conchi :

« Qu'il devait y avoir bien des choses à cacher, dans des rtgions qui semblaient avoir peur du grand jour;

« Que la tentation de dépenser sans compter devait être irrésistible, là oii elle n'était combattue par aucun contrôle ;

« Qu'en ce qui concernait la prospérité financière de la France, il n'y avait nulle autorité dans les affirmations offi-

(<) BeDjamio Constant, Mélanget^ p. 438.

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cielles, dès qu^il était devenu dangereijx de les eontrediie;

< Que Teusemble de nos budgets devait ëlre un ablM sans fond, puisqu'il n'était pas permis à la discussioa de le sonder;

« Que, par conséquent, Ténormité de nos dépenses, m lieu d'attester la puissance de nos ressources ^ indiquait retendue de nos périls ;

€ El enQn, que nous étions en train de bâtir un pabis de marbre et d'or pour y loger un squeletie. »

C'est h peine s*il est nécessaire que je fasse reuorqMC combien cette appréciation est exagérée* Malheureusemeuâ, la question n'est point là. L'opinion de l'Angleterre sur les affaires de la France est-elle, oui ou non, conforme à ce que je viens de dire ? Voilà ce qu'il s agil de décider; et, sur ce point, j'en appelle sans crainte à quiconque, résidant it ce côté du détroit, a pu y interroger, jour par jour, le sentîment public

Qu'à tort ou à raison, la France soit jugée de la soite par un peuple dont la destinée est si étroitement liée ^ la nôtre, dont l'alliance est si désirable pour nous, et dont Tmik flueuce sur la marche du monde est si considérable, n'eslr ce point là, je le demande, un grand mal? Et ce mal, d'oH vient -il ? U vient de l'ombre dans laquelle l'absence d'un fégime franchement constitutionnel relègue la vie publique ci France. Aux yeux de l'étranger, notre situation est obscure : c'est pourquoi il y voit des fantômes. Les fantômes sont ik de la nuit. Voulez-vous qu'ils se dissipent ? Si le jour a'est pas encore venu, allumez du moins les flambeaux.

Je le répète : la constatation par le Moniteur du déficit que M. Fould a dénoncé d'une voix si claire n'a frappé ici que médiocrement les personnes bien informées. Mais ce qui a été fort remarqué, ei remarqué avec raison, c'est le caraiv-

tire de U déelaratioD impénale. Céder deyani les ciameurs (fime Dultîlude soulevée peut paraître uae faiblesse quasd ttB*est pas un stoïque hoannage rendu au droit; mais com- (ffadre ce i]tt'a d'excessif le pouvoir doot od est investi, et a bire publiquement le sacrifiée devant un peuple soumis, tt milieu du silence universel, est un acte d'intelligence et de prudence qui B*a certes rien de vulgaire et qui mérite d'are approuvé par ceux dont l'approbation n'a rien de serfile. Les courtisans à gages ou officieux de l'empire ne raitiBDent sans doute pas de la sorte, et je parierais qu'ils nvmurent au fond du cœur d'une résolution que leur métier otde louer, ne fût-ce que du bout des lèvres. Mais les hom- ■es accoutumés k respirer l'air d'us pays libre ont, pour^ Ksurer les actions humaines, uu compas qui n'est point à risage des sycophanfes et des valets.

D'un autre côté, l'Angleterre a salué avec joie l'espoir d*B retour, j^us comj^t encore, du gouvernement impérial M principes du régime coostitutionneL

Non que les Anglais soient épris pour ce régime d'un ttMur théorique qui leur en ferait désirer partout le triomphe. La France, — et c'est ce qui me rend fier d'être de '^ P^ySt — la France est peut-être la seule nation du Mide qui soit capable d'aimer la vérité et la justice pour des-ttémes, indépendamment du résultat. Ici, rien de tel. By a entre l'esprit anglais et l'absolu une barrière iufran- (Utuble. Ce pays-ci est, par excellence, la patrie du relatif. Ktcest précisément à cause de cela que l'existence de te ce qui ressemble au pouvoir absolu chez nous lui est •dicise.

lin jour que je causais avec un membre distingué de la (^^Mikbre des Communes du traité de commerce conclu entre ^ France et l'Angleterre, et des liens étroits que ce traité

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allait nouer entre les deux pays : « Tenez ! me dit-il avec beaucoup d'animation, le gouvernement français a beau signer des traités qui semblent dictes par le génie même de la paix ; il a beau multiplier les assurances d* amitié ; il a beau joindre ses armes aux nôtres dans des expéditions lointaines, et donner pour gage à Tunion des intérêts celle des drapeaux..., tant que les prodigieuses ressources de la France, ses trésors, ses armées seront à la disposition d'un seul homme ; tant que cet homme tiendra, pour ainsi dire, dans le creux de sa main tout le pouvoir de la nation la plus entreprenante et la plus militaire qui soit au monde, qu'il s'attende à voir dans le peuple anglais un adversaire, caché peutvétre, mais fatalement soupçonneux. Et comment voulez-voos, en effet, que nous dormions tranquilles, lorsque nous savons qu'il suffit d'un geste, d'un signe, pour mettre en marche, du jour au lendemain, un demi-million de soldats, et faire sortir, en une heure, du sein d'un calme profond une guerre désastreuse? Ne me répondez point par des considérations tirées du caractère personnel du potentat qui gouverne vos destinées ; n'objectez pas son intérêt bien compris, sa prudence bien connue : quiconque est revêtu d'un pouvoir immense est esclave de son propre pouvoir. Spinosa l'a dit, et l'histoire le dit avec bien plus d'autorité encore que Spinosa. Ce n'est pas un homme qui est ici en cause, c'est une situation; et il n'est pas besoin d'être un grand philosophe pour savoir que les situations sont plus fortes que les hommes. Voilà ce que les esprits d'élite comprennent, en Angleterre, et ce quele peuple sent d'instinct. Vous avez une armée presque fabuleuse : si c'est en vue de la guerre qu'on la maintient, nous avons donc raison d'être sur le qui-vive; si c'est en vue de la tranquillité intérieure, quelle dangereuse importance donnée au soldat ! Et qui nous assure qu'il ne lui arrivera jamais

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