‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 53 sur 169 · LE BON SENS SAXON · texte numérisé non relu

LE BON SENS SAXON

d'en abuser? Ce que le pain et les spectacles sont pour une foule en vestes, la guerre Test pour une foule en uniformes. Le soldat, au fond, est un joueur; son enjeu, c'est sa vie : comment contenter un joueur en s*obstinant h lui refuser des cartes? Et puis, l'inconvénient d'un pouvoir trop absolu est d'éveiller dans le public une attente proportionnée à la force qu'on lui abandonne, de sorte que l'inaction, même la plus raisADDable, lui devient un danger. Un homme qui vous connaissait bien, vous autres Français, et qui n'ignorait pas à quelles conditions le despotisme prolonge sa durée, n'at-ilpasdit : Il faut donner tous les trois mois aux Français ^Ique chose de nouveau ? Ce mot, nous ne l'avons pas oublié! Ainsi, de quelque manière que nous envisagions la question, nous nous trouvons avoir à compter avec l'imprévu, et nous sommes ^condamnés à avoir incessamment peur de ce spectre dont*parle Victor Hugo, spectre toujours armé, mi nous suit côte à côte^ et quon nomme demain. De là ûûs levées de volontaires; de là notre empressement à encourager les inventions homicides; de là notre ardeur à nottsfortiGer; de là le soin passionné que nous apportons à l'équipement de nos flottes. Mais tout cela coûte ; le fardeau de nos taxes s'accroît d'une façon démesurée ; la nation s'accoutume à maudire une paix aussi ruineuse que la guerre ; et chaque fois que le pauvre entend retentir les pas du colkcleur des taxes, il regarde du côté de la France d'un air irrité.»

Vous le voyez, monsieur, ce langage n'était, de la part de mou interlocuteur, que le développement anticipé d'un ^passages les plus remarquables du mémoire de M. Fould. Oui, comme le nouveau ministre des finances l'a très-bien ^l, en renonçant au pouvoir de disposer, à un moment donné et sans intermédiaire, de toutes les ressources d'une

no LETTRES SDR L'aKGLETERRE (1861)

grande nation, « pouvoir plus apparent que réel, phis menaçant qu*efficace, » le chef de TËlat, en France, sera entré dans le seul système capable de calmer Tinquiétude de l'Europe.

Aussi, avec quel transport l'An^terre n^a-t-eDe p» accueilli les promesses que contient cette renonciation ! Cesi comme un poids énorme qu'elle avait sur le cœur, et dont elle se sent tout à coup délivrée. Cependant, il ne fautpass*y méprendre, un grand fonds de défiance se mêle à la sattsfiotion générale. Les uns se demandent si le système des virerements, repris avec suite et habileté, ne fournir.! pas an pouvoir le moyen de ressaisir, d'une façon détournée, cequ'9 abandonne ; lés autres disent, avec le Times : c Nous nous rappelons trop bien le désappointement qui a suivi les pompeuses professions de foi de M. de Persigny sur la liberté de la presse, pour ne pas distinguer soigneusement entre les promesses et leur réalisation (i). » En général, le changement dont il s*agit, n'est considéré comme devant avoir une signification tout à fait rassurante que lorsqu'il aura été suivi des changements qui en sont le corollaire naturel : responsabilité ministérielle, organisation d'un système effectif de contrôle public, et, surtout, liberté de (a presse, par la substitution de la juridiction du jury à la pratique des avertissements. Les doutes et les défiances du peuple anglais ne se dissiperont qu'à ce prix.

Croire (|ue la France est incapable de liberté; que son lot est d'être rendue heureuse sans qu'elle s'en mêle, et que, si on lui concède le droit de discussion, ce doit être h la manière de ces pères de famille, ennemis du bruit, qui font cidean d'un tambour à leurs enfants, à condition «[u'ils ne s*

(i) rimes do 15 ooTfmbre .

RTfAUT^ «fTHE AT90LMS CT AVÉKICAINS 1S71

ttmrMrt pas, cela est bon pour k CanstitutifmneL Maïs les iDgjiaiB tiemieiit la France «n plus haute estime que ne le tat les Fnmçais du Comsliintionnel ; ils la jugent capable ddigaede la liberté.

B, d*autre part, îk pensent :

^ ie pouvoir absolu est une armure dont le poids acoUe celui qu'elle emprisonne ;

Qu'il y a plus de courage k en faire I*aveu qu'à s'écrier : t Le roi ne rendra pas son épée » ;

Et que la force, dans le grand sens du mot, ne saurait Mâster à éloigner de soi les âmes fortes, qui sont les âmes

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