XL
2 décembre.
Slwmllté «Mire A«s><as ei Anérlealas.
Les faiseurs de correspondances, de correspondances kbëomadaires surtout, ont un rude concurrent dans le télé- V^he électrique, cet invisible postillon né au pays des fées, et pour qui brûler l'étape n'est qu'un jeu. Comme j'arrive M, pour TOUS parler de l'insulte faite par le capitaine W3kes au pavillon de la Grande-Bretagne! Et pourtant, de fM piis-je vous parler, si ce n'est d'un événement qui oc- Cipc îri tous les esprits, forme le sujet de toutes les conver- ^Ds et agite tous les cœurs ?
Quelle explosion de colères, juste ciel ! lorque mercredi dernier cette nouvelle se répandit : « Le pavillon de la Grande-Bretagne vient d'être insulté ! » L'étincelle jetée sor une traînée de poudre n'a rien de plus décisif : en ud clin d'œil, le feu avait prisa Topinion publique. Les clubs regorgèrent de visiteurs qu'animait je ne sais quelle curiosité frémissante. Une véritable tempête passa sur le « Royal Excliange ». A l'indignation générale se mêlait une sorte d'étonnement orgueilleux : Quoi ! l'Angleterre insultjée sur son grand domaine , la mer ! Et pour comble , c'était des Américains que venait le défi ; de ces Américains de la part de qui l'Angleterre avait eu, depuis quelques années, à dévorer tant 'd'outrages! Les Américains ignoraient-ils donc que la patience d'un grand peuple a ses limites? Ignoraientils que ceux qui ne se pressent pas de tirer Tépée sont quelquefois ceux qui, une fois l'épée tirée, en jettent au loin le fourreau?
Ainsi s'exprimaient les moins emportés, et j'ai vu la pâleur des émotions qui appartiennent à la jeunesse se répandre sur des visages que couronnaient des cheveux blancs. Rencontrant dans la rue un clergyman de mes amis, homme de beaucoup de talent par parenthèse, et prédicateur très-suivi: cEh bien? » lui dis-je... « — Eh bien, » répondit-il, sans me laisser achever, « mon opinion est pour la guerre, et je prendrais volontiers le fusâl, moi tout le premier. Voilà, certes, assez longtemps que ces avaleurs de charrettes ferrées nous menacent. Il faut en finir! »
Encore si le capitaine du San^Jacinto avait abordé le Trenl ci enlevé MM. Mason et Slidell avec des formes propres à adoucir ce qu'un tel procédé avait de violent! Hais les circonstances de cet acte, telles qu'elles ont été publiées: le San-Jacinto se présentant au Trent dans la position d'un
RIYAUTE ENTRE ANGUIS ET AMERICAINS ilB
laisseau qui va lâcher sa bordt^e ; le lieutenant Fairfax et ses hommes arrivant avec un coutelas dans une main et un pistolet dans Tautre ; Tordre donné au capitaine anglais de sereodre h bord du vaisseau de guerre américain, ordre qui tendait h le dégrader s*il eût obéi , tout cela — jusqu'à ce qa'il soit établi , pour peu qu'il y ait lieu , que le récit est eiagéré — explique de reste la sensation produite, sensation plus facile a constater qu*ii bien décrire, et qui, je le crains, survivra longtemps à Tévénement qui Ta engendrée.
Mais, comme vous l'avez fait remarquer avec raison, autant la première impression a été vive, autant, cette pre- Dûère impression passée, l'attitude du peuple anglais a été grave et solennelle. 11 a dit, par la voix de presque tous ses
journaux : « Avant de rien précipiter, voyons si la loi est pour nous; car le respect delà loi, qui met un frein salutaire ^rentrainement des passions individuelles, sauve les peuples i'eniraincments plus dangereux encore. L'acte dont nous souffrons est-il conforme aux règles du droit des gens? Que ks conseillers de la couronne examinent la question avec ^me et prononcent. Si nous ne sommes pas, au point de ^e strictement légal, autorisés h exiger une réparation, wus aurons ce courage de la résignation qui sied à la force; ^> au contraire, une réparation nous est due, nous Texige- ^Ds, et, eu cas" de refus, nous nous rappellerons le mot de "dson : € L'Angleterre compte que chaque homme fera son « devoir. »
On ne saurait imaginer ni un plus noble langage, ni une altitude plus réellement fière. Quiconque aime la liberté ^ doit réjouir de voir un peuple libre donner un tel spectacle.
Mais a-t-il quelque chose dont on ait lieu d'être surpris? "on, monsieur. Là, en effet, où l'opinion publique est sou-
Vt4 LBTniBS SOR l'aKCLETBRRE (18«i}
verakfe; Mi où cbaeun apporte son poids dams la Mance A afiaires communes; là ou ce qiit est dans rînCérét de tons- es rafiaîre de tous, il arrive et il doit naturellement arrÎTer tp ekaque citoyea cesse de se considérer comme* respoBsaU seulement envers luinnéme de ses passions et de ses pemée
Quoi de plus propre k élever le niveau des .imes qv ce senlimeD4 de haute responsabilité , nniversellemeiil ré paudtt ? Ce qui a rendu , dans l'occasion dont il s^apl, 1 langage de h presse anglaise si digne et si modéré, c*» ridée qu*elle a de sa puissance; elle se sait comptable d( malheurs qui pourraient naître de ses emportements, et to3 pourquoi elle a pris soin de se contenir. Moins libre, ellee^ été moins puissante; moins puissante, elle edt moins bie compris la nécessité d*étre sage : sa sagesse , chose adtari rable ! a été le résultat de sa liberté.
Il y a mieux : la presse anglaise, en cette crise nacioinli a montré un esprit d'équité auquel la surexcitation àa m ment imprime un grand caractère. « Nous nous rappeions, écrit la Saturday-Revievo, « que, nous aussi , dans boO temps, nous avons rudement foulé aux pieds les droits dl neutres, et que nous avons, en qualité de nation belligéraati commis des actes qui, alors même qu'on les pourrait jnstiSi sous le rapport de la légalité stricte, seraient condamnés pi le sentiment moderne. » En appeler à la modérai ioii d'à peuple, en lui mettant sous les yeux ses fautes passées, c*e lui rendre un hommage dont ceux-là seuls sont capaM de mesurer retendue, que la liberté a nourris de sov la robuste.
Sur la conclusion à laquelle sont arrivés les conseillers i la couronne, je n'ai plus rien à vous apprendre : les fenfll de Londres m'ont devaEcé. Vous savez que les légistes » glais ont déclaré coniraire au droit des gens la capture i
RIVALITE EMTBB ANCLAIS ET AlO^RiCAINS f 7TS
. IbsoB et Slidell par un vaisseau de ^erre américain m m vaisseav marchand protégé par te paYillon britan- DÎque; qu*en conséquence, une dépêche a été envoyée à lord lyoïis, contenant la demande d*une réparation, et que de la f^wose qui sera faite à cette demande dépend la question desavoir si la guerre s'allumera entre l'ancien et le nouveau flMMde.
Cette goerre, beaucoup ici en affrontent volontiers Timage, tMt ils ont le sang agité; mais la perspective des malheurs à prévoir émeut les hommes en qui riutelligence est accoudaée ï gouverner les passions.
Quelque formidable que soit la marine militaire des An- 1^, leur marine marchande est si considérable, eHe est éfim snr tant de points du globe, elle requiert une protectin à étendue et si multiple, que TAngleierre, en cas de <ODllit, doit s* attendre, quoi qu*îl advienne, à de grandes et dindouretises pertes. C*est la faiblesse de la force , de pré- *Qter beaucoup de parties vulnérables, quand, au lieu d'être «•ocentrée sur elle-même, elle envahit l'espace.
La guerre rendrait-elle le ceton à l'Angleterre , comme ^Bttpensation à rintemiption de ses relations commerciales ^les Américains du Nord ? Il est permis d'en douter. Qui pou dire h quelles extrémités le gouvernement, fédéral nesci^tpas capable de se porter, lorsque, attaqué ici par le Sud, Ik par les Anglais, il serait rendu furieux de cette fureur It'eBlante le désespoir? Qui peut affirmer que Texcès du péril ^ le pousserait pas k chercher une ressource suprême dans la ^on de Tesclavage abandonnée à la colère et k la venfBiBce, c'ést-à-dire dans Tarmemént des esclaves contre les adirés, ce qui serait frapper, et les Anglais, par Textinc- ^ désonnais définitive, de la culture du coton dans les aMsdoSad; et les planteurs du Sud, par l'abolition de
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Tesclavage confiée au génie de Textermination? On frémit ridée des horreurs que certaines complications seraient ( nature à contenir.
Et quel rôle ii jouer pour TAngleterre, dont le noai e uni à Tabolltion de Tesclavage par un lien immortel, que rôle qui ramènerait à écraser le Nord de TAmériquc au prol du Sud, et à préparer de la sorle le triomphe du fatal pii cipe jadis condamné par elle avec une solennité si imposant au prix de tant de sacrifices! Car enfin le gouvernement l déral a eu beau déclarer, au grand regret de tous les am de rhumanité, que Tabolition de Tesclavage n'était pas minif qui Tarmait contre le Sud; il a eu beau réduire ai dimensions d une dispute territorial une guerre que si inlérét et son devoir étaient d'élever aux proporlions d'ui croisade vraiment sainte; il a eu beau éloigner de lui, p le caractère étroitement national et purement égoïste iô primé à sa politique, les sympathies cosmopolites qu'unr c généreux eut fait accourir autour de son drapeau, il n'en e pas moins, par la seule force des choses, et en dépit de s propres proclamations, Tadversaire armé du principe < l'esclavage. En lui, c'est cet adversaire armé du prineij de l'esclavage que l'Angleterre aurait à combattre : mon: trucux résultat, que ses plus nobles enfants ne sauraie envisager sans inquiétude et sans tristesse.
Malheureusement, il y a peu d'espoir que cette funcs querelle puisse être évitée. Que le capitaine Wilkes ait a avec ou saus instructions, toujours est^il qu'il se trouve av( agi conformément à l'esprit et aux passions dont ses coi patriotes sont animés à l'égard des Anglais. Sa conduit fût-elle désapprouvée en secret par le gouvernement M, Lincoln, n'est que trop sûre d'être applaudie, à Ne^ York, par l'opinion publique ; et peut-être lui tressera-t-