AFFAIRE DU « TRENT
terre et lui conseillait de tenir bon. Je n'aurais jamais cru les rédacteurs du Times capables d*un tel excès de naïveté. Ils se trouvent avoir pris pour une marque de sympathie les calculs d*une inimitié habile et profonde. Eh! sans doute, ceux-là feront tous leurs efforls pour ruiner Tune par l'autre rAmérique du Nord et l'Angleterre, qui portent dans leur sang la haine des idées que ces deux peuples ont mises en Bouvement.
Mais sont-ils dans leur rôle, ceux des amis de la liberté qui, non contents d'animer TAnglelerrc contre TAmérique du Nord, veulent compromettre la France dans cette désastreuse querelle?
Oh! que M. Bright a mieux compris le devoir imposé aux démocrates par la logique de leurs convictions, lorsque, mercredi dernier, au banquet qui lui a été donné à Rochdale, il a rendu un si solennel hommage à la constitution démocra- ^uc des États-Unis, et lancé de si véhéments anathèmes contre ce principe de Tesclavagc, seul responsable des agirions qui l'ont ébranlée et des périls qui, en ce moment, là menacent! Libre au Times d*assaillir de ses froids sardines une éloquence si fièrement dédaigneuse des petites passions et des petites colères de l'heure présente ! Libre à quiconque est courbé sous le joug de ces passions et de ces bières d'appeler anti-anglaises les aspirations d'un homme qui cherche l'intérêt de son pays dans le triomphe des printipes vrais, par toute la terre. M. Bright sait qu'à côté, ou plutôt au-dessus de F Angleterre égoïste, jalouse, envahis- ^te, et prompte à se préférer, même à la justice, il y a 'Angleterre qui professe le culte viril de la liberté, honore « pensée dans ses manifestations les plus diverses, avance ^Is chemin du progrès sans reculer jamais d'un pas, et, dans son respect pour le droit de discussion, a élevé à l'in-
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telligeiice liuinaine un trône plus iuut que tous cem ai siège la force. C'est de cette setoode ÂDgleCem qm H. Bright est ciloyeu ; c*est riotérét et Thooneur de edIe-B qui préoccupent son patriotisme, inspirent son éloqneiice, e( c'est parce qu'il est Anglais de cette magnanioie CaçoD qM l'opinion publique, lorsqu'elle se soulève contre lui, n'a ri dont son ànie s émeuve.
<K Tout homme doué d*un grand cœur, a-t-il dîi dîans discours de Rochdale, doit appeler de ses vœux le jour où k vaste coutinent américain, venant à former une confédémlkii d*£tats, sans armée nombreuse, sans marine militaire const dérable, sans douanes intérieures, mais avec la liberté par tout, la paix partout, Tégalilé partout, nous donnerait ains Tespoir que les hommes ne sont pas abandonnés du cieL et que l'avenir de notre race peut devenir meilleur qoi son passé ! » C'est là une noble manière d être Anglais, e' il y a un peu loin de cette manière d'être démocrate à celli qui, de la part de certains démocrates français, oonsîsleJ vouloir faire écraser les ÉtaLs-Unis par l'AngleleiTe, aidéi de la France.
Au reste, si ceux qui, de lK)nne foi, insistent pour qiM nous fassions cause commune avec les Anglais contre rAfloérique, s'imaginent par là gagner le cœur des Ao^a» étrange est leur erreur, je les en préviens. Quel Angbk ayant du sang dans les veines, pourrait regarder notre appui dans les circonstances actuelles, autrement que comme nw insulte? Quoi! nous dirions à l'Angleterre, devant le mondt atteulir, que nous la jugeons incapable de venger ses pro|irei injures, et cela contre un ennemi à peine égal en puissance, contre un ennemi qui a déjà sur les bras une nid< guerre! Quoi! nous offririons à un peuple qid va se battn en duel pour un soufllet qu'il croit avoir reçu, de l'aider i
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(porter le poids de son honneur ! Et nous nous bercerions de Fespoir qu*ou nous saurait gré d'une protection à ce point if^j^rieuse et humiliante ! J*ose affirmer, moi, qu'une ofire de cetle nature ne serait propre qu'il euTenimer les sentiments 4, rivalité nationale et d'orgueil qui font obstacle à une aDÎMee franche, cordiale, sans aiTière-pensée, entre les deux pays; j'ose affiriaer que cette offre, fût-elle acceptée par le gouvernement britannique, ferait longtemps saigner le cœur de la nation anglaise.
Remacquez bien, monsieur, que notre empressement à entrer dans une querelle qui n'est point la nôtre n'aurait, sous quelque rapport que ce fût, aucune chance d'être interpoété favorablement : les uus y verraient l'effet d'une ambitioD toujours en éveil, toujours à l'affût d'une occasion de se ililer de tout pour tirer profit de tout ; les autres se persuaderaiem volontiers que le gouvernement français, forcé par fcabâffras de ses finances de masquer et d'ajourner ses des- Ws, ne cherche qu'à endormir la vigilance de l'Angleterre, ifofee d'avances; d'autres aimeraient k penser ou affecte- 'Ûu de dire qu'aux Tuileries la considération dominante a ^de panir les Américains du Nord du crime d'avoir accepté te services de deux princes de la maison d'Orléans.
Et quand je vous parle ainsi, monsieur, croyez que j'ai mes f^s pour cela, m'étant trouvé à a>éme d'interroger à cet ^dle sentiment d'hommes qui non-seùlemenl représen- ^tTopinion, mais la dirigent.
D'autie part, il est malaisé de concevoir comment la France pourrait jamais se justifier, aux yeux de l'histoire, ^s*étre mise de propos délibéré dans un camp, loi^ue ïttslituiion de l'esclavage était dans l'autre. C'est bien assez 9^ l'Angleterre soit condamnée à ce malheur, si tant est V^ la fatalité des événements l'y condamne, sans que la
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France coure de gaieté de cœur au-devant d'une situatio aussi peu enviable.
Serait-ce que, pour de certaines gens, la perspectîy d*une victoire à bon marché a des séductions irrésistibles C'est certain que, par noire appui, l'Angleterre, qui a déj tant de chances pour elle, en aurait de plus grandes enom Hais, le ciel en soit loué ! il n'a jamais été dans les habitude de la France, ni conforme à son penchant, d'épouser I cause du plus fort contre le plus faible.
Aussi bien — il faut qu'on le sache en France — les avi risquent fort d'être partagés sur la moralité et la justice d cette guerre, si elle éclate.
On fait grand bruit, de ce côté du détroit, de l'honnei de l'Angleterre foulé aux pieds; on lit, placardé sur tous h murs : Insulte faite au pavillon britannique — Outragée the British flag. C'est à merveille ; mais si Ion chercha à 5 rendre bien compte des faits, que trouve-l-ôn? Le Treni été soumis au droit de visite; d'accord. Et depuis quan le droit de visite exercé sur les bâtiments neiitres pttlî belligérants a-t-il donc cessé de faire partie du droit natk nal? Il est ridicule de prétendre, comme Ta fait lord FermÉ devant les électeurs de Marylebone, que le Treni aurait d être respecté en sa qualité de vaisseau de la reine queen's 5/iip, ou d'invoquer, à cette occasion, comme \ fait un journal français, le principe que les vaisseau d'une nation sont une partie de son territoire et en doivei conséquemment partager l'inviolabilité. Ce principe s'aj plique aux vaisseaux de guerre, parce que ceux-là, relevai de la souveraineté de la nation h laquelle ils appartîenneu ne sont en réalité que des forteresses flottantes : aussi h vaisseaux de guerre n'ont-ils jamais été regardéscomme suje au droit de visite. Mais le Trent, que je sache, n'est pas t