‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 57 sur 169 · AFFAIRE DU « TRENT · texte numérisé non relu

AFFAIRE DU « TRENT

vaisseau de guerre ; et la preuve qu*un bâtiment quelconque n est pas admis à jouir du privilège d'inviolabilité qui s'attache au territoire d'un peuple indépendant, c est que les vaisseaux marchands sont soumis au droit de visite. En exerçant ce droit, le capitaine Wilkes n*a rien fait qui ne fût parfaitement d'accord avec les lois qui régissent la matière; et ce u'est certes pas en cela que peut résider le fait d'outrage au pavillon brilannique.

Il ne réside pas davantage dans les formes employées, quoi qu'on en ait dit. Le coup de canon tiré par le capitaine Wilkes, par exemple, lui a été reproché comme un acte intentionnel de violence et d'insulte. Mais c'est le moyen régulier par lequel il est d'usage que le belligérant intime, au bàiimeht neutre qu'il rencontre, son intention de le visiter. Ici encore, le capitaine Wilkes n'a fait que se conformer aux règles de la législation maritime.

Reste l'enlèvement de MM. Mason et Slidell; mais, pour <p6 ce fait constituât un outrage intentionnel, il faudrait, MD-seulemenl que, sous ce rapport, le capitaine Wilkes eût ^Kédc les limites de ce droit, mais qu'il les eût excédées ^^ec pleine connaissance de l'illégalité commise; car s'il était établi qu'en outre-passant son droit il a cru s'y renfenner, en quoi cette erreur de sa part constituerait-elle un mrage ?

La question est de la sorte ramenée au point de savoir si 1^ capture de MM. Mason et Slidell est une violation du droit international, tellement claire, tellement évidente, telkment incontestable, qu'il était impossible au capitaine ^oaéricain de s'y tromper. Or, comment soutenir cela? Plus <^ approfondit le débat, plus la décision devient douteuse. Qu'importe que les légistes d'Angleterre aient déclaré la ^pture illégale ? Est-ce que les légistes d'Amérique n'ont

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pas exactement déclaré le contraire? Et quelle pins foite preuve que la question dont il s agit est de celles qui sont assez obscures pour que cliaque partie ne craigne pas et h résoudre dans le sens de son iiitérél?

Quand la guerre éclata entre l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud, la reine Victoria, vous vous en souveaei, publia une proclamation dans laquelle elle avertissait sei loyaux sujets que tous ceux d*entre eux qui s'aviseraient de transporter, pour l'usage et le service d'une des parties en lutte, officiers, soldats, armes, dépêches, le feraiejit à leon risques et périls, c'est-à-dire i la condition de subir la pénalité attachée à la violation du droit international. Maintenant, si le droit de saisir les dépêches de l'ennemi n'entraînait pas celui de saiâr ses émissaires, et si l'on donnait i des dépêches mortes une importance qu'on refuserait à def dépêches vivantes, convenons que la législation maritime aurait grand besoin de se mettre d'accord avec la logique !

Un Anglais, le chancelier Kent, a posé en principe « qu'une guerre entre deux nations est une guerre entre tous les individus qui composent l'une et tous les individos qui composent Tautre » . Il serait curieux de savoir comment le chancelier Kent jugerait, en partant du principe posé par lui-même, la capture sur un vaisseau neutre de deui hommes, non-seulement faisant partie d'une des nations en guerre, mais chargés de messages relatifs à la prolongation de la lutte.

Le chancelier Kent dit encore : c Les grands principef de la loi nationale veulent qu'en temps de guerre la propriété de Tennemi conserve son caractère hostile dans ra€l« du transport. » On se demande pourquoi si, dansTacte àê transport, la propriété de l'ennemi conserve ce caractfarc hostile, la personne de l'ennemi perdrait ce caractère.

AFTABB DD € TBE!IT » t87

Dans le npport présenté au roi par sir George Lee, dockm Païul, sâr DoÂey Ryder, et M. Murray, ensoite lord Maisield, il est dît : c L» marchandises de renncmi à bord foifaisseai ami peuvent être capturées. » Et pourquoi les marchandises ennemies seulement?

Lord Stowel, dans le cas de la Caroline^ s'exprime en ces mes : c Vous pouvez exercer votre droit de guerre toutes kl fois que le caractère d'hostilité existe. Vous pouvez arrë* krao passage l'ambassadeur de votre ennemi.» Qu'imap^ de plus décisif ?

Voilà pour les autorités anglaises, telles que les cite elles invoque un organe de la presse anglaise. Que seraitce si, pour trancher le nœud, on demandait leur opinion ttx jurisconsultes américains? Un d'eux, George Samner, ^ de faire connaître la sienne, et l'on devine sa conclu- M. D rappelle que, pendant la guerre de la révolution Siéricaine, Henry Laurens^ précédemment président du Goigr^ fut envoyé comme ministre en Hollande, avec ■BsioD d*y négocier la reconnaissance de rindépcndance de f Amérique et un emprunt; qu'il s'embarqua sur un paque- Hl hollandais, le Mercure; que ce paquebot fut arrêté, et lAens conduit en Angleterre, où on l'emprisonna h la Tour, <^oie coupable du crime de haute trahison. Entre le cas ''appelé par George Sumner et celui de MM. Mason et Slitil, l'analogie est frappante. Aussi la publication de sa lettre dans les journaux anglais a-t-elle fait sensation. Les ^CQUtives de réfutation ne pouvaient manquer, vous le pensez bien. Ceux-ci ont assuré que le Mercure n'était pas un Utîment hollandais; ceux-là que c'était un bâtiment hoUan- '^mais chargé d'articles contrebande de guerre; d'autres ft'il avait été, à la différence Au Trent, mené devant une c^ des prises, jugé et condamné. Tout cela peut être; mais

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que, dans Toccasion rappelée, M. Laurcns ait été saisi le Mercure avant tout jugement, et traité comme con bande de guerre, et mené à Londres, et emprisonné Tour : voilà ce qu'on ne nie point, après tout. L*exen reste donc avec la leçon qu*il contient.

Au surplus, que signifient ces étroites disputes? Où i lent en venir ceux qui font ainsi dépendre la guerre e deux grands peuples de je ne sais quelles chicanes de | cureur, de je ne sais quelles ergoteries de maitre d'éo Est-il vrai, oui ou non, que, s*il est une nation au monde ait violenté les neutres, tyrannisé FOcéan, abusé du droi visite, poussé jusqu'à Tabsurde la pratique des blocus fii et des blocus sur le papier, insulté même le pavillon vaisseaux de guerre appartenant à des neutres, et enfl liste arbitraire des articles contrebande de guerre au poin rendre le commerce du monde entier victime d*une qaei à deux, cette nation est la nation anglaise? Et est-il 's oui ou non, que c'est TAmérique qui, avec la France, plus con^stamment et le plus énergiquement défendu, coi l'Angleterre, la dignité des peuples d'une puissance raaril bornée, les franchises du commerce pacifique, Tindépenda des pavillons, les droits des neutres enfin et la liberté mers? Aujourd'hui encore, la susceptibilité violente trahit ce cri, poussé partout : « Outrage on ihe Briltshflag ne viendrait-elle pas d*un sentiment trop hautain p que l'Angleterre l'avoue, mais trop cher à son orgueil f qu'elle se résigne à y renoncer? Certes, le temps est pas» Selden, dans son Mare clausum, épuisait tous les genre: sophisme pour établir le droit de propriété des Anglais su riLT, ce grand chemin des nations. Le temps est passi Cuarlcs I^' chargeait Carlelon, son ambassadeur h la Hs de porter plainte aux États-Généraux contre Grotius, ei

AFFAIRE M] « TREffT » 28U

demander qu*on fit un exemple de l'audacieux auteur du Mareliberum. De nos jours, espérons-le, on aurait quelque peine à comprendre un manifeste comme celui on Guilbume III reprochait à Louis XIV d'avoir laissé violer la souveraineté de la couronne d'Angleterre sur les mers britaimiques. Mais les changements que le cours des choses a apportés dans l'état général du monde n'ont, je le crains, que faiblement influé sur des prétentions qu'appuient, d'ailleurs, une marine militaire formidable, des nuées d'intrépides matelots et d'immenses possessions coloniales. De là, l'impossibilité où est l'Angleterre de souffrir avec calme qu'on retourne contre elle les conséquences du droit de visite, et qu'on lui applique la théorie ([u'elle a elle-même si hautetnent proclamée, si persévéramment soutenue et si rudement nûse en pratique. Il y a dans l'indignation que l'affaire du Irenl a soulevée ici quelque chose de la colère d'un souverain à qui un de ses sujets ose manquer de respect. A l'Angleterre de voir jusqu'à quel point ce sentiment l'autorise n witrerdans des voies où il lui faudra faire route côte à c()le îvecle meurtre. En tout cas, ce n'est point à la France qu'il convient de lui ser>îr de second dans une semblable querelle.

Puisse-t-elle être évitée ! Puisse-t-elle l'être surtout par I) médiation de la France, qui, si elle intervient, ne saurait fe faire que de cette noble façon !

f avais pris la plume pour examiner les bases sur lesquelles repose le droit international, en me plaçant au point de vue ^ la liberté — point de vue qui, par parenthèse, vient i'étre indiqué par M. Cobden dans une lettre relative au '^«Mpiet de Rochdale — et voilà que j'arrive à la fin de ma c<>iîespondance sans avoir même abordé la question que je voulais approfondir ! Ce sera pour une autre fois, si vous le P«nncltez.

T. I. la

290 LETTRES SQH L*ANGU!:T£i»IB (ia6l)

Je nommais tout à l'heure Selden : n'est-il pas skifuli que la devise de l'auteur da Mare clauMum soit ceUe-d :

La lU>ertè par-dt:ssas touL

Belle devise ( Elle honore Selden et condamne son livi De ses profondeurs sortira, tôt ou tard, la solution padfiq d'un problème qui, ai^ourd'hui, nous ne le voyons que tro est un problème rempli de sang.

XLÎFI

16 décembre.

Mort do prhiee Albert.

Avant-hier, à minuit, la grande cloche de Saiot-Pa annonçait aux Anglais la mort d'un prince, mari de le reine et père de leur roi futur.

Dans les pays où l'esprit de cour, chez les uns, crée nourrit Tcsprit de servilité chez les autres, la mort d grands de la terre donne lieu à un deuil conventionnel, à d larmes de bon ton, à des désespoirs comme il f:mt : il n' va pas ainsi dans les pays libres. Quand on y pleure I morts, c'est leur vie qu'on se rappelle, non leur rang. Ton peut croire à la sincérité d'une telle douleur.

Les regrets qu'a éveillés ici la mort du prince Albert so réels, profonds, et laisseront trace, à cause de l'affecti

■OlIT mr FRIXCE A£BEIIT 9f t

fu'on porCe i la reine d'abord, et ensuite à cause des syttipafhies ipii s'adressaiem an priffce Ini-raéiDe.

En le perdant, la reine perd à la fois le plus déroué de ses conseillers» le guide le plus sûr de ses enfants, le conupagnon fidèle de son existence, et toute la joie de son âme. Yoilh ce que chacun sent; et, dans cette reine qui va se trowver si irnielleroent isolée sur un des premiers trônes du monde, on plaint la mère, on plaint réponse, on plaint 1) feonne. H s'y a pas longtemps, c'était sa mère qui ta ^ittait pour toirjours : avjourd'hur, c'est son mari. Combien doit saigner un cœur qui, coup sur coup, reçoit deux Jbles^ «Tes ! Et quelles blessures !

Sans doute, ce sont là de ces mornes désolations dont le c^r^ictère, hélas ! n'a rien d'exceptionnel ; elles sont connues d»»s les chavfliîères comme dans les palais, ces heures pleivies d'angoisse, et les infortunes de ce genre n'en sont P^s moins touchantes, pour être obscures. Hais ce qui expliï*e, en cette circonstance, Témotion publique, c'est l'altackesMiit que Victoria, en sa qualité de reine, a su inspirer A peuple anglais. On pleure sur elle parce qu'elle souffre, ^i^^îs aussi parce qu'on Taîme. Et pourquoi l'aime-l-on? ^^ce que, indépendamment de toutes les yertus domestiques, elle a donné l'exemple de cette grande vertu publique f^ consiste, de la part d'un souverain constitutionnel, h ne J^ïïiais franchir les limites de son pouvoir, et à ne se considérer jamais que comme le premier des serviteurs de tous. Cest sous ce rapport aussi que le prince Albert méritait d*être regretté, et qu'on le regrette.

Quelle position difticile que la sienne ! Réduit à n'être que te mari de la reine, devait-il se mêler des affaires politiques,

^ s'abstenir ? Dans le premier cas, il risquait d'encourir le

proche d'ambition, et d'armer contre lui les esprits soup-

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çonneux. Dans le second cas, on pouvait Taccuscr d*é| et puis, que devenait sa dignité, enveloppée à ce poi sa prudence?

Uu*il ait toujours suivi la ligne droite entre C€ écueils, Tariirmer serait, je crois, trop dire. Il passait mêler sous main de choses qui n'étaient pas de s maine; il passait pour exercer sur la conduite des militaires, par exemple, une influence occulte que n fiaient, ni sa position, ni la spécialité de ses connais Toutefois, si Ton considère que la reine avait en confiance absolue; quMI était naturellement son consi plus intime; et que, sous Tempire de ses conseils, Victoria se trouve avoir été plus fidèle à son rôle ce tionnel qu'aucun des souverains appelés à occuper k il faudra bien accorder au prince Albert le mérite d'i crétion rare et d'une sagesse soutenue.

C\'St, il faut le dire, le vice et le danger des mon constitutionnelles, de donner trop à désirer au mouai ne paraissant pas lui donner assez. Une royauté sans ] sans mouvement, sans initiative, sans vie réelle, peui nir très-difficile à porter pour le titulaire s'il a du et impossible à porter s'il a du génie. Qu*il soit bon de mais laisser vide la première place de l'État, point de i toutes les intrigues et but éclatant de toutes les ambitioc certes très-permis de le soutenir; mais cela même ad problème est loin d'être résolu : car, qu'il y ait, oui ( avantage à mettre théoriquement une statue sur le considéré comme une niche qui doit être occupée sans niption, la question est toujours de savoir si la statu sentira à s'y tenir immobile, lorsque cette statue vante. Qui a beaucoup est fortement tenté de davantage; et Sancho Pauça lui-même prit en dé{

MOnr DU PRINCE ALBERT 203

soii-veraineté, le jour où le docteur Roch des Augures lui vin % dire, au moment du diner : c Vous ne mangerez pas de ce plat, ni de celui-ci, ni de celui-là. »

Oue fut le règne de Louis- Philippe, sinon un effort de dit— luit ;ins pour arriver au gouvernement personnel? L'effort échoua ; mais il n'est pas sûr que la France se fût accommodée d*une royauté qui n*aurait été qu une sommé de douze millions mangée par un homme.

Il est vrai qu*en Angleterre les conditions sont différentes, la royauté pouvant exister là, en tout état de cause, comme 9}imbole, parce qu'en elle se résume une aristocratie puissante; parce qu'elle représente le principe de primogéniture et de substitution, c'est-à-dire le principe qui sert de base à ledificede la société anglaise; parce qu'enfin elle s'appuie «tr le sentiment de la hiérarchie, plus respectueux en Anl^eterre que dans aucun pays du monde. Et cependant, il ii*est pas jusqu'à l'Angleterre qui n'ait fourni des exemples de la difficulté que je signale; témoin le règne de George III, qui, comme celui de Louis-Philippe, ne fut qu*iin long combat livré par la couronne, impatiente d'élar- B^r le cercle de ses prérogatives et de briser ses menottes c^^stitulionnelles.

li a donc fallu au prince Albert, on ne saurait le nier, un S^and fonds d'abnégation pour qu'il n'ait pas poussé la reine * sortir des limites prescrites, et qu'il ait su mettre un frein 3 ses propres désirs. Cela est d'autant plus remarquable, que le prince Albert n'était pas un homme médiocre, tant s'en fîut. Son intelligence, cultivée de bonne heure et avec soin, ^vait porté des fruits précoces 11 possédait des connaissances étendues et diverses. Aux discours qu'en mainte occasion il a prononcés, on voit qu'il avait beaucoup réfléchi; et son élo- <lQ6ncc, un peu froide, mais toujours substantielle, ne per-

tfê LETTRES SLR L* ANGLETERRE (lS6l)

â»t sùreBieDt rien à être éclairée çà el là j^r des reflets de U philofiopliie allemaDda. Jl aimait les arts et les protégeaii; il s'occupait de l'agriculture ; il avait sur les développemeiits dont rîndastrie est susceptible des vues aussi saines jqa*élevées. La grande exposition de 1851 fut en partie son ouvrage, et son nom restera indissolublement lié à ceOe de 1862.

Dans la haute aristocratie, si je suis bien informé, il n*étâit aimé qu'à demi; on lui trou\'ait une fierté un peu dédaigneuse : tortgrare dans le monde de l'orgueil!

Quoi qu'il en soit, la Hiort du prince Albert, coup si terrible pour la reine, dont il détruit le bonheur et menace la sauté, est en ce moment, pour le peuple anglais, le sujet d'une affliction très-sincère, je le répète, et très-réflécbie.

Cet éfénement, auquel on était h peine préparé parles rapports <les médecins, jette de plus un triste voile sur h saison prochaine. Adieu les drawing-rooms, les bais, les concerts, les soirées d'éclat ! Adieu les bénéfices sur lesquels le commerce de luxe avait coutume de compter ! L'Exposition, attendue l'année prochaine, aura-t-elle lieu maÎBtenant? Quelques-uns en doutent et sont portés à croire qu'on l'ajournera. Comme c'est une entreprise, après tout, particulière, il est certain qu'elle serait ajournée peur peu que la reine en exprimât ou seulement en lais&At deviner le désir.

LE DftOIT DU PLUS FORT 995

16 décembre.

Le dreit da pins fort.

Au momentoù les Anglais preuaienl le deuil pour le prince

Albert, ne recevait-on pas la nouvelle que le Congrès de

lAimérique du Nord avait voté des remerciments au capitaine

W'îlkes, et que sa conduite avait été approuvée par Tami-

ratité, de laquelle il relève? Bien que ces deux faits n'aient

rien de décisif, on ne peut se dissimuler qu'ils sont de na-

lare à ébranler fortement la confiance de ceux qui croient h

l* paix, tout en pénétrant de tristesse ceux qui l'appellent

te leurs vœux. Le ton du message, que les journaux pu-

bUent aujourd'hui, n'est pas non plus très-rassurant. A la

mérité, l'affaire du Trent n'est pas mentionnée; mais il y a,

ïi^alheureusement, plus qu'une menace couverte dans la

ï^rasequî semble prévoir la guerre étrangère comme consé-

^QeDcedela guerre civile. Que va-t-îl arriver? La carrière

^t ouverte, désormais, à toutes les suppositions cl h toutes

'es craintes.

Dans la lettre par laquelle il s'excusait de ne pouvoir se ï'endre au banquet offert à son ami M. Brîght, par les habibats de Rochdale, M. Cobden a rappelé :

Que le gouvernement des États-Unis, il y a plus de cinq 'Bs, proposa aux puissances européennes ffaffrani^iir de toute SB9C par des vaisseaux de guerre les propriétés privée^ tra=.. ^^ntlamer; "

296 LKTTRES SUR l' ANGLETERRE (I86I)

Qu'aux termes d'un raessa^je du présidi?nt Pierce, celte proposilioD fut accueillie favorablement par la Russie et la France, mais repoussée pur le gouvernement anglais;

Qu'en cela, le ministère se trouvait agir contrairement à l'opinion unanime des sociétés commerciales de l'Angleterre'^

Qu a une dal^ postérieure, le gouvernement de M. Buchanan, élargissant la question, proposa d'abolir les hlocus. en ce qui concernait les ports de commerce, mais que, cette fois encore, le gouvernement anglais ne voulut rien eutendre.

Supposons qu'il en eût été autrement; supposons qu'au lieu d'être repoussée, l'offre faite par les États-Unis eût été acceptée par l'Angleterre : le commerce des Anglais avec les ports du Sud de l'Amérique serait-il aujourd'hui interrompu î Et la guerre civile qui a éclaté |)ar delà l'Océan serait-elle devenue, pour le Lancashire, la source des sacrifices qui lui sont aujourd'hui imposés? Voilà ce que M. Cobden demande <lansla lettre dont il s'agit; et à cette question, une seule réponse est possible.

C'est avec douleur que je me vois amené à rappeler ici que, lorsqu'il y a deux ans la Chambre des Communes eut à examiner le point de savoir s'il ne conviendrait pas de déclarer insaisissables les propriétés^ji:^^4êj>>4esJieHigéranls, JQCjd John Kussell ne craignit pas de dire : « Si pareil principe venait à prévaloir, c'en serait fait du pouvoir qui, sur iner, a rendu la Grande-Bretagne si formidable ! »

Qu'est-ce à dircï Le droit du plus fort est donc le droit? Politique de grand chemin! C'est en faisant de ce droit du plus fort le fondement de ses théories e:i matière de législation maritime, que l'Angleterre a amené les complications

VELLEITK DE GUERRE 291

qui risquent de se dénouer d*uiie manière sanglante. Si la guerre éclate, le passé de l'Angleterre sera-t-il innocent des calamités de TaVenir?

^ décembre.

Velléité de gperre.

L'Angleterre désire la guerre. Voilà ce qui ressort pour ffloi — j'ai regret à le dire — de lout ce que je vois et de tout ce que j'entends. Comme je vous l'ai mandé dans une précédente lettre, il y a ici des liommes d*une intelligence élevée qui redoutent ce conflit et qui en mesurent la portée ^*slre : je vous ai parlé d'un très-noble et très-beau dis- ^<Hirs de M. Brighl.; vous-même faisiez, l'autre jour, conwîlre il vos lecteurs, telle qu'une leltre de lui l'a récemment foromlée, Topinon de M. Cobden. Mais, il n'est que trop ^i, le démon de la guerre a conquis les esprits et les ^; on fait plus que s y prépHrei*', on fait plus que l'envisager de sang-froid : généralement parlant, on l'attend ïvec impatience, on l'appelle, on la veut.

Uo des derniers numéros du Punch représentait John Bull Stable avec sa famille. Entre Jonathan, portant un drapeau iocliné sur son épaule droite, et ayant un grand sabre au ^, des pistolets à sa ceinture. Il vient chercher s'il y a des rebelles. Les femmes et les enfants sont effrayés et ouvrent

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de grands yeuTc; John (lord Russell), le domestiqne, fréorit de colère, lui, et s'avance, les poings serrés, vers Tétranger; mais John Bull, sans se déranger autrenàent, dit : t Des rebelles? Ah! vraiment! John, regarde à Targenterie, et cours chercher le poUccman. »

Le spirituel et mordant crayon de Punch n'a que trop bien exprimé, dans celte scène, le sentiment de sécurité méprisante et l'attitude de l'Angleterre à Tégard de TAmérique.

Le secret de ces dispositions belliqueuses, ai-je besoin de le révéler ? C*est, hélas ! le secret de la comédie.

Depuis longtemps les Anglais éprouvaient le désir d'abattre une puissance rivale ; depuis longtemps ils frémissaient (le voir se développer, de Taulre coté de TOcéan, et se développer dans des proportions gigantesques, un pouvoir émule du leur ; depuis longtemps, ils suivaient d'un œil inquiet les progrès de la marine marchande américaine; depuis longtemps l'aristocratie anglaise s'affligeait de l'éclat importun jeté par des institutions qui la condamnaient. Maûs, tant que les États-Unis sont restés les États-Unis^ les attaquer eût été dangereux... Aujourd'hui Voccasion iortiX trouvée-, les Anglais ont le vent en poupe, et ils se disent : « Saisissons bien vite Vheure propice; qui sait si elle reviendrait, » >

Le Times^ hier, se répandait en lamentations solenneHes sur ce que l'homme n'est pas maître de sa destinée; sur ce que l'Anglelcrre, provoquée de toutes les façons imagintiUes par PAmérique, n'avait pu réussir, par des prodiges de patience, îi écarter la fatalité d'une guerre qtfà entendre son grand organe elle sera forcée de subir, malgré qa*éDe en ait.

En vérité, ceci ress ^mble îi une mairv^aîse plaisanterie. Que

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