‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 58 sur 169 · VELLÉITÉ DE GUERRE · texte numérisé non relu

VELLÉITÉ DE GUERRE

lesAméricaiBs aienteu, depuis longues inDées,de$ torts grava eofers TAngleterre ; qu*ils aient affecté, ea mainte occa- 9§D. de la traiter avec une hauteur aussi déplacée qu*offeiisaale ; qu'ils aient pris une sorte de plaisir à abuser de sa tolérance; cela est incontestable, et, sous ce rapport, les ressentiments de TAngleterre sont justes. Mais c'est se moqoer que de faire honneur aux sympathies fraternelles de rAngleterre pour l'Amérique, de ce qui n'a été que le résultat d*une politique prudente et froide. La patience des Anglais, tant que le Nord et le Sud sont restés unis, s'explique par l'immense intérêt qu'ils avaient à ne pas perdre kfloton, et par la crainte d'affronter une lutte dont l'issue était douteuse. Us savaient à merveille que si leur marine nilitaire était sans égale, la marine marchande des États- Oiis était la première du monde ; ils se rappelàîefiTTprc; Iwde la gpeffedeT^a^ les Américains n'avaient eu qu'à Wereu course leurs nombreux bâtiments pour infliger à ÎAagleterre des pertes énormes et porter k son commerce te coups terribles ; ils avaient encore présent h l'esprit le SMienir de plus de treize cents navires de toute espèce cap- Ms, dans l'espace de trois ans, par les corsaires améri- ^; et l'idée même des changements introduits dans les fKrres navales par la vapeur ne les rassurait pas d'une Wîère complète, parce qu'en fin de compte la vapeur n'a F» encore tout à fait détrôné le vent, et que, si l'Amérique ^ pittvre en charbons, elle est riche en habiles constnictesde navires, en aveuturiers hardis et en intrépides loups ^Mr. Aujourd'hui la situation n'est pas la même : le peu-^ pkasériadn eo est venu k se déchirer les entrailles de ses P^ifres mains, et les Anglais voient naturellement dans ^Bttê ciroonstance l'occasion d'atteindre sans trop de périls <i ht (|ae jusqu'à oe jonr la prudence leur avait prescrit

de voiler. Sans compter — et ceci est une considération décisive — qu*en faisant la guerre à l'Amérique, lorsqu'elle était unie, ils auraient dA dire adieu au coton, taudis qu*ei faisant la guerre h TAmérique divisée, ils ont quelque chanci de renouer avec les Étals du Sud, débloqués, des rapporli dont rinterruplion leur est odieuse.

Dans sa lettre sur l'affaire du Trente George Sumner rappelait avec amertume que, peu de temps après la ruptur< entre le Nord et le Sud, le pavillon britannique avait éti cruellement insulté dans le port de Savannah ; qu*un capitaine de vaisseau an;];lais, le capitaine Vaughan, coupabh aux yeux des gens du Sud d*avoir donné h diner à un arrimeur, homme de couleur, avait été saisi h bord de son vaisseau, arraché des bras de sa femme, et qu'après lui avoii goudronné le corps, on Tavait roulé dans des plumes: Ç*étai le cas ou jamais de montrer ce que peut la susccplibiliti d'un grand peuple. Pourquoi l'honneur britannique fut-i moins v^ensible à cet outrage, venant du Sud, qu à celui qui depuis, lui est venu du Nord? La raison se devine.

Qu'on ne cherche donc pas à égarer l'opinion du monde sur le caractère de la lutte, si par malheur elle éclate; qu'on ne se drape point dans une générosité fastueuse : la vérité vraie, c'est que l'Angleterre nourrissait depuis longtemps contre les Américains des ressentiments que les provoealioD! de ceux-ci avaient rendus légitimes, et prenait ombrage di développement rapide de leur puissance. L'occasion attendue le prétexte désiré, ayant été fournis par l'enlèvement d< MM. Mason et Slidell, on serait fîkhé d'en perdre le béné* tîce. Venger d'un coup toutes les injures passées; s'ouvri un chemin jusqu'au colon; affirmer aux yeux de la lerr entière, l'inviolabilité de ce pavillon britannique accoutum* au respect de l'Océan, et en finir avec une puiss^mcc redou*

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table, dans les circonstances les plus favorables pour la combattre, que de tentations k la fois ! Aussi ont-elles agi avec force sur Tinstinct national.

Si donc il arrivait que, en dehors de toute médiation, VAmérique du Nord demandât h TAngleterre, comme condition de la mise en liberté de MM. Mason et Slidell, une consécration franche et définitive de Tind^^endance des mers, il serait absurde d'imaginer que rAnglètêrrÇ^prêiàt un instant l'oreille à une proposition semblable.

Et voilà précisément pourquoi l'offre d'une médiation de b part d'un pouvoir aussi considérable et aussi écouté que bFrance aurait été au plus haut point désirable. Car, pour peu que la question eût pris ce tour, l'affaire du Trenty qui 2 causé tant d'émotions pénibles et donné lieu à tant d'appréhensions lugubres, aurait pu avoir rang parmi les plus koreux accidents de l'histoire, et jamais avantage plus réel, fhs durable, ne serait sorti d'une calamité passagère.

Quoi qu'il en soit, peut-être le moment n'est-il pas mal àmsi pour appeler sur ce qui forme aujourd'hui les bases do droit pompeusement appelé droit international^ l'attention de ceux qui, dans Thistoire, voient autre chose qu'un panorama. Si tel est votre avis, monsieur, je solliciterai une place dans vos colonnes pour quelques réflexions que m'a soKérées, touchant la nécessité d'une révision de la légisbtîon maritime, l'événement autour duquel on fait tant de bruit, et du sein duquel peuvent sortir tant de catastrophes.

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