LES ANGLAIS EN CHINE
Ue là, en matière de réduction d*impôt, la préférence * qu^ils auraient voulu faire accorder au thé sur le papier. La tentation était forte, dans un pays oii la consommation du Ibé est universelle, et a, pour ainsi dire, un caractère national. Hais le i»euple — c*est un trait qui Thonore — a surmonté la tentation. A ceux qui, d'une voix doucereuse, lui conseillaient de s'occuper de son estomac, il a répondu quMl ne demandait pas mieux , pourvu qu*on le laissât d*abord s'occuper un peu de son cerveau.
15 mai.
Les Anglais eu Chine*
Du thé aux Chinois la transition ne vous paraîtra pas trop brusque, je Tespère. Laissez-moi donc vous parler un peu des Chinois.
Samedi, TAcadémie royale des beaux-arts a donné, dans les salons de la Société, à Trafalgar-square, un banquet destiné, selon Tusage, h inaugurer Touverture de TExpositien. Sir Charles Eastlake, président de V Académie , occupait le fauteuil, comme nous disons en France. Au banquet des Arts, la politique était représentée par lord Palraerston, ce vieillard éternellement- jeune, qui est de tous les tournois et de toutes les fêtes. M. Gladstone, en qui le génie de la finance se marie à celui des lettres, représentait la littéra-
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ture ; et la famille royale était là dans la personne du duc de Cambridge. Deux frères, le lieutenant général sir Hope * Grant et M. Frank Grant, Tacadémicien, semblaient personnifier ralliance des arts et de Tépée. De tous les discours prononcés dans cette occasion, le plus intéressant peutêtre a été celui de lord Elgin, dont voici un passage :
« Le génie des Chinois entrevit la route qui mène à la suprématie militaire, lorsque, plusieurs siècles avant que toute autre nation y songeât, il fit la découverte de la poudre à canon. II entrevit la route qui mène à la suprématie maritime, lorsqu'à une époque non moins reculée, il découvrit la boussole. Il entrevit la route qui mène à la suprématie littéraire, lorsque, dans le dixième siècle, il inventa Timprimerie. Enfin, comme mon illustre ami M. E. Landseer, assis a ma droite, me le faisait remarquer, les Chinois n'ont pas été sans avoir de temps en temps une vive conjpréhension du beau, soit en matière de couleur, soit en matière de dessin. Mais il est arrivé qu'entre leurs mains la découverte de la poudre h canon n'a produit que des pétards et d'innocents feux d'artifice. Des jonques pour naviguer le long des côtes, voilà tout ce qu'ils ont su tirer de la découverte de la boussole. L'art de l'imprimerie, chez eux, n'a su rien enfanter de mieux que des éditions stéréotypées de Confucius, et leur conception du sublime et du beau n'a guère abouti qu'à de cyniques représentations du grotesque. Quoi qu'il en soit, je suis disposé à croire que, sous cette masse de décombres, il y a des étincelles du feu divin, étincelles dont le souffle de mes concitoyens peut faire jaillir la flamme. »
Lord Elgin a été , selon moi , beaucoup moins heureusement inspiré, quand il a entrepris de justifier, au point de vue du droit de punir, de se venger et d'eff'rayer, la destruction du palais d'été de l'empereur de la Chine. Prétcîudro