LES ANGLAIS EN CHIXR
propager la civilisation par le pillage , la dévastation et la vengeance, c'est lui manquer de respect, c'esj dégrader l'idole pour laquelle on cherche de nouveaux adorateurs.
Il est vrai que lord Elgin, en sa qualité d'Anglais, peut avoir ses raisons pour trouver tout simple qu'on traite la Chine de Turc à Maure, attendu qu'en 1857, dans ses démêlés avec l'Angleterre, elle tut, je crois, le tort grave d'avoir raison.
Curieiix chapitre de l'histoire contemporaine que celui-là! J'étais à Londres, alors comme aujourd'hui, cantonné dans mon rôle d'observateur impartial, et je vis se dérouler sous mes yeux des faits trop caractéristiques pour que je résiste à la tentation d'en retracer le tableau.
Le 8 octobre 1836, un vaisseau chinois, monté par des Chinois, ayant été abordé dans la rivière de Canton par des officiers chinois, et ceux-ci ayant pris la liberté grande d'arrêter douze hommes suspects de piraterie, le consul anglais s'empressa de réclamer. La réclamation était fondée sur ce que le vaisseau dont il s'agit avait acheté un permis en vertu duquel il avait droit d'arborer le pavillon anglais. Ce permis, eût-il été valable à l'égard des Anglais, ne pouvait av/)ir évidemment pour résultat de faire qu'un vaisseau chinois filt un vaisseau anglais, et, comme tel, soustrait à la juridiction des autorités chinoises. A ce compte, l'Angleterre aurait un moyen bien simple de mettre la main sur la marine des autres peuples : ce serait d'enregistrer leurs vaisseaux et de leur vendre le droit de porter son pavillon ! Qu'imaginer de plus extravagant? Mais, chose curieuse, le permis sur lequel le consul anglais Parkes fondait sa réclamation n'était pas même valable, en ce cas, à l'égard des Anglais. Lorsque sir John Bowring, gouverneur de la colonie anglaise de Hong-Kong, y reçut la nouvelle de ce qui s'était passé, il
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écrivit de sa propre main au consul Parkes: « II parait que V Arrow n'avait, pas le droit d'arborer le pavillon britanni([ne. Le permis était expiré. »
Il semble qu'après cela il n'y avait phis qu'à laisser tomber Taffaire. Mais tout concourt à prouver que sir John Bowring avait reçu ordre de saisir la première occasion qui se présenterait pour forcer l'entrée de Canton. Le voila donc qui déclare que la Chine vient d'insulter l'Angleterre! Vous vous rappelez la fable des Animaux malades de la peste?
Manger Thcrbe d*autrai, quel erime abominable ! Bien que la mort D*était capable D'expier ce forfait.
Mais ici, les autorités chinoises n'avaient pas même à se reprocher d'avoir mangé Therbe d'autrui. Elles avaient usé d'un droit incontestable et reconnu par toutes les nations civilisées, que dis-je? elles avaient accompli un devoir; car il ne faut pas perdre de vue que les marchands anglais font, sur les côtes de la Chine, un cooimerce déplorable, celui de l'opium; que ce commerce a lieu par l'intermédiaire de contrebandiers chinois qui résident dans la colonie^ anglaise de Hong-Kong, et que le pavillon anglais sert précisément ou peut servir à protéger un trafic meurtrier. De là, pour les autorités chinoises, l'absolue nécessité d'une surveillance active, qu'il était étrange de transformer en insulte.
C'est ce que Yeh, gouverneur de la province de Canton, eût sans doute répondu en propres termes, si la force eût été de son côté; mais, comme elle était du côté de ses adversaires, il se contenta d'opposer aux réclamations des agents britanniques certaines observations dont le style était modéré et la logique pressante. Yeh y protestait énergiq[aemeQt