DANGER DE GUERRE
ssiQce des majorités y est plus que dominante, elle y est écrasante. Les minorités y sont plus que soumises, elles y sont annulées. El que résulte-t-il de là ? C'est que les esprits les plus émineuts y sont précisément ceux qui n'ont pas accès dans la représentation nationale, et vivent à i* écart des {onctions publiques. Suivant une remarque très-juste de M. John Stuart Mill, < la vie politique en Amérique est une boBDC école, mais une école de laquelle sont exclus les professeurs les plus habiles » .
C'est là certainement un grand mal en toute circonstance; et combien n'est-il pas à déplorer, dans des crises nationales du genre de celles que TAmérique traverse aujourd'hui!
Dieu veuille qu'elle eu sorte heureusement! Mais je ne puis me défendre de <juelque inquiétude, à l'idée que la solution du problème qui nous tient tous en suspens va dépendre des passions, violemment surexcitées, du plus grand nombre, dans un pays où le pouvoir du plus grand nombre est sans contre-poids suffisant et manque de ce qui le tiendrait en garde contre lui-même.
Si, comme il est permis de le prévoir, la réponse du gouvernement de Washington ne consiste ni dans la mise en liberté immédiate des deux commissaires enlevés, ni dans un refus hautain de nature à fermer la porte à des démarches couciliatrices, l'Angleterre hésitera-P-elle à frapper? ^enele pense pas.
iehsais dernièrement dans le Daily -Telegraph, journal ^-répandu, très-bien écrit, et, en ce qui touche aux questions de politique intérieure anglaise, très-libéral, que, dans l«cas où l'ultimatum de l'Angleterre ne serait pas accepté ^ la lettre, purement et simplement, tout serait dit. SLie ne me trompe, c'est là l'expression de la pensée générale.
830 LETTRES SUR l\\NGLETERRE (iB62)
Le Daily-Telegraph n'est pas, ainsi que le Times^ un journal de salon et de chancellerie ; mais, à cause de cela même, il ne se croit pas obligé de faire de la diplomatie dans ses colonnes, et la naïveté ou, plutôt, la crudité avec la- ((uelle il exprime le sentiment anglais, n*est pas sans donner ici quelque gravité à ses paroles, qui ne sont, d'ailleurs, que trop d'accord avec tout ce que j'entends dire autour de moi.
Toutefois, il est juste d'ajouter que cette ardeur belli- ((uouse n'est pas absolument unanime. Le Morning^iar, ((ui propage avec un grand courage moral et beaucoup d'élévation les tendances cosmopolites d'une politique dont M. Bright est l'orateur populaire, et M. Colid£iLJ*homnie d'État, lé Tlforwrry^rar' n'est pas le seul journal qni se prononce contre la guerre : il est à noter qu'à Leed$, à Bradford, à Manchester, les espriLs sont plus frappés qu'à Londres de ce qu'entraînerait de maux une bnisque interruption des rapports commerciaux de l'Angleterre avec l'Amérique du Nord.
Je dois dire de plus que l'idée di^LaUbUxâgÊ^ comme moyen d'éviter l'effusion du sang, continue à se faire jour dans certains organes de la presse anglaise. Cette idée a même trouvé, dans lord Ebury, un avocat qui en a exposa les avantages d'une manière aussi noble que saisissante. \a)vA Ebury invite ses concitoyens à déployer, dans les circonstances présentes, cette modération qui est la majesté ai la force, et celte générosité qui en est la preuve. Il insist< sur c^ (ju'aurait de magnanime la proposition d'un arbitrage venant de l'Angleterre elle-même, alors qu'elle est, au si du monde entier, dans la plénitude de sa puissance et Si trouve en position de commander à la victoire. Il rappelle a (|ui advint, en Angleterre, il y a vingt ans, au sujet du duel Un oflicier de beaucoup de distinction, et généralemen
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aiirâé, ayant été tué en duel par un de ses parents, presque au moment où, de retour dans son pays, il mettait le pied sur le rivage natal, l'opinion publique s'émut à ce point, que lord Hardinge, avec Tassenliment du duc de Wellington, introduisit dans la théorie du duel des changements destinés à en subordonner la pratique aux décisions d'un jury d'honneur. On ne crut point, d'abord, h l'efficacité d'un tel remède, tant il paraissait peu probable que des hommes de oœur y eussent recours. Qu*arriva-t-il cependant? A quelque temps de là, un officier ayant adressé quelques paroles offensaates au capitaine Matson. celui-ci n'hésita pas h faire usage de Tautorité que lui donnaient son caractère bien connu et son courage éprouvé; il en appela intrépidement à une ctHur d'honneur; l'affaire fut arrangée honorablement pour les deux parties, et, a dater de ce jour, la pratique du duel fnten quelque sorte bannie de l'Angleterre.
Le parallèle est heureusement trouvé, « dit le Uoyd*s Wetkly Newspaper^ en invoquant les paroles de lord Ebury il Tappui d'un article dont les conclusions sont toutes pacifiques: c Pour que le salutaire principe mis en avant dans le traité de Paris entre en application, il faut qu'une nation commence. Or, est-il sur la face du globe une nation qui soit mieux en position que l'Angleterre d'agir nationalement comme le capitaine Matson le fit individuellement? Nous pouvons rire de ceux qui hocheraient la tête, revêtus (|ue nous sommes du pouvoir de châtier d'une façon prompte et exemplaire quiconque dédaignerait notre modération, ou repousserait nos justes demandes. »
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5 janvier.
Les États-Unis et Taristoeratie anglaise.
Lundi dernier, il s*est tenu à Brightou un meeting dont la composition et l'objet valent qu'on s'y arrête.
Ce meeting avait été convoqué par un comité d'ouvriers; c'étaient des ouvriers qui en grande partie le composaient.
Oh ! que vous avez raison, monsieur, de plaider pour une solution pacifique de la question anglo-américaine, et que vous servez bien en cela les vrais intérêts de la démocratie! Car c'est elle qui est en cause. La classe ouvrière ici ne s'y trompe pas; et, tandis que les membres de l'aristocratie, les propriétaires du sol, les gros manufacturiers, les politiques de salon et les politiques de club ne respirent que vengeance, guerre o.i victoire, c'est dans ce qu'un orgueil imbécile a coutume d'appeler les bas-fonds de la société, qu'il faut descendre pour trouver le cabne, la modération et l'amour réfléchi de la paix.
Comme il a été c^iractéristique, ce meeting de Brighton ! La résolution qui y a été proposée et adoptée en révèle bien l'esprit. La voici eu propres termes :
<( Considérant que la dispute entre l'Angleterre et l'Amérique est née d'une interprétation erronée de la loi internationale plutôt que d'une insulte intentionnelle au pavillon britannique, ce meeting est d'avis que la question doit être soumise à l'arbitrage d'un pouvoir neutre, et que, dans les «irconstances actuelles, une jçuerre avec l'Amérique serait