‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 61 sur 169 · LES ETATS-UNIS ET L ARISTOCIIATIE ANGLAISE [VM · texte numérisé non relu

LES ETATS-UNIS ET L ARISTOCIIATIE ANGLAISE [VM

injustifiable et mériterait d'être réprouvée par le iieuple anglais. >

Jetaient présents deux membres de la Chambre des Comm^jtnes, représentants de Brighton : MM. Coningliam et White.

Ces deux messieurs, avec qui j'ai l'honneur d'être lié, ne sont ni l'un ni l'autre de l'école de M. Bright ; ils ne sont pas les hommes de la paix à tout prix, tant s'en faut. Mais ils appartiennent, dans la Chambre des Communes, à la fraction 1^ plus avancée du parti libéral; ils poursuivent le triomphe* il* progrès, d'un cœur sincère ; ils sont du nombre des esprits q[ui, en marchant, regardent devant eux; ils croient au mérit« des institutions de leur pays, sans se faire illusion sur ce Qu'elles présentent de lacunes et sur ce qu'il s'y mêle de ^ces; ils aiment TAmérique enfin, parce qu'elle a enseigné ^U monde que l'existence d'une cour et d'une aristocratie ne ^ont pas absolument nécessaires au développement de la prosiHSrité matérielle d'uu peuple, non plus qu'à celui de sa gran- ^^ur morale. Et c'est pourquoi les deux représentants de ^righton voudraient de toute leur âme, comme nous le voulons nous-mêmes, que la guerre pût être évitée.

Je vous disais dans ma dernière lettre que, quelque pacifi- Hwes que fussent les dernières nouvelles venues d'Amérique, H importait de prévoir le cas où la réponse du gouvernement 4e Washington serait conciliante sans être néanmoins une acceptation pure et simple, immédiate, inconditionnelle, de l^ultimatum anglais. C'est en vue de cette hypothèse que H. Coningham a parlé dans le meeting de Brighton.

S'il arrivait que, sans aller jusqu'à rendre MM. Mason et Slidell, le gouvernement américain offrit, en ce qui touche la question de principe, une réparation convenable, l'Angleterre devrait-elle se déclarer non satisfaite et courir aux

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armes? Non! s*est écrié l'orateur; et ee non péremplolre, il l'a appuyé d'un discours plein de véhémence, plein d'émotien. M. White, lui aussi, s'est prononcé contre la guerre, et H Ta fait au bruit des applaudissements.

Vous le voyez, monsieur, la tendance à trancher le nœud d'un coup d'épée n'est pas, ainsi que je vous le mandais dernièrement, universelle; et j'ajoute qu'on peut reconnaître à plusieurs symptômes que les passions belliqnei^es s'amortissent un peu h mesure que le dénoûment approcbe.

Cependant, h parler d'une manière générale, je persiste i dire que c'est la guerre qui est au fond des pensées et des désirs. Avant-hier, j'étais ;i dîner avec un riche industriel di Lancashire. La conversation tomba naturellement snr la glande question du jour : — « Eh bien, demandai-je h moB convive, que pense-t-on dans vos parages? — Ma foi, répondit-il en souriant, s il faut parler net, beaucoup d* entre bous seraient, parla restitution de MM. Mason et Slidell... désappointés, disappointed. b Je vous répète le mot, tel que je l'ai de mes propres oreilles entendu. Il est caractérislîqu* et peint toute une situation.

N'en soyez pas trop surpris. Il est une chose que r.Vngleterre aristocratique ne pardonne i)as aux Américains : c'esl le développement prodigieux de leur puissance en si pei) d'années, sous Tempire d'institutions démocratiques. Qooi! les États-Unis ne payaient pas de hste civile ; ils n'avaient ni ducs, ni comtes, ni vicomtes, ni lords d'aucune espèce ; ih avaient osé lâcher la bride au suffrage universel ; ils ne saluaient d'autre idole que la souveraineté du peuple ; ils poussaient jusqu'à l'excès, juscpi'au fanatisme, jusqu'à Texclusioi] des esprits supérieurs mais trop indépendants, le culte des majorités; ils outraient la démocratie... Et pourtant ce peuple, que des hommes encore vivants avaient vu composé dt

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