‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 65 sur 169 · DISPOSITION A RECONNAITRE LE SUD · texte numérisé non relu

DISPOSITION A RECONNAITRE LE SUD

espèces prouve assez que rAinérique du Nord manque du nerf de la guerre ; rimpossibilité où elle s*est sentie de nous refuser une réparafion qui lui était demandée l*épée au poÎDg montre qu'elle a elle-même conscience de sa faiblesse. Adieu Téclat jeté par cette démocratie tant vanlée! Ce n*est plus que comme la lueur d'une Rimpe qui brûlerait dans le crdoed'un squelette. Hâtons-nous d'en finir. »

Reste à savoir s'il serait aussi facile que ces messieurs se le figurent d'avoir bon marché d'un peuple qui a sur pied une armée de six cent mille hommes, qui sait ce que valent ses ▼aisseaux armés en course, et qui, poussé à des mesures de désespoir, pourrait se débarrasser de la guerre civile par une guerre servile. Les cheveux se dressent sur la tête, quand on songe h ce que risquerait de coûter une victoire de i'An- Klcterre, remportée dans des conditions semblables.

Ces raisons, soyez bien convaincu, monsieur, qu'elles

trouveront, pour les faire valoir, des bouches éloquentes. Les

^UDÎs de la justice et de l'humanité, dans ce grand peuple

anglais, ne sont, après tout, ni si peu nombreux, ni si

pauvres d'esprit qu'on puisse se dispenser de compter avec

^iix; et comme ici, grâce au ciel, la chose publique est

■élément publique, comme chacun ici a le droit de parler

baul, ce qui revient à porter la lotc hante, s'il advenait, par

^B malheur que j'ose à peine prévoir, qu'une politique car-

^ginoise l'emportât, ce ne serait pas du moins sans avoir

provoqué une protestation puissante, vengeresse,.qui devien-

drtt, dans le monde entier, celle de toutes les intelligences

^ines et de toutes les âmes généreuses.

LETTRES SLii L* ANGLETERRE (l862)

27 jaDvicr.

Comment les paavres meurent.

Une effroyable catastrophe est venue faire diversion, cetti semaine, à la politique.

On exploite à Hartiey une de ces mines de houille qui sont pour l'Angleterre des mines d*or. C'est la plus profonde, je crois, qu'il y ait dans ce pays. Des trois couches de houille ((u'on traverse en y plongeant, la dernière est à six cents pieds de la surface du sol. Le puits de mine, il y a quelques jours seulement, était divisé dans toute sa longueur par une forte cloison de bois formant deux compartiments : Tunpoui desiendre, l'autre pour remonter, et servant h la ventilation. Le puits ayant été percé dans une masse de terre pei compacte, il avait fallu en revêtir les parois d'une solide charpente; et la mine étant exposée à des inondations, il avait fallu combattre l'eau par rétablissement d'une gigantesque machine contiguë au puits, et dont le balancier de fei ne pesait pas moins de quarante tonneaux.

Le 1(1 janvier, à dix heures du malin, on était en train de relayer les bouilleurs de service, et la banne de fer, dan« laquelle huil d'entre eux remontaient, venait d'atteindre li milieu de sa course, Iors((ue tout à coup, le balancier de Té norme machine se rompant, la moitié (pii faisait saillie tomb< dans le t^oulTre avec le bruit du tonnerre, écrasant dans s: (hule la cloison de bois, déchirant les revêtements du puits. et entraînant avec elle une avalanche de décombres. La

COMMENT LES PAUVRES MEURENT ^T^i

banne avait été heurtée au passage et en partie brisée. Trois de ceux qu'elle portait s*y maintiennent cependant; les cinq autres sont précipités dans Tabime, où deux meurent sur-le-champ, et trois après une courte agonie. Ce n'était que le premier acte de l'épouvantable drame. Les débris accumulés dans le fond interceptant toute communication entre le monde d'en haut et le monde d'en bas, deux cent <Iuatorze ouvriers, qui travaillaient dans la dernière couclie, se trouvaient enterrés vifs !

.Y avait-il moyen de les sauver ? La rupture du balancier ^e la machine était une circonstance doublement terrible, ^^en n'empêchant plus Teau de pénétrer dans la mine... Un ^poir restait, toutefois. Comme moyen additionnel de venti- 'dtion, on avait pratiqué une bure d'aérage par laquelle, à 'aide d'une échelle, il était possible de monter de la troî- ^ème couche à la seconde. Si l'on parvenait à déblayer les décombres qui fermaient le passage, peut-être tout ne se- *^ît-il pas perdu. L'entreprise fut abordée avec une immense ^rdenr : nombre d'ouvriers intrépides et expérimentés se *^îrent h Tœuvre. Mais la tâche était difficile, les débris qui obstruaient le puits s'élevant jusqu'à la hauteur de la pre- '^îère couche; et chaque minute de retard semblait un siècle. Dans la journée du 17 et dans celle du 18, on tenta, Pour se faire jour jusqu'aux travailleurs ensevelis, tout ce Que peut suggérer l'intelligence animée parle dévouement ^t servie par le courage. Le 17, jusqu'à miimit, on avait entendu un bruit souterrain indiquant que les malheureux emprisonnés dans les entrailles de la terre, s'efforçaient de ^■"availler eux-mêmes à leur délivrance ; mais, à partir de ^c moment, on n'entendit plus rien.

Pendant ce temps, une foule consternée se pressait en ^^ut, dans le voisinage du puits fatal, sur la terre des vi-

vaDts. Des niédecios étaienl accourus, prêts à offrir leursservices. Aux regards égarés, au visage pâle de beaucoup de femmes, il D*était que trop aisé de deviner que tout ce qu'elles avaient de cher au monde se trouvait contenu au fond de Tabime. Une d'elles, nommée Oliver, avait là son mari et six enfants ! Il y a des scènes qui ne se peuvent décrire. Quelles heures pleines d* angoisse ! que d'inexprimables tortures ! Avec quelle fièvre d'impatience on interrogeait quiconque était descendu dans ces profondeurs sur ce qui s'y passait, sur ce qu'on avait à craindre, sur ce qu'il était encore possible d'espérer.

Une chose horrible h penser, c'est que les travaux de déblayement, poussés sans relAchg depuis le 16, se trouvèrent interrompus, dans la matinée du 30, par la nécessité de pourvoir à la sûreté des travailleurs, parce que les faces intérieures du puits de mine ayant été, pour ainsi dire, mises h nu par la chute de la charpente qui les recouvrait, et l'eau

filtrant à travers les pierres mal jointes, un éboulement étaîl

devenu, non-seulement possible, mais probable. Pour ble de malheur, lorsqu'après ce délai nécessaire mais formidable, les opérations eurent été reprises, et qu'une ouverture eût été enfin pratiquée dans les débris, on s'aperçi qu'il s'échappait du fond de la mine un gaz meurtrier, doi on put juger dès lors que ceux qu'on cherchait à sauv( avaient péri victimes. Il y avait grand danger à braver nouvel ennemi. Plusieurs, néanmoins, mirent à le brav ^ un courage héroïque. On en remonta quelques-uns qui, lotJ~2 qu'ils furent rendus au jour, ressemblaient presque à dL < cadavres. Abrégeons ces navrants détails. Le 22, on cxm^ mi naissait tout. Un homme au cœur indomptable était descei^ d dans le puits avec la résolution de pénétrer, par l'ouvert* wr pratiifuée dans la galerie, jusqu'à la régiou inférieure» ^

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