‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 67 sur 169 · GOMMENT LES PAUVRES MEURENT · texte numérisé non relu

GOMMENT LES PAUVRES MEURENT

qu/ltée, en est-il un seul qui ait cru réellement qu'elle était foUe? Non, et personne ne s'y est trompé. Il fallait un mensonge pour la sauver, et Ton a préféré ce mensonge à la nét'essité de frapper une mère, victime des conditions d*un ordre social imparfait. Vainement le juge a-t-il balbutié une allusion vague à la prévoyance de la loi; vainement y a-C-il cherché la preuve que Tinfanticide n'était pas excusé par rimpaissance de vivre : lui-même tremblait que les jurés ne le prissent au mot, et sa conclusion a été pour la miséricorde.

La loi invoquée à cette occasion par Tlionorable magistrat ^s&t celle qui régit le « workhousc » . Elle arrache les femmes ^ leurs maris; elle arrache les enfants à leurs mères; et ce i^*est pas sans raison que le Weekly-Despatch, dans les ^commentaires que lui suggère le triste épisode dont je vous ï*ends compte, s'écrie : « La loi des pauvres? Pure moquerie. » Peut-être aurais-je i\ vous raconter quelque jour, Q^ODsieur, Thistoiredes « workhouses «. En attendant, laissez-moi vous faire remar(|uer que le principe sur lequel repose la loi des pauvres est celui-ci : « Il faut s'arranger de fdçon à rendre la condition du pauvre a la charge de la paroisse plus misérable que celle du plus misérable des travailleurs libres. » Oui, c'est là le principe, tel qu'on le trouve fort savamment développé dans les rapports des commissaires pour la loi des pauvres. Et qu'on se garde bien de ^^oire, d'après cela, que ces connnissaires fussent des hom- ■nes sans entrailles : loin de là ! Tout ce qui est sorti de leur P'unie témoigne de leur humanité. Mais qn'arriverait-il, si la '^^^nîère de vivre de l'homme que la paroisse nourrit, deve- '•^it un sujet d'envie pour l'homme ([ue son propre travail Jïourrit? Quelle prime offerte a la paresse, à l'imprévoyance, '* ^us les vices ! Étrange résultat que celui qui ferait déser-

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ter l'atelier pour le « workliouse » ! Belle prévoyance qi celle qui, tarissant d'une part les sources de la richesse p blique, tendrait d'autre part à charger outre mesure, et i plus en plus, le budget de la bienfaisance publique! Il fa donc, qu'on le veuille ou non, il faut, soijs peine de raine de démence, s'attacher à faire la vie de l'habitant « workhouse i aussi dure que possible, afin que ceux seuls soient tentés de venir frapper à la porte qui sont da l'impossibilité absolue de faire autrement; il faut, de ^ rinvincible logique des erreurs humaines, que les secm administrés par le « workhouse » , appartiennent à la ca gorie de

ces avares secosrs Qui proIoDgeDt vos maux eu prolongeant vos jours.

A Rome, quand une vestale avait succombé à l'amour. i l'enterrait vive, et l'on plaçait à côté d'elle une cruche d'e^ et un pain ; mais ou avait l'humanité de ne pas renouveler pain de la vestale ensevelie, de ne pas renouveler la cnicl d'eau : malheur à qui succombe ici à la pauvreté! L'ensi velissement avec la durée est son lot; et qu'il ne se plaigi pas de la rigueur que la charité publique met à lui mesur la possibilité de vivre : cela est nécessaire.

Mais quoi ! faire de la charité une ])eine ï transformer miséricorde en châtiment ! Ajouter à la liste des crimes crime de pauvreté! Si je refuse de travailler, laissez-n mourir, j'y consens *, mais qu'avez-vous h me reprocher cherchant partout diL travail, je n'en trouve pas ; et pou (juoi, dès lors, me faites-vous payer si cher votre pitié?- La réponse est peu consolante, mais elle est péremploire : le faut !

Mais si un semblable résultat est inévitable, il est impossible de n*eD pas conclure que la loi des pauvres, en même temps qu'elle atteste Texistence d*un grand mal, est si loin d*en fournir le remède, que c*est à peine si elle offre un pal- Uatif.

Chose remarquable ! le pays qui a mis en vigueur une loi dont le but avoué est de nourrir aux frais de la société les travailleurs sans emploi, les travailleurs surnuméraires, est précisément le pays où Ton a le plus accordé à Faction de Tindividu abandonné h lui-même, et le plus espéré des résultats de cette action ! Le pays qui a été amené à pratiquer, sousune forme non-seulement stérile mais ruineuse, la doctrine de l'intervention de l'État, est telui où l'on a recommandé avec le plus de persistance et de hauteur la doctrine du laissez- faire ! Cette contradiction est singulièrement frappante et montre assez qu'il y a là un problème qui mérite d'être étudié.

LU

3 février.

Un pfcèa moBStre et moBStmeax.

Vous connaissez , monsieur, la fable de V Huître et les f^laideurs : ch bien, cette fable vient d'êire mise en action tcî sur une échelle colossale, avec accompagnement de circonstances telles que n'en offrit peut-être jamais de semï^lables la plus célèbre des causes célèbres.

Il faut convenir que, quand la société se mêle de faire des drames ou des comédies, elle les fait de manière à défier le Sénie des auteurs dramatiques les plus féconds, et elle n*a

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pour cela qu'à laisser tomber un coin du voile qui C4)uyre, dans sa vie de chaque jour, tout ce que ses profondeurs recèlent de crimes, de vices, de ridicules, de turpitudes.

Donc, jeudi dernier a vu la fin d'un procès qui diirail depuis le milieu de décembre , d'un procès dont les détails, tour à tour risiblcs et scandaleux , ont servi à la curiosité publique, trente-quatre jours durant, le plus prodigieux fe» tin qu'elle ait eu à dévorer de mémoire d'homme.

Dans ce procès monstre et monstrueux, on a enteudu ceni quarante témoins., appelés de toutes les parties de TADi^e* terre, et du fond de l'Ecosse, et du fond de l'Irlande, et di fond de la Russie. Sur les trente-quatre jours consacrés i l'examen de la question pendante , les plaidoyers seuls ei ont pris huit ou neuf, ce qui ne vous étonnera pas qaaoc vous saurez que chaque parole prononcée en cette occasioi pesait autant d'or que votre main peut en contenir.

Laissez-moi vous soumettre un calcul.

Supposez que, pour indemniser les cent quarante témoios entendus, on les eût payés 1,000 francs pièce, ci 140,000 fr

Que, comme émoluments à (jualre avoués, — deux étant tout ce qu'il fallait, — on eût dépensé, à 50,000 francs par tête 200,000

Que, pour encourager la verbeuse éloquence de quatre avocats, dont deux étaient de trop à coup siir, on ('ût adopté le même taux de 50,000 francs par tête, ci 200,000

Et enfin qu'on eût évalué a 200,000 francs les dépenses de la cour 200,000

Le résultat de ce calcul fabuleux ne don-

nerait que 740,000 fr

Or, en s*arrétant à la plus modeste des évaluations présentées au public dans les journaux, le procès eu question a coulé 60,000 livrçs sterling, c'est-à-dire 1,500,000 francs.

Il est vrai qu'à s'en tenir à la déclaration d'un des avocals, le chiffre devrait être réduit à 20,000 livres sterling, ou un demi-million. Hais les avocats sont naturellement intéressés à diminuer la scandaleuse grosseur de l'huitre qu'ils ont avalée. Ce qui est sûr, c'est qu'il est tel témoin bien humble, bien obscur, qui, pour avoir balbutié deux ou trois phrases insignifiantes, a reçu 100 livres sterling (2,500 fr.). Que dire encore? Un bon arithméticien a calculé que la somme dépensée pendant les trente-quatre jours était de trois gui- ^ée& par minute.

Le tout pour arriver à savoir au juste si un certain M. William-Frédéric Windham est, oui ou non, assez sain d'esprit pour administrer ses biens.

La justice, vous le voyez, fait bien les choses dans ce Pajs!

Mais comme ce n'est point làM'unique enseignement que i^etiferme cette histoire de l'huitre mangée par les hommes de loi et des écailles laissées aux plaideurs , je vais vous la raconter en peu de mots :

M. William-Frédéric Windham, dont le nom vient de prendre la place d'honneur dans les fastes de la justice à V>OD marché, est de la classe de ceux qui naissent , comme disent les Anglais, avec une cuiller d'argent dans la bouche, ot peuvent de bonne heure mener la vie grand train. Ah ! si sa cervelle avait pesé autant que sa bourse! On a pris soin de faire savoir an public que notre héros, quand il était enfant, ahnaitfort à laver la vaisselle, à endosser la livrée des <lomcsiiques de son père, à servir ses parents à table, et que '<î père, pour mieux encourager ces goûts innocents, avait

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fait faire an petit garçon un costume ad hocj ceiui c tinguait ses valets du reste des humains.

On assure aussi qu'il montra un penchant prématm toutes les fonctions qui se rapportent au service des c de fer. Franchement, il n'y a pas grand mal à tout cel qu*il soit avéré quQ Tambitieux désir de chauffer le motives, d* ouvrir et de fermer les portières, de s*occi bagage des voyageurs , etc., etc., est devenu, avei une véritable passion chez le neveu du général WiD( de lord Alfred Hervey.

Si\ pour vous fournir la biographie complète de I déric Windham, je devais recevoir ne fût-ce que la a partie de ce qu*a gagné à ne rien omettre H. Montague bers, l'avocat des adversaires de ce pauvre diable, dirais, jour par jour, ce qu'il fit et ce qu'il ne fit pas, keath d'abord, puis à Eton, où la compagnie des Ir profita peu, et celle des professeurs moins encore.

Qu'il vous suffise d'apprendre qu'à Eton un de ses favoris était de hurler de façon à effrayer les gens, ses camarades l'avaient surnommé « Windham le foi l)eu plus tard, nous le trouvons sous la surveillance { colonel Balliurst, qui , chargé de lui donner l'éducat voyages, le conduit a Bruxelles, à Spa, àWiesbî Francfort, h Baden-Baden, et le représente se livrant, leurs pérégrinations, à mille excentricités plus qu'an riant sans mesure comme sans motif, pleurant à peu même, attachant une importance extrême h se lier ( avec les chefs de train, faisant la cour à toutes les qu'il rencontrait, et cela en habits troués, se mettant pendant des heures entières dans la Forêt-Noire; que i Les voyages ne l'ayant point, à ce qu'il paraît, rem sage, car « rarement à courir le monde on dévie

faonme de bien »,.on le vit se distinguer, à son retour, par les plus extravagantes manies qui puissent marquer l'adolescence d*un enfant gâté , faible d*esprit. Il jouait volontiers ie rôle de policeman dans les rues. Il s*en allait dans les gsà res de chemins de fer, revêtu de Tuniforme des gens de !&er?ice, prenait soin des bagages, et quand le train allait partir, criait à tue-téte : c Allons, messieurs et dames, en pl^ace ! » Un jour, il arracha le sifflet des mains du garde, donna le signal, et fit si bien partir le train avant le moment i^equis, que les voyageurs n'échappèrent que par miracle au inger d'une rencontre meurtrière.

Vint pour lui, comme pour tout mortel, l'heure des amours, mauvaise étoile l'ayant mené aux courses d'Âscot, il y f'tat présenté à une jeune blonde appartenant à la catégorie <le ces dames qu'on désignait eu France sous le nom de loirettes, et que les Anglais , dans leur respect pour les chevaux, appellent c horse-breakers ji . Miss Agnès Willoughby, autrement dit Agnès Rogers, était la perle des femmes de sit classe, comme l'a fait ingénieusement remarquer son avocat, M. Coleridge, lequel pense sans doute qu il vaut mieux être le premier dans un village que le second dans Rome. Le village, dans la présente occasion, était New-Market, ou quelque chose d'approchant.

Avec cette jolie personne, la première dans son village, si*, buvait un M. Roberts, qui était fort avant dans ses bonnes S^âces, et qui a Oguré dans le procès comme possédant une ^^e maison dans Piccadilly, un très-élégant phaétou, et, de P3r la ville, certaines maisons d'un caractère équivoque. Quoi qu'il en soit de cette dernière circonstance, H. Frédéric ^indham en entendit parler après qu'il eut fait con- ^^ssance avec M. Roberts, ce qui ne l'empêcha pas de Uvoir pour ami. Quant à miss Willoughby, il en devint

tout de suite amoureux au point de la vouloir po|ir femim Hélas ! il était alors dans un état de santé dont la dam fut instruite, et qui aurait dû lui faire envisager un mariag immédiat comme un péril : le péril fut bravé. Second obsU cle : la dame jouissait, nimporte à quel titre, d'un revenu d 2,000 livres sterling (50,000 fr.), et elle n'entendait pas renoncer, a moins qu*on ne lui assurât, avant les noces, un bonne et belle compensation. Toutefois, devant le sollieiteui dont rintervention fut invoquée, elle voulut bien consenti! après débats, à l'octroi d une misérable pension de 800 livre sterling (20,000 fr.), i\ condition que cette pension serai portée h 1 ,500 livres sterling en 1869, époque à laquelle I jeune homme devait entrer en pleine possession de toute s fortune, dont une partie était alors engagée.

A cette preuve de désintéressement, la jeune fiancée ajout; la preuve, plus touchante encore, de son affection pour se sœurs : elle exigea et obtint la libre disposition par testa ment de la somme concédée. Les difficultés disparaissaien ainsi une h une ; mais il en restait une troisième : on avai nn amant, et Ton en avait eu plus d'un, s'il fallait en croin la chronique. Un autre que M. Frédéric Windham y eûtre i^ardé à deux fois; mais il y regarda si peu, lui, qu'il ni trouva rien à redire à ce que, la veille même du mariage, I: femme ([m allait devenir sa femme passât la nuit dans h maison d'un homme qu'il savait avoir été Tamant en question.

Le mariage fut célébré; et, quelques jours après, pour de causes que l'épouse avait pu prévoir, qu'il lui avait plu de ne pas prévoir, et qu'il est plus facile de deviner que d'expli- (|uor, elle réclamait un dédommagement, qui lui fut aceordpar répoux débonnaire : ce dédommagement consistait e bijoux de la valeur de i 1,000 livres steriing (350,000 fr.*

Parlez-moi de réconciliations de cette espèce! C'est presque

aussi cher que l'administration de la justice en Angleterre.

Lo pire est que la réconciliation servit de peu. Un beau jour,

Isà dame disparaissait de Fellbrigg, résidence de son jeune

mari) courant, a dit H. Montagne Cbambers, à la recherche

d* un chanteur d*opéra bien connu.

Est-ce tout? Non pas, monsieur. Mais les détails qui, pen-

A^intun mois et demi, ont rempli les colonnes de tous les

journaux anglais, sont d'une nature si révoltante, et quelques-

tti:i8 d*une nature si obscène, qu'il m'a fallu absolument les

OEKiettre, et je crains d'en avoir déjà trop dit. Il est des

^c^ «tiers si fangeux qu'on ne saurait y marcher sans mettre

1^ pied dans la boue. L'instruction à retirer de cette affaire,

dtiA moins pour ceux qui réfléchissent, sera, je l'espère, mon

^^K^cuse auprès de vous et auprès de vos lecteurs. Je con-

^i raie.

Si M. Frédéric Windham n'avait eu ni sou ni maille, qui,

ie vous le demande, se serait avisé, panui ses parents, amis

^u connaissances , de le faire déclarer fou, pour avoir ri

^luelquefois sans motif, ou pleuré sans mesure, ou s'être

siniusé à jouer au chef de train dans les gares de chemins de

^erî Et eût-41 été cent fois plus \icieux qu'on ne nous l'a

i^iODiré, qui en aurait pris texte pour le traduire en public,

s'il n'avait pas eu de quoi payer un haut prix de ses vices ?

L-â folie, dans les limites tracées plus haut, est une maladie

'crriblemenl commune, j'en ai peur. Qui n'a point ses ma-

■•îes? Qni n'a pas un petit grain de foUe, aux yeux de quel-

nu*UQ ou à propos de quelque chose? L'avare qui traite le

pi'odigue ^e fou est fou aux yeux du prodigue. Demandez à

^- Bright ce qu'il pense de la [dupart des héros ! Demandez

^ Un philosophe sceptique c^ qu'il pense des martyrs ! Le

f^oalisme, enthousiasme divin dans l'opinion des fanatiques,

3*70 LETTRES SUIi L*A?iGLETKRRE (I862)

est , dans l*opinion des esprits modérés , non^seulement fpUe, mais une Tolie des plus dangereuses. S'il fallait ei mer tous les fous qui vont au suicide en passant par le et tous les fous qui jouent le bonheur de leur vie en contre un moment de plaisir, quelles propoilions il fau donner à Charonlon et à Bedlam, juste ciel !

Pourquoi donc M. Frédéric Windham a-t-il été de la ! mis en scène? Oh ! mon Dieu, la raison en est bien sina M. Windham avait une grande fortune et des héritiers. A) avec quelle tendre sollicitude ses chers parents lui ont nagé les honneurs du pilori ! Avec quelle infatigable ar ils ont rassemblé, durant des mois, tous les témoignages il pouvait, suivant eux, résulter, pour le public, que ïi de leur affection vigilante était un idiot, un menteur glouton, un homme esclave dhabitudes peu avouables libertin doublé d'un imbécile ! La force des sentiment famille parut-elle jamais dans un jour plus touchant?

E4\ France , vous le savez , quand un homme majeui dans un état habituel d'imbécillité, de démence ou de fui tout parent est rocevable à demander son interdiction demande est portée devant le tribunal de première insta le tribunal interroge le conseil de famille sur Tétat de la sonne dont Tinterdiction est demandée; il interroge eus cette personne, et, s*il y a lieu, charge un administra provisoire de prendre soin et d'elle et de ses biens. le choses ne se passent point de la sorte. Les Anglais pri si fort la liberté de l'individu, que c'est h peine s'ils c prennent la valeur de ces mots . conseil de famille^ cot judiciaire^ interdiction. Pour eux, il n'y a pas de m entre être déclaré absolument fou, et être laissé libre d'; ou d'abuser de sa propriété comme on l'entend. De 1 procès dont je vous rends compte; et de là aussi la rési

Cion prise par les parents de M. Frédéric Windham , dès <pi*il$ voulaient lui faire ôter l'administration de ses biens, d'accumuler contre lui tous les indices possibles et imaginables d'aliénation, sans s'arrêter devant aucun scandale. * Me croyez pas, toutefois, que ce long, dispendieux et dégcûtant procès fût chose inévitable, en ce qui touche ce qu'il a €a de démesurément long, de ridiculement dispendieux, et de dégoûtant à Texcès. Si, au lieu d'interroger M. Frédéric Windham à la fin du procès, on Teût interrogé au commencement, aussitôt après l'espèce de réquisitoire pronoDcé contre lui par l'avocat de ses chers parents, les jurés se seraient convaincus, sans qu on allât plus loin, que ce jeune homme, quelques extravagances qu'il ait pu commettre, ^'était pas fou. Mais, dans ce cas, adieu les beaux discours V^'un a payés si chers ! adieu les énormes émoluments qu ont ^nopochés les hommes de loi ! En bonne conscience, pouvait- ^n se dispenser de manger Thuitre, alors que la justice man- S^rait jusqu'aux écailles, si elles étaient mangeables? Voilà ^c qui semble avoir frappé ce bon M. Samuel Warren, qui présidait aux débats en sa qualité de master in lunacy, ex- Pression que je serais fort tenté de traduire, vu la conduite ^c ce digne homme, par les mots passé maître en fait de A>/t>. Il a donc laissé l'eau couler tout doucement à la ri- ^îère. Le défilé des témoins a eu lieu avec une lenteur solen- '^cUe, sans qu'aucun d'eux eût raison de s'en fâcher.

Les jurés ont écouté avec une patience de trois guinées Par jour. Sir Hugs Cairns, M. Karslake. M. Montagne Cham- ^rs, M. Coleridge, ont dit tout ce qu'ils ont voulu, aussi ^^Dgtemps qu'ils l'ont voulu. On a eu Tamusant spectacle des Médecins tant pi» et des médecins tant mieux , pérorant à perte de vue et sans pouvoir, comme vous le pensez bien, ^Maber d'accord sur ce qu'on doit entendre par folie, par

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imbécillité, par idiotisme, par aliénation, par démence, par illusions, divagations et hallucinations.

Puis , quand il s'est agi , après trente-quatre jours d'enquête, d'arriver à une conclusion qu*il eût été fort possible d'obtenir en trente-quatre minutes par l'interrogatoire du patient, le master in lunacy a déclaré tout à coup, afin que rien ne manquât à cette immense bouffonnerie, qu'il ne pouvait interroger M. Frédéric Windham en public; que sa sensibilité s y opposait ; que cela lui porterait sur les nerfs ! Là-dessus le public a dû se retirer; et le malheureux qui, pendant trente-quatre jours était là au pilori , a subi son interrogatoire de telle façon qu'il a bien fallu le proclamer sain d'esprit, ou à peu près.

Voilà donc notre héros sorti de cette impasse, mais autre qu'il n'y était entré, bien entendu. La justice l'a ruiné en partie, pour qu'il restât libre de se ruiner tout à fait.

Le verdict a été « que M. W.-F. Windham était une personne d'un esprit sain, suffisamment sain pour le gouvernement de lui-même, de ses maisons, de ses terres, dé ses biens, meubles et immeubles ».

Le public, y compris les gens qui n'ont rien, a été enchanté d'apprendre que désormais nul ne serait plus tent d'empêcher un Windham quelconque d'enrichir tout à soi aise quelqu'une des Agnès Willoughby dont le mérite i besoin d'être encouragé. Les transports ont été tels dan l'auditoire, que le master in lunacy n'a pu réprimer les plaudissements. Les journaux anglais nous prient de pens que ces applaudissements ne s'adressaient qu'aux prindp<^îîï de la liberté, sauvée des atteintes d'un complot de familh Je n'ai aucune peine, quant à moi, à les ep croire sur pi rôle. Mais, franchement, est-ce Iwnorer ce grand princi]

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