UN REVIREMENT D OPINION
(f'uoe màDière digne de lui, que de porter presque eu triomphe ceux qui n*en font usage que pour donner carrière h leurs passions et satisfaire leurs plus folles fantaisies?
un
H février.
Un revireaieiil d'opinion.
SuiVje bien dans le n)êii)e pays où j étais il y a un mois? •-•'air qui m'environne est-il bien celui que je respirais alors? ^^ bien dois-je conclure de tout ce que je vois, de tout ce ^Ue j'entends, que l'opinion publique en ce pays est comme ^^s décors d'opéra qui font succéder à une caverne horrible, ^^ cela d'une minute h l'autre, un frais paysage ?
Quel changement à vue en ce qui concerne l'attitude de * Angteterre à l'égard des États-Unis!
11 y «1 quelque quinze jours, même après la solution pacifique donnée à la question du Trent, les généreux amants ^c la paix étaient bien près d'élre déclarés traîtres h la pa- ^f'îe; le vent était aux coups de canon ; la neutralité entre les Erlats du Nord et les États du Sud de l'Amérique passait l^tir une affaire de dupes, pour une politique k l'usage des *onge-creux tels que M. Cobden ou M. Bright; on dénonçait d'une voix qui avait les accents du clairon le crime de lèse- Sccre humain commis par le commandant Davis; on jurait Vie la destruction du port de Charleston était complète, irré*
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parable, et criait vengeance; on bràlait de couper court au scandale d*un blocus quon prétendait ineflfectif, et eu même temps, par une inconséquence étrangement naïve, on maudissait ce blocus ineffectif comme ayant pour effet d'arrêter d'une manière absolue le transport do ce précieux coton qui est la richesse de l'Angleterre, qui est la vie du Lancasbire; enfin le peuple anglais, — chose bien curieuse à noter dans l'histoire des évolutions nationales! — le peuple anglais se servait contre l'Amérique du langage dont s'étaient si longtemps servi contre lui les puissances neutres : le peuple anglais semblait prêt h prendre en main la grande cause de la liberté des mers...
Aujourd'hui, revirement complet. La neutralité est recommandée comme la vraie politique de l'Angleterre, au moins jusqu'à nouvel ordre; on se vante même de l'avoir pratiquée de la façon la plus exemplaire ; les auathèmes à propos de la destruction du port de Charleston sont décidément passés de mode; on se fait à l'idée du blocus comme h l'idée d'un malheur qui n'est, après tout, que temporaire ; on commence à se douter que la situation douloureuse du Lancashire pourrait bien avoir d'autres causes que l'embargo mis sur le coton par la guerre; et la question du droit de visite réclame, dans les préoccupations du peuple anglais, la place que jusqu'à ce jour elle y avait toujours occupée !
Si, parmi vos lecteurs, il en est qui hésitent à croire au changement extraordinaire et soudain que je signale, je les renvoie aux discours prononcés, jeudi dernier, à l'occasioii de l'ouverture du parlement. Depuis lord Palmerston jusqu'à M. Disraeli, depuis lord Russell jusqu'à lord Derby, tous les orateurs ont émis l'opinion (fue l'attitude de l'Angletijrre envers l'Amérique devait ête expectante et pacifique.
UN RBVtflEMeNT D*0P1NI0N 87$
£uit-il possible, je le demande, de parler des relations de parenté qui existent entre l'Angleterre et les États-Unis (kindred population) en termes pins tendres que ceux que k premier ministre a employés? M. Cobden lui-même aunilr-il été capable de proclamer dans un langage plus ne qoe celui de lord Palmerston le principe de non-intervention ([Derrière? Et quelle déclaration plus péremptoire les amis à» la paix pouvaient-ils attendre du chef du cabinet qu'une déclaration ainsi formulée : « Notre intention est de ne point Jw>us départir de cette position de stricte neutralité : — ff^m ihai position of strict neutrality^ it is our intention ^t to départ? »
Quant à lord Russell, — h part une phrase un peu ara-
biguë, — ses paroles ont été de miel. Non-seulement il a,
loi aussi, insisté sur la nécessité d*une neutralité in\iolable,
« unin^aired », mais il a exprimé l'espérance de voir le
Peuple américain rendre justice a la conduite des pouvoirs
^c l'Europe envers « cette puissante Union dans laquelle la
'tt^erté existe depuis quatre-vingts ans. — That mighty
fanion in wkich liberty had for 80 years been established » .
^*«stpeu : lord Russell, tout en avouant que des vaisseaux
*^aient réussi h éluder le blocus, a posé en fait (|ue la force
^^ïijrfoyée pour interdire Taccès des ports bloqués était suffi-
*^iite; d'où il résulte que le blocus, au bout du compte, est
effectif diaprés la définition qu'on trouve dans les traités.
Prenez maintenant le discours de lord Derby, qu'on ne ^sque certainement pas de calomnier en le soupçonnant de quelque indulgence pour le Sud ; eh bien , lord Derby, tout ^^ef de l'opposition qu'il est, a félicité bien haut les mi- ^telres d*avoir compris quel était, dans cette question améri- ^^î«e, l'intérêt de l'Angleterre, qu'il a caractérisé en ces ^^rmes : c Nons avons le plus grand intérêt à demeurer
816 • LETTBBS SUR l'aNGLETERIB (l86a)
neutres, -^ We haoê mosi intereit in remmnin§
M. Disraeli a-tril dit moins? Non, monsieur, Siadi coup plus :.il a loué» presque sur le ton de rendieai la conduite des hommes d*État américains, qn^Sa sentes comme ayant agi, dans leur différend avec C. terre, < vîrilemeni et courageusement > ; et il a fût ai rbonneur du peuple anglais à donner une interprétai néreuse, soit aux paroles, soit aux actefr du goiner! des États-Unis.
Ainsi, le Nord, à l'heure qu'il est, parait réanir I suffrages ; car il importe d'observer que le langafB de naux est, cette fois, d'accord avec celui des oratean, le commentaire est un respectueux écho du texte.
Libre aux Anglais, après cela, de nous traiter de léger, ce qui est leur accusation favorite. Je ne aaia i trompe, mais je doute que la France ait jamais, dai pace d'un mois, donné le spectacle d'un pareil reri d'opinion.
Ce n'est pas que le caractère anglais manque d*a tant s'en faut. La raison de ces chimgements subits € le profond dédain que ce pays professe pour tout ce idée piire, abstraction, principe. Le fait, ici, e'e^ L'intérêt du moment, c est la règle suprême. Or^ cou faits varient et que l'intérêt suit ces variations, il en ((ue souvent l'opinion du lendemain n*est plus cdl veille.
Il est un souverain en Europe que jai entendu ji mille manières différentes par les mêmes hommes de( je suis en Angleterre, selon que sa politique s'est conforme ou opposée aux intérêts de la nation angU ce côté du détroit, le souverain dont je parle a été tour — et quelquefois à quinze jours d'intervalle —
UN' «EVIKEMENT D OPINION S"^
d'une admiratioD sans bornes et le point de mire d'attaques sansfreiD. Servez TAngleterre, vous êtes un grand homme ; combattez-la, je n*ose pas vous dire ce que vous êtes.
Reste à cfaercher ce qui, au point de vue des intérêts anglais, peut avoir influé sur le mouvement de cette balance qui penchait si fort, il y a quelques semaines, du côté des États du Sud.
ie trouve, a ce sujet, dans un journal qui a beaucoup d'autorité, le passage suivant, dirigé contre certaines paroles imprudentes de sir Robert Peel dans la discussion de l'adresse. Je recommande ce passage aux méditations de vos lecteurs:
< 11 est essentiel au plus haut point que le gouvernement fi'ûffense pas sans nécessité les prêtres d*Irlande, et, dans l'état actuel de nos relations avec TAmérique, il est particulièrement désirable que les ministres ne s'expriment en pu- 1^ sur le gouvernement de M. Lincoln qu'avec une courtoisie étudiée. Eh bien, sir Robert Peel a eu Fadresse, dans un discours de dix minutes, d'attaquer le gouvernement fédéral ^ l^opos de rinsuccès de ses campagnes, et en même temps d'iosinuer que les prêtres irlandais prenaient à tâche d'exciter '6s paysans contre les propriétaires. 11 y a dans le gouver- *ï6ment des membres plus sages que sir Robert Peel; l'épreuve h laquelle leur système nerveux était soumis les a *^U tressaillir, et ils n'ont rien négligé pour hâter la clôture ^ la discussion. »
Que vous semble de cette révélation candide, venant du Journal le moins naiï peut-être qui ait jamais existé?
^utre considération. Avant l'ouverture des chambres eu ï'^i'ance, beaucoup de gens ici se flattaient de l'espoir que, ^aus le cas d'un conflit avec l'Amérique du Nord, l'Angleterre serait activement secondée par le Gouvernement impc-
:n8 LKTTRES SUR L*ANGLETERRK (iSCa)
rial : vous savez pourquoi ces illusions ont dû se di
Et h grande victoire remportée dans le Kentadgr troupes fédérales, la compterons-nous pour rien? vivre en Angleterre et y avoir vécu longtemps pour a . une idée exacte de l'énorme influence qu'exerce d pays pratique... le^[sjtfcte. Sur aucun point du | n'est plus vrai de dire : Rien ne réussit comme le i vAilleurs, la victoire est un moyen d'avoir raison en fa c'est un moyen d'avoir raison en droit. Vous n'imagii jusqu'il quel point, dans l'opinion des Anglais, les fé avaient eu tort de se laisser battre k Bu}l&Ji|in^^fiLj quel point les confédérés ont eu lort de se laisser dans le Kentucky. 0 culte du fait accompli! si jao viens à manquer d'autels, ce ne sera pas dans ce o monde que j'habite! Quand lord Palmerston fut aoc convaincu d'avoir falsiOé les dépêches relatives à la de l'Afghanistan, en quoi croyez-vous que consista fense? Nier la falsification était simplement impossible il y avait si longtemps de cela ! C'était de l'histoire anc Le spirituel vicomte demanda h la Chaml)re des Comi! et cela le sourire du triomphe sur les h'^vres, si, lors avait tant d'affaires pressées sur les bras, elle enl perdre son temps à discuter sur un fait accompli, el accompli que possible. Tout fut dit... La morale? une de date.
La question est donc pour les Américains du Ni prouver qu'ils sont les plus forts. Encore une victoir core un fait accompli, et Ton ne sera pas éloigné rendre à la justice, si bien démontrée, de leur cause !
Mais il est un côté de la question plus intéressant et étudier que tout ceci.
Vous souvenez-vous ([ue, dans une de mes précé