‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 8 sur 169 · LES ANGLAIS EN CHINE '.M · texte numérisé non relu

LES ANGLAIS EN CHINE '.M

contre toute idée d'offenser l'Angleterre; il y répondait ;i l'accusation d'avoir manqué de respect au pavillon britannique par la constatation du fait que \ Arrow n'avait pas même déployé le pavillon britannique, bien que ce pavillon se trouvât h bord; il faisait remarquer avec beaucoup de raison qu'il ne saurait dépendre d'un agent du gouvernement anglais de métamorphoser un vaisseau chinois ei\ vaisseau anglais, par la simple vente d'un drapeau; enfin, comme preuve de sa déférence, il offrait de renvoyer au consul les douze Chinois arrêtés, — ce qui eut. lieu. — Que poUvait-cn exiger de plus?

Et, à supposer que ce fût encore trop peu pour s;itisfair(» des susceptibilités si imprévues, restait le moyen usité chez toutes les nations du monde, restait le procédé qu autofisi! seul le droit des gens, restât la voie Aes représailles. Mais non. Pour qu'on pût s'ouvrir l'entrée de la Chine à coups de canon, il fallait un prétexte, quel qu'il fût. Comment prouver à un homme qu'on n'entend pas Tinsulter , quand il veut absolument être insulté? Et puis chacun sait que les courtisans du lion ont leur logique à eux :

Manger moutons, canaiUes, sotte espèce,.

Vous leur fîtes, seigneur.

En les croquant, beaucoup (rbonneur.

Et voilii toute la moralité de ce bombardement de Canton, de cet entassement de ruines, de ces flots de sang versé. Or, souvenez-vous qu'en pleine guerre de Crimée, alors que les Russes faisaient aux Anglais une guerre à mort, ceux-ci, par égard pour la civilisation et l'humanité, s'étaient abstenus <lc bombarder Odessa ! Les lions se ménagent entre eux!

Maintenant, que le bombardement de Canton ait pousst; les Chinois à des actes de désespoir et de vengeance; qu'un

boulanger chinois ait empoisonné le pain destiné aux étrangers; que la tcte de chaque Anglais ait été mise à prix, etc.; etc., c'est possible, et qu'en doit-on conclure, sinon que l'abus de la force donne à la faiblesse, réduite aux abois, de funestes enseignements, et que le mal enfante le mal? Il retentira dans tous les cœurs honnêtes ce cri éloquent et terrible de M. Gladstone : « Thèse revoUîng détails you ihink slrengihen xjout case. Wliy Uiey deepen your guilL Vous croyez que ces horreurs atténuent votre coupable conduite, elles ne font que l'aggraver! »

Supposons un instant que demain un Français construise im vaisseau et s'avise d'acheter un pavillon anglais, cela suf- (ira-t-il pour que ce Français devienne, ipso facto, sujet de TAnglt terre et le navire un navire anglais? Et s'il arrivait d'aventure que le vaisseau en question trouvât quelque obstacle à faire la contrebande sur les cotes de France, de la part des autorités françaises, l'Angleterre serait-elle autorisée à bombarder Dieppe ou le Havre?

Voila pourtant le principe que lord Palmerston et ses partisans osèrent soutenir, en ce qui concernait les Chinois; mais, je me hâte de le dire, voilà le principe que repoussèrent, pour l'honneur du peuple anglais, lord Derby, lord Lyndhurst,révêque d'Oxford, dans la Chambre des Lords, et dans la Chambre des Communes, M. Cobden, M. Gladstone, lord John Hussell et M. Disraeli lui-même.

Ah ! ce fut un grand événement que le débat parlementaire qui eut lieu à cette occasion; ce fut un noble spectacle que celui des représentants d'un grand pays prenant en main la cause du faible contre le fort, la cause de l'iionncur national contre l'ambition nationale, la cause des étrangers qui avaient raison contre des compatriotes qui avaient tort. Oui , ce fut là un spectacle qui honora le régime représcn-

Page 1