COMME QUOI L'ANGLETERRE, ETC
aenu, de cet ennemi contre lequel vous avez prononcé sentence de mort, vous faites ce qu*il est de votre devoir Ae Élire; et si vous négligez Faccomplisseroent du devoir qui consiste à lui prendre son bien, c*est que vous aimez mieux lui prendre sa vie. Vous changez une question de coercition en une question de sang versé.
Je m'arrête, ce qui précède suffisant, je Tespère, pour vous donner la clef d'un revirement d'opinion dont ceux-là s^euls ont droit de ne pas s'étonner qui ont longtemps et avec soin étudié sur place le génie de l'Angleterre.
18 février.
Canine quoi l'Angleterre esl aa fond une république
nrisf oeralique .
Tacite dit quelque part ([u*il était dangereux même de
'^oer Tibère. Dieu me garde de comparer nos amis du
^^y-Tdegraph a ce soupçonneux empereur romain, qu'il
^Wl si difficile de contenter ! Mais, frauchemenl, je com-
^^ùce k craindre qu'il y ail, sinon quelque danger, au moins
•I**elque inconvénient a louer les hommes libres de ce pays,
^*^and je vois le Daily-Telegraph prendre le Temps à
P^*tie pour avoir dit que la monarchie, en Angleterre,
^ existait plus que de nom; qu'en fait, l'Angleterre était une
''^publique, — république aristocratique, il esl vrai, mais
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en position de faire à la démocratie, grâce à la flexibilité de;ses formes, toutes les concessions voulues par l'esprit de la société moderne.
M. Scherer, l*auteur de Texcellent article dont ces dernières lignes sont le résumé, sera, je pense, bien étonné d'apprendre que cet éloge, un des plus beaux qu il soit possible d'adresser à une constitution, a fait tcessaillir la fibre patriotique de nos amis du Daily ^Telegraph; qu'ils y ont vu presque une insulte « à /a gracieuse dame, maîtresse de letirs genoux et de leurs cosurs. » « The gracions ladg tcho is mistress^p écrivent-ils en propres termes, « ofour knees and hearts, d Us vous accusent, ou semblent vous accuser, d'avoir mis on doute la ferveur de leur religion monarchique, et ils en appellent de cet injuste soupçon à leu affection pour la reine, si souvent manifestée ; à rhomma(p qu'ils rendent à ses vertus, à la manière dont ils ressenleir ses chagrins, au deuil qu'ils portent de la mort du prince Albert et à la tendre sollicitude des vœux qui accompagner dans ses voyages le futur roi d'Angleterre.
En vérité, c'est h n'y rien comprendre.
Le Temps n'a jamais parlé, ce me semble, de la retM d'Angleterre (|ue dans les termes d'une grave et resper4 tueuse approbation ; ses commentaires sur la mort du priiB4 Albert ont presque plus participé de l'oraison funèbre .«ji de la critique historique ; et il n'est pas de journal qui a assigné un caractère plus élevé au sentiment qui a fait é deuil de la reine un véritable deuil public. Or, comme * Temps n'est, grâce au ciel, ni rédigé par des courtisans, i écrit à l'usage des cours , peut-être avait-il quelque dro d'espérer que son désir d'être juste envers tous, et aval tout, ne serait mis en question par personne, encore moi" par le Daihj-Telegraph.
COMIIK' OtOl L'ANGLETERRE, ETC. 383
Il n'en a pas été de la sorte, vous le voyez. Mais ce n'est la seule chose à relever dans l'article que je vous si-
Certes, s'il est en France un journal qui se soit montré,
SâKDs infatuation, mais sincèrement, l'ami de TAngleterre;
cjuiait recommandé sur tous les tons l'alliance anglaise; qui
SLwx vanté les institutions de ce pays; qui ait oppose là liberté
dont on y jouit au système de compression qui est pratiqué
tUeurs, et fait ressortir, chaque fois que l'occasion s'en
présentée, les grandes qualités du peuple anglais, ce
journal, c'est U Ternp^. Mais parce qu'il s'est comporté h
l*^rd de l'Angleterre comme il se comporte à Tégard de la
"F'rance elle-même, qu'il ne flatte pas, quoiqu'il Taime, et
précisément à cause de cola ; parce qu'il a eu l'audace de
critiquer quelquefois ce qui, de ce côté du détroit, lui a paru
criitiquable, le voilà marqué du sceau de la réprobation, et
on lui refuse jusqu'au droit de louer ce qui lui parait digne
<le louange! Quand je vous disais qu^il y a des gens bien
difficiles à contenter !
Que le zèle monarchique de nos amis du Daily-Telegraph ^'esse de s'alarmer : en assurant que la monarchie, en An- S'eierre, est une monarchie de nom, le Temps n'a cru rien avancer dont puissent raisonnablement se plaindre lesadmi- ''^leurs les plus passionnés de la reine Victoria et ceux qui porteront le plus longtemps le deuil du prince Albert. La S'oire de la reine Victoria, en effet, c'est d'avoir compris, '^ieux que le DaUy-Telegraph ne semble le comprendre, 9^*entre la monarchie représentée par elle et la monarchie^ V^i est, selon l'étyraologie du mot, le gouvernement d'un *^/, il n'y a de commun que le nom.
Oui, c'est précisément parce qu'elle a compris cela, parce qu'elle s'est renfennée dans son rôle, parce qu'elle a été,
:)d4 LRTTREIS SUR L^ANCLETEUKË* (l862)
ainsi que le Times le constatait dernièrement , une eonstiiutionnelle à la lettre, que Victoria est popuh ce pays. Et quant au prince Albert, quel a été son pr mérite aux yeux de ceux qui, à la nouvelle de sa mo; mis un crêpe h leur chapeau? C'est de n*avoir pas \ son influence sur l'esprit de la reine pour la pousser â chir les limites tracées par la Constitution autour c trône.
Qu'il me soit permis de rappeler ici l'anecdote rac dans la Chambre des Lords, par le cx)mte Kussell, ai du prince Albert, et racontée, — qu'on le remarque — dans le but avoué de rendre sa mémoire chère au j anglais :
« Un jour, parlant au comte Russell de l'attitude qi vait avoir la royauté en présence d'un changement i tériel, le prince Albert bii dit : — Mon opinion es quel que soit le parti auquel appartienne le nouvea nistre, il est du devoir du souverain de montrer h grande confiance à l'homme que le parlement met en comme le dépositaire ostensible du pouvoir : — Wi hê helonged to one party or anolher, the uimost . dence should prevail between the sovereign and tk nisler who came forward in parliament as the os(e\ possessor ofpower. »
Maintenant, ou cela n'a aucun sens, ou cela signifia devant le choix du parlement, et mrme en ce qui tou pouvoir purement exécutif, le souverain, en Angletern faire abnégation de ses opinions propres, de ses sentii particuliers, et presque de ses sympathies ou antip personnelles. Qu'y a-t-il de commun que le nom, demande, entre une forme de gouvernement caract de la sorte et celle qui, dans la fameuse classification d'
COMME OUOl L ANGLETERRE, ETC. 885^
tote, se trouve définie par les mots monos et arche {gou^ umement d^un seul)? Et comment ne pas voir se dresser rimage de la république {res ptiblica) là où la volonté d'un seul doit être si complètement subordonnée à celle des hommes qui représentent ou sont censés représenter le peuple tout entier?
Si nos amis du DaUy-Telegraph trouvent mauvais qu*il en soit ainsi, nous ne pouvons qu'en être fâchés pour eux; BUtis, avec le comte Russell, nous savons un gré infini au prince Albert d'avoir exprimé des opinions semblables, et nous ne saurions blâmer l'Angleterre d'avoir des institutions dont le principe fondamental est que tout doit s'incliner devant l'idée de la chose publiqtAe. Il est étrange V>e ce soit un journal anglais — un journal libéral — Vu nous en fasse un crime; et ce serait très-piquant, si ^ û'était pas triste.
Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que le Temps ayant ^t : c L'Angleterre est en réalité une république, » le ^aUff-TeUgraph croit le réfuter d'une manière triomphante ^n disant « que le Temps apprenne que nous sommes a ^^^mmonwealth ». C'est opposer bonnet blanc à blanc bonnet. Eh ! sans doute, vous êtes a commonwealth ; c*est précisément ce dont nous vous félicitons ; et ce qui nous étonne ^u dernier point, c'est que vous nous preniez à partie à ^^Use de cela même.
U est vrai qu'il y a des gens dans ce pays qui professent ^i^e sorte d'amour platonique pour ce qu'on a nommé la ba- '^Oce des pouvoirs, et ceux-là croiraient la réputation poli- ^^que de l'Angleterre compromise dans le monde, le jour oà ^^ moindre doute s'élèverait sur l'égalité parfaite de pouvoir Qu'ils prétendent exister entre la couronne, la Chambre des "^■^rds et la Chambre des Communes. Mais, ne leur en dé-
T. I. ss
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pblse, cette égalité, bonne à proclamer pour U pins i gloire de la théorie, ne tient pas devant la pratk|ii lolme fait une remarque qui tranche la question, le dit : < La monarchie anglaise est un vaissmu bien i mais à qui le parlement peul^ à son gri^ retirer ks € Le droit de voler les subsides est, effectivement, en mains de la Chambre des Communes, un droit qui, ( tique, prime tous les autres.
Le roi, en Angleterre, est investi 4u pouvoir de i paix et la guerre; mais à quoi se réduit ce pouToii volonté du roi est contraire à celle de la Chambre des munes, qui, seule, dispose souverainement et du neri guerre et des moyens de gouverner pendant la diiré< paix? Le droit de voter des subsides est une arme puissance incalculable. Charles U en fit rexpérieoo que les refus de la Chambre des Communes ponssèi conclure secrètement avec Louis XIV le traité à jamai teux qui le faisait descendre, pour une sonune annuc 200,000 livres sterling, au rôle de pensionnaire de k de France.
Le roi, eu Angleterre, a le choix des ministres, n théorie seulement; car, en principe, les ministre: choisis par la majorité de la Chambre des Conmiunes, que, sans Tassentiment de celte majorité, nul cabii saurait se maintenir.
Le roi, en Angleterre, peut dissoudre le parlemeni sous peine de le voir re|)arailre plus hostile encore volonté royale se trouve en opposition avec celle des leurs. Wilkes, renvoyé trois fois devant eux, fut rééli fois ; et vous savez où Charles 1" fut conduit par l'ei du droit de dissolution.
Le roi, en Angleterre, est armé du droit de veto :
COMJIE QUOI L*A.\(;LRTËRRE, etc. 387
lorsque, armée du droit, bien autrement réel, de serrer les cordons de la bourse, la Chambre des Communes veut fortement une chose, que devient Taul/ïrilé du veto royal? Selon le mot de Benjamin Constant, « il irrite rassemblée, sans la désarmer » .
Le roi, en Angleterre, est le chef de l'Église; mais il ne peut ni toucher au culte établi, ni professer la religion spé;:. cialement interdite par TÉtat.
Le roi, en Angleterre, jouit du droit de grdce^ — et c'est la plus belle de ses prérogatives; — mais comme ce droit ne s'exerce qu'au profit d'individus et dans des circonstances fort rares, il ne constitue pas, à proprement parler, une force.
Le roi, en Angleterre, est inviolable ; mais cette Ulité reste soumise à l'appréciation souveraine de comme l'éprouvèrent Charles I^^ et Jacques H.
Le roip en Angleterre, s'appuie sur le principe de l'hérédité; mais ce principe lui-même peut être écarté, quand I cela plait à la nation. Est-ce que Jacques II ne fut pas dé- 1 posé, non-seulement dans sa personne, mais dans celle de ) son fils, l'héritier légitime et naturel du trône?
La vérité est que, de toutes les prérogatives de la couronne, en Angleterre, il n'en est pas une qui ne présente. si je puis m'exprimer ainsi, un caractère de subordination à ce qui est, ou est censé être la volonté nationale.
n y a mieux : la principale utilité de la monarchie, telle que les Anglais sont arrivés à la comprendre, consiste a occuper constamment, au sommet de la société, une place qa*îls regardent comme ne pouvant être laissée vide sans danger. C'est ce que je trouve exprimé avec une précision qui touche à la rudesse dans une savante critique de Tou-
te inviola- \ la nation, J
388 LETTRES SUR l'aNGLETEKRE (1862)
vrage de Leckie sur le gouvernement britannique, publia par la Revue d'Edimbourg : « Considérant, comme noi le faisons, que le principal avantage de la monarchie coi siste à écarter toute occasion de lutte relativement à la pn mière place dans TÉtat, et à neutraliser cette haute positi( en la séparant de toute idée de mérite et de popularité dai celui qui Toccupe, nous ne pourrions sans inconséquence 1 accorder plus de pouvoir réel qu*il n'est absolument nécei saire pour Taccomplissement de Tobjet que nous nous pn posons (1)».
Est-ce à dire qu'en constatant Timpuissance où la cov ronne est, en Angleterre, de faire prévaloir sa volonté si celle de la nation, nous prétendons jeter de la défaveur si les institutions anglaises? Ce qui est vrai, c*est justement! contraire. Dans cette impuissance git une des meilleures ga ranties de la liberté dont les Anglais ont lant de raiso d*étre fiers. Malheureusement, le hasard de la naissance i place pas toujours sur le trône des reines semblables à cdl qui ioccupe aujourd'hui, et Victoria ne doit pas faire ou blier aux Anglais George III !
Oii le gouvernement de l'Angleterre prête le flanc à I critique, — et nous espérons que sur ce point, eu tout ca: le Daily-Telegraph sera de notre avis.. — c'est dans ' part beaucoup trop petite qu'il fait à Télémeut démocratiqu. par la composition de la Chambre des Communes. Tantq* la classe ouvrière n'y sera pas représentée, il restera bea coup à désirer. Mais, ainsi que notre collaborateur M. Schea Ta observé excellemment, telle est Tadmirable élasticité a institutions de ce pays, qu'elles se prêtent au développom < de tous les progrès. La liberté, en Angleterre, saura bi-«
(1) The Edinburg Review, vol. XX, p. 32 i.
COMME QUOI l'aM;LETERRE, etc. 389
quand le moment sera venu, faire faire à la démocratie la place qui lui appartient.
Je laisse à notre collaborateur le soin d'approfondir un sujet sur lequel il est plus en état que moi de répandre la lumière; mais ne sachant si l'article du Daily-Telegraph avait fixé son attention ou était parvenu à sa connaissance, je n'ai pas cru devoir me taire sur une attaque qui, de toute façon, m'a paru mal fondée, surtout en ce qui concerne votre hostilité prétendue à l'égard de l'Angleterre. Le Datly-Teïegraph^ je vous l'ai dit plusieurs fois, est un journal fort bien écrit, fort répandu, influent, et dévoué à cette cause des idées libérales qui est la nôtre : raison de plus pour que nous l'invitions a être juste. Que veut-il dire, quand il parle de Thostilité du Temps envers l'Angleterre? Vcot-il dire que nos sentiments à son égard ne sont pas du fétichisme pur ; que nous apercevons quelques taches dans son firmament ; que notre admiration pour ce qu'elle offre de grand et de beau ne nous aveugle pas sur ce qu'elle a de défectueux; que nous ne la jugeons^ pas impeccable, ne ne nous piquant pas d'être, sur ce point, plus Anglais que les Anglais? Oh! dans ce cas, le Daily-Telegraph a raison. Hais, à ce compte, on pourrait tout aussi bien nous reprocher de nourrir des sentiments hostiles envers la France, parce que nous l'honorons assez pour ne la flatter point, et parce que, l'aimant plus que nous-mêmes, nous l'aimons moins que la vérité.
390 LETTIIES SLR i/aNGLETERRË (I862)
2 mars.
L'Édaeation nationale en Angleterre.
Une grande et belle question est en ce moment posée devant 1* Angleterre : celle de Téducation nationale; et les réformes que le gouvernement a proposées il y a quelques jours, par Torgane de lord Granville et de M. Lowe, méritent de fixer l'attention de tous ceux qui s'intéressent h Télévation intellectuelle des classes pauvres, au progrès général des lumières, en un mot au développement de la civilisation chez un des plus puissants peuples du monde.
L'idée d'édiu:alion nationale^ en Angleterre, ne date que de quelques années ; elle a eu un très- laborieux enfantement; elle H trouvé, se dressant autour de son berceau, mille sectes religieuses par qui elle a couru risque d être étouffée ; elle n'a pu faire son chemin, et aujourd'hui encore elle ne s'avance qu'en tâtonnant au milieu de fanatiques qui ne sont pas loin de lui crier dans le langage de Bossuet : c Vous marchez à tâtons sur Jésus-Christ. »
L'élément religieux interprété par l'esprit de secte, tel est, en effet, l'ennemi qu'a eu à combattre pendant quelque (|uarante ans et que n'a pas encore vaincu, en Angleterre, le principe de Veducation nationale; le mot d'ordre de toutes les sectes religieuses, wepuis les catholiques ultramontaios jusqu'aux congrégationistes les plus indépendants, ayant toujours été : « Si ce ne sont pas nos dogmes particuliers qu'on enseigne, mieux vaut qu'on n'enseigne rien du tout. »
l'éducation nationale en ANGLETERRE 891
Ainsi que la Revue de Westminster le rappelait un jour ec beaucoup d*esprit et d' à-propos, Tempereur Charlesliiit avait coutume de dire, en parlant de Milan : c Mon ttaii Françob I^ et moi, nous nous entendons à merveille,
sujet de Milan ; 3 veut l'avoir, et nvM aussi. » C'est josttcut ce que dit chaque secte au sujet de l'éduciition des tauts. Que Milan périsse, Charles-Quint se consolera, pour-
qoe Milan n'appartienne pas à François 1*' ! liorsqu'au commencement de ce siècle, c'est-à-dire à une t^que où l'idée de Tintervention de l'État en matière d'édu- Lieo ne s'était pas encore présentée aux esprits, le quaker SKaster avant proposé de fonder, par voie de contributions Untaires, des écoles où l'enseignement religieux se borne- 1 à la lecture de la Bible, il s'éleva contre lui, du sein de Igliise d' Angleterre, une clameur terrible. Quoi ! dans le % tout mondain d'attirer aux sources de l'intelligence huiinele plus grand nombre possible d'enfants, on osait pro- «er de généraliser l'instruction religieuse ! Comme si la UesufBsait ! comme si le catéchisuieparticulier de l'Église ABf^eterre n'était pas le pivcfl nécessaire des connaissances wqnérir pour devenir un homme instruit et un bon citoyen I sLaicaster ne pouvait être qn un envoyé de Satan. A bas
iiiêêe ! C'était le mot dont les fanatiques se servaient alors :>ttr vouer leurs adversaires aux dieux infernaux, et qu'ils Bt remplacé, depuis, par le mot godUss (sans Dieu)^ — M étant d'ailleurs bien entendu, que les membres d'une Me quelconque sont toujours godUss aux yeux des membres Vie secte rivale.
Cependant, comme dit très-bien la Fontaine, on ne peut ^^Êenter tout te monde et son père. C'est à quoi se mit à ^|$er un beau matin le docteur Hook, vicaire de Leeds. A cette époque, l'idée de Tintervention de l'État en ma-
898 LETTRES SUR l'àiNGLETERRE (1868)
tière d'éducation était déjà tombée dans la circulation. En 1839^00 avait établi un c comité du conseil pour Féducâtion > , et comme les minutes du conseil recommandaient la fondation d'écoles où l'enseignement religieux aurait un Caractère général, la partie spéciale de cet enseignement étant lais- /sée aux ministres des diverses sectes, les dissidents furent I pour l'adoption d'un système national, parce qu'ils n'y I virent qu'une tendance à arracher l'éducation des mains de l'Église établie, laquelle, de son côté, fut du parti de la résistance. Mais voilà qu'en 18^â<ihy eut, dans le camp des dissidents, volte-face sur toute la ligne. Sir James Graham ayant présenté son projet pour l'établissement d'écoles manufacturières, ils crurent que la sainte cause de la non-conformité était en péril, et ils accueillirent l'effort tenté par le gouvernement pour élever la condition intellectuelle des classes ouvrières par le cri dejLgûdless ! » et de « ng popery l (pas de papauté) ».
Tel était donc l'état des choses, lorsque le docteur Hook, réfléchissant à la difficulté de contenter tout le monde, publia une brochure dans laquelle il proposait que l'État fût chargé de procurer au peuple cette éducation séculière qui n'a que faire des distinctions théologiques. Du reste, un certain temps aurait été consacré à l'instruction religieuse des enfants par les pasteurs des différentes croyances; et, de la sorte, chacun aurait été appelé à remplir la fonction qui lai est propre. L'État auiait formé des citoyens, ce qui est sa besogne, et aurait abandonnée qui de droit le soin de former (les churchmeriy des wesleyens, des mugglotoniens, etc., etc. Pauvre docteur Hook ! 11 s'imaginait avoir tout concilié, avoir ménagé aux combattants un terrain neutre, avoir proclamé la trêve de Dieu. Mais les théologiens sont belliqueux de leur nature, et, au lieu de faire la paix, ils se réuni-