L*EDI)CAT10N NATIONALE EN ANGLETERRE
io^oquentla doctriDc des droits acquis, se prétendent spoliés par le caractère conditionnel mis au don qu*on leur fait, et menacent bien haut les législateurs assez hardis pour voter 00 tel projet, de les punir de leur audace dans le champ clos des élections à venir.
De leur côté, les fanatiques vont semant ralarnie. Que deviendra Tinstruction religieuse, si Ton force les maîtres, . par Tappât du gain, à porter tous leurs efforts sur le progrès de rinstraction sécalière? Savoir lire, savoir écrire, savoir compter, la belle affaire ! C'est de sauver son âme qu'il s*agit ! Et ces bonnes gens n'ont pas Tair de se douter que, pour Kre la Bible et son livre de prières, un homme a quelque peu besoin de savoir lire.
Du reste, que cet orage ne vous effraye point : le progrès Ci a vu bien d'autres, ma foi !
Non que le problème de l'éducation nationale soit résolu pir les réformes proposées : loin, bien loin de là ! C'est un ràeminement vers le but : voilà tout. Qu'hnporte ! le reste in de soi. L'Angleterre n'a jamais procédé autrement. Dans b roQte du progrès, elle n'avance qu'à pas cx)mptés ; mais ^ a cela de bon, qu'elle ne recule jamais.
ISmart.
Pourquoi M. Rleasolit eomme mlBlstre* plaisait
aux Aa^^lais.
Qui a des lunettes n'emprunte pas ordinairement po lire celles de son voisin. Ainsi fait I* Angleterre. La chute ministère Ricasoli ne lui a causé aucun plaisir, mais ce pour des raisons qui sont à elle, et pourraient bien n'éi pas, de tout point, les nôtres.
Aux yeux des Anglais, M. Ricasoli se recommandait une grande fermeté de caractère, par un désir ardent réaliser l'unité de Tltalie, et, mieux encore, par sa résoluti bien arrêtée de braver jusqu'au bout les colères du Yatii M. Ricasoli avait su irriter les prêtres autant qu'il avait ^ ^ donné à M. Cavour de le faire; et c'est ce dont rAngleterre protestante lui savait naturellement beaucoup de gré. IKrm i$ n'y avait-il rien, dans M. Ricasoli, que l'Angleterre aim^t plas que tout cela? Je crains que oui. M. Ricasoli passait m4a pour la personnification de cette politique dont la devise fu& : ritaîia farà da se.
Un peuple qui est en état de reconquérir son indépezidancc est tenu de ne s'en remettre qu'à lui-même du soin ^^ ses destinées ; mais, partout où la force écrase le droit, il est désirable que l'oppression ait à compter avec la frate*"nité humaine, et que les susceptibilités de la fierté nation^'^ ne remportent pas sur le sentiment de la solidarité d^ peuples. Peut-être M. Ricasoli ne comprenait-il pas ass^^ qu'il n'y a rien d'humiliant pour une nation en voie de déli-
POL'RQCOl M. RIGASOLI, ETC. 401
^^rance à s*appuyer sur le bras d'une nation amie ; peut-être Accordail-il trop aux inspirations d'un orgueil patriotique, d'ailleurs bien concevable; mais, comme en cela c'était la France qu'il paraissait vouloir tenir i\ l'écart, les Anglais n'avaient garde d'y trouver à redire.
Pourquoi faire un secret de ce dont les Anglais n'ont S^ère fait un secret eux-mêmes ? L'idée du service épique rendu h l'indépendance italienne par Jes armes françaises leur a toujours été un sujet d'involontaire amertume» Que I* indépendance de l'Italie soit enfin assurée; que son unité ^sorle triompliante de tant d'épreuves; et qu'en ce qui touche le pouvoir temporel du pape tout au moins, on puisse désof- VAaîs pousser, d'un bout de la terre l\ l'autre, le cri fameux : J^o popery! les Anglais veulent l'accomplissement de ces grandes choses aussi ardemment que la France, mais ils ne les voudraient accomplies ni par elle, ni même avec son concours. Quand Tacquisition de la Savoie eut lieu, des plaintes s'élevèrent ici de la part de ceux qui voyaient déjà K dresser le spectre des conquêtes impériales; mais ma conviction est que, dans ce pays, les esprits vraiment politises furent charmés, au fond, de pouvoir semer des doutes ^r le caractère élevé de Vintervention française, en niant le (désintéressement des victoires de Magenta et de Solférino. Il CD est exactement de même de Toccupation de Rome par. ■^os troupes. On désire qu'elle cesse, parce qu'elle sert à "i^aiotenir un pouvoir qu'on n'aime pas, et, d'un autre côté, <^ B'est pas fâché qu'elle paraisse ravir à la France la 0^re d'une politique résolument généreuse et sans arrière- Pensée.
Si, comme je le crois, cette appréciation est juste, elle ^oiis donne la clef des commentaires qu'a dA provoquer ici 1^ diQte du ministère Ricasoli.
402 LETTRES SUR l'aNGLKTERRE (1862)
Diin autre cote M. Ricasoli plaisait fort à raristocal anglaise, à cause de sa noble descendance et de là haute dédaigneuse de son attitude à Tégard de la démocratie U tienne. « Rien d^aussi admirable, » dit la plus agressive la plus dédaigneuse des feuilles anglaises, c rien d'aussi a mirable que la prépondérance qu'ont prise dès l'abord, da le mouvement italien, les chefs naturels du peuple; car, temps de révolution, un pays doit s'estimer heureux qua il peut se passer des services des démagogues. » Et même journal, Tlie Salurday^Review, ne pardonne baron Ricasoli le crime de n'avoir pas repoussé la coopér tion de Garibaldi, qu'en faveur de « son aversion pour! théories démocratiques, his aversion to démocratie ike» ries ».
« Au surplus, tout est bien qui tinit bien, ainsi que ne l'apprend Shakspeare. Or, il paraît que le roi^ au a ment des adieux, aurait montré beaucoup de bieuveiilai au successeur malheureux de Cavour, lui aurait serré main, et lui aurait dit : < Je suis sûr que nous rester* amis; » à quoi M. Kicasoli aurait répondu,* en vrai baron moyen âge : « Mon amitié pour Votre Majesté croîtra li jours en proportion de ce que vous ferez pour la rédempt de l'Italie. »
Il serait bien surprenant qu'un homme de cette treiu n'eût pas trouvé faveur en Angleterre. Mais si l'on y regre qu'il soit tombé, ou n'y rep;rette pas moms vivement que personnage mis ;i sa place soit M. Uatlazzi, parce i|u' suppose ce nouveau pilote trop porté à croire qu'il D rien à craindre tant qu'il porte César et sa fortune; d'autres termes, la même raison qui rendait le baron Ricas< populaire en ce pays fait (fue son successeur y excite d déliances. Et en effet, on rappelle l'homme des Tuilerie^
LB CATHOUCISHK Ë.\ IRLANDE lon
on va rcpélant d*im ton chagrin qu'en réalité le dra})eau tricolore déployé par lui est blanc, rouge et bleu^ au lieu <l*étre blanc, rouge et vert; eu un mot, ou lui reproche une tendance nnarquée à se tourner du côté de Paris.
fine autre chose leur a déplu dans le prograunue de M. Rattazzi : c'est (lu'il semble se préoccuper moins de Rome que de Venise. Or, en Angleterre, on pense avec raison que le plus pressé, c'est d'affranchir Rome.
13 mars.
Le eatholiclsme en Irlande.
Si l'état moral de l'Italie prouve que la papauté ne gagne
P3S Ji être vue de près, l'état moral <1e l'Irlande prouve, en
'^V'anche, que, regardé de loin, le trône de saint Pierre peut
tîncore briller d'un vif éclat aux yeux d'un peuple ignorant.
Irlande, cette Irlande qui subit les h)is d'une nation pro-
'^tante, voilà, dans notre dix-neuvième siècle, la terre das-
^^iUe du catholicisme. (Comment l'Angleterre pourrait-elle
^^ pas s'inquiéter d'une senddable anomalie? C'est à Kome,
'^ Ville des papes, que le cœur de l'Irlande appartient ;
^"^ndres, la ville de la Uéformation, sait cela de reste :
^^ment serait-il possible que Londres ne soupirât pas après
^ ï*estilution de Rome à l'Italie?
ïlncore si les prêtres catholiques d'Irlande prenaient la
404 LBTTRES SLR i/axgLETERKE (ld(>2)
peine de cacher leur jeu ! Mais non : ce qui vient de sc-= passer dans les élections du conué de Longford inontrez-= assez que le peuple irlandais, sous l'inspiration de ses €hefi=2 spirituels, regarde comme son vrai souverain, non pas Icls. reine Victoria, mais le pape.
Deux candidats étaient en présence, le colonel White et U J major O'Reilly.
Des mérites du premier j'ai peu a dire, ne le connaissair^:» guère. Des Irlandais m'ont assuré que son grand-père éla .m un modeste libraire, adonné au commerce des vieux livre^== qu'un jour, dans un poudreux in-folio provenant de la su( cession d'un avare, il trouva, cachés soigneusement enti les feuillets, des banknoles pour une somme énorme, jet: — : me rappelle plus combien de livres sterling; que, depuB : son commerce prospéra, et que c'est grAce à ces circonsta^Ki ces, dignes d'avoir place dans un conte des Mille et u --^. Nuits, (|ue les descendants de notre libraire sont devei^ m. des personnages. Tout cela est possible, mais je ne vois p^ xi qu'il y ait grand mal à tout cela. La vérité est que les prêt*^^ d'Irlande auraient pardonné au colonel White d'avoir pour grand-père un marchand de vieux livres, si le bra colonel eût ajoulé à ses autres qualités celle d'être cathi lique; mais cela n'étant pas, ils ont juré qu'il ne serait f^'^^ membre de la Chambre des Communes. Pouvaient-ils, d'*ii ï leurs, hésiter un seul moment entre lui et un candidat tel c|«.-« le major O'Reillyï
Le major Miles O'Reilly est presque plus et mieux qii*L*D
catholi(|uc : c'est un croisé. Par lui fut conduite en Uni if
cette pieuse brigade irlandaise qui devait sauver, à graii^^
coups d'épé(, le crône j)acitique de saint Pierre. L'expt'Ai-
ion ne f?it j*».. !:enreuse; la bénédiction de la Provideo^t"