L INSTINCT POPUUIRE. A PROPOS DE LA P0UM;NK
17 mars.
L'IbbIImcI populairet à propos de Im Polof^ne.
Dans uoe lettre de Talleyrand à Louis XVIII, en dale du 35 octobre 1814, une entrevue du négociateur français avei. l'empereur Alexandre est racontée en ces tenues :
L*EiiPEREi'R Alexandre. A Paris, vous étiez pour le rétâiblissement d'un royaume de Pologne ; d'où vient que vous ^vez changé d'opinion?
Le prince Talleyrand. Mon opinion. Sire, est toujours ^ même. Le rétablissement de la Pologne tout entière comme État indépendant, voilà ce dont il s'agissait à Paris et ce <|U6 je désirais comme je le désire encore; mais aujourd'hui quil s'agit uniquement d'une délimitation de Trontiëre propre ^ donner une garantie de sécurité à rAutriclie el à la Prusse, '^ question est bien diffénnte.
IV EMPEREUR Alexandre. L'Autriche et la Prusse ne doi ^'^nt pas être inquiètes. Quant au reste, j'ai deux cent miïlr hommes dans le duché de Varsovie; délogez-moi de là si ^*o Us pouvez... Je croyais (|ue la France nie devait quelquo ^Ose. Vous parlez toujours de principe^^ votre loi publique ^ ^st rien pour moi ; je ne sais pas ce que c'est. Quelle va- «cur pensez-vous que j'attache à vos parchemins et à vos ^■^^îlés?
Li'insoleuce même de ces déclarations disait assez de «[uel "^^ger raccroissement de la puissance russe menaçait l'Eu- ""^I^eorxîidentale, si l'on souffrait que le duché de Varsovie^
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«ijoulé aux autres lam])cau\ de la Pologne que la Russie possédait déjà, devint, sous le nom de royaume, une provioa russe. II fallait une digue au torrent. Talleyrand le senlai bien. Mais sur qui s*appuyer? Lord Castlereagli tremblai d*ofrenser le czar. On en peut juger par le ton suppliant d( la lettre qu*il lui avait écrite le 13 octobre 1814, lettre dan: laquelle il le conjurait de renoncer à ses prétentions, en lu rappelant que l'Angleterre n'avait cessé de rendre de grand: services à la Russie, depuis le commencement du siècle; qm l'était en réalité dans un intérêt russe qu'avaient été entreprises contre la France les guerres qui avaient agité l'Europe, de 1803 h 1815; que le gouvernement anglais avai aidé la Russie à démembrer la Suède, à démembrer le Da* nemark, à démenil)rer la Turquie, à démembrer la Perse gages d'amitié d'autant plus méritoires, qu'il avait fallu le donner de manière à ne pas éveiller les alarmes de Topinioi et fournir matière aux attaques du parlement. N*était-€( donc pas assez que tout cela? Et le gouvernement anglais n'était-il pas fondé \\ espérer qu'une puissance en faveur de laquelle il avait déjà tant fait, se montrerait un peu plus accommodante ?
Telle était la disposition d'esprit de lord Castlereagh, lorsqu'en outrageant le roi de Saxe, au nom de l'Angleterre, qui n'avait rien autorisé de semblable, le gouvcrn^^meiii russe vint donner aux sentiments du négociateur anglais h degré d'énergie qui leur manquait. Talleyrand était à l'affû' d'une occasion favorable. Voici, telle qu'il l'a retracée luimême, la conversation qui eut lieu entre lui et lord Castlereaj^li, auquel il avait ofl'ert de conclure avec la France um convention secrète :
Lord Castlf.reagh. Une convention? C'est alors une alliance que vous proposez?
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Le x»ringe Talleyrand. Cette convention peut fort bien être conclue sans alliance ; mais ce sera une alliance, si vous voulez • Quant à moi, je n'y ai aucune répugnance.
Ui^n Castlereagh. Mais une alliance suppose une guerre a laqi&elle il est possible qu'elle conduise, et nous devons tout faire pour éviter la guerre.
Le prince Talleyrand. Je pense comme vous : nous de- V0U8 tout faire, si ce n*est sacrifier l'honneur, la justice et Xaxanir de V Europe.
LoHD Castelereagh^ La guerre serait vue chez nous de mauvais œil.
Le prince Talleyrand. La guerre serait populaire chez vous, si vous preniez le parti de lui assigner un grand but, UD but waimeni européen.
Lord Castlereagh. Lequel?
Le PRINCE Talleyrand. Le rétablissement de la Po^ logne.
Le résultat fut que, le 3 janvier 1815, TAngleterre, la Irance, l'Autriche et la Suède conclurent un traité secret ^yaut pour but d'empêcher, contre la Russie et la Prusse, l'incorporation de la Pologne. Mais Napoléon s'échappa de l'Me d'Elbe. Le lien de la coalition dut être renoué. La baille de Waterloo décida de la destinée du César français. La Russie fit si bien, qu'elle obtint le renvoi de Talleyrand fomoie ministre des affaires étrangères, pour prix de quatre "aillions d'indemnité dont les alliés tinrent quitte le gouver- •^^naent français. La Pologne fut sacrifiée.
Que prouve ceci? Qu'en 1815, les hommes d'État de la France, de l'Angleterre et de l'Autriche voyaient plus claire- ^^nt que ne semblent le voir aujourd'hui leurs successeurs, 'iïïiiuense danger dont la Russie, maîtresse de la Pologne, ^^uace l'Europe. Les diplomates n'ont jamais encouru le
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reproche d*avoir le cœur trop tendre ; et, lorsqu an homi de la trempe de Tallcyrand invoquait, en faveur de b F logne, « riionneur, la justice et l'avenir de TEurope », ih permis de supposer que, de ces trois considérations, la di niëre, dans sa pensée, n'était pas la moins concluante.
Au surplus, nous avons, sur le caractère essentieUeoM européen de la question polonaise, un témoignage peu su poct : c'est celui du comte Pozzo di Borgo. Dans une leltn I empereur Alexandre, il disait :
« La destruction de l'existence politique de la Polog forme toute l'histoire moderne de la Russie. Ses progrès côté de la Turquie ont eu un caractère purement territori et l'on pourrait dire secondaire, comparés à ce qu*elli gagné sur la frontière occidentale. La conquête de la 1 logne a eu principalement pour objet de multiplier les re tions de la Russie avec les autres nations de l'Europe, ei lui ouvrir un champ plus vaste pour Vexercice âe puissance, de son génie^ comme aussi pour le triom^ de son orgueil, de ses passions et de ses intérêts. »
Yoilîi le jugement qu'a porté sur l'intérêt européen ^ s'attache à la question polonaise la diplomatie elle-roém parlant par la bouche de ses grands prêtres.
Ceux-là donc sont des ignorants et des niais (piî, affe tant des airs de profondeur, nous viennent dire, à propos la Pologne et des efforts à faire pour la sauver, que la po tique consiste à savoir dominer, maîtriser compléteme ses émotions ; que la justice et l'humanité demandent, sa nul doute, le salut de la Pologne, mais (pie la sagesse co dut il l'ajournement indéfini de rimmanité et de la justii Les citations qui précèdent prouvent cpie ce n'était pas ai' que la question était envisagée, soit par Talleyrand, — certes il n'était pas homme à céder à des entraînements ^